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Négociations
Deprez : "Les Francophones étaient alors demandeurs"
Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 05/11/2007
ENTRETIEN
Gérard Deprez, c'est vous, en grande partie, qui avez provoqué la crise politique de 1987-88 en provoquant la chute du gouvernement Martens-Gol-Verhofstadt ?
J'étais à l'époque président du PSC. En accord avec Philippe Maystadt, vice-Premier ministre, nous avons récusé un accord relativement foireux intervenu au sein du gouvernement sur les Fourons et plus précisément sur le statut linguistique des mandataires.
Etait-ce la vraie raison ? Ne vouliez-vous pas, en fait, mettre fin à un gouvernement que vous jugiez trop libéral ?
Très objectivement, je pense que ce gouvernement était condamné pour les deux raisons. Guy Verhofstadt, le Baby Thatcher de l'époque, je dis bien de l'époque, était tellement radical qu'il mettait les organisations sociales à feu et à sang. Il avait comme projet, un plan de privatisations de l'ordre de 250 milliards de l'époque. On commençait à avoir tout le monde contre nous. Et le dossier fouronnais conduisait à un carrousel et une mascarade permanente.
Vous aviez quand même préparé le renversement avec Guy Spitales, bien avant les élections du 13 décembre 1987 ?
Oui, car j'étais arrivé à la conclusion qu'il était impossible de continuer à travailler avec ce gouvernement. Les sondages prédisaient une quasi majorité absolue du PS en Wallonie et le soir des élections, on a bien cru que c'était fait, en termes de sièges. Il était donc impossible de continuer avec ce gouvernement qui était fini, au bout du rouleau.
Les deux crises, 87-88 et l'actuelle, sont-elles comparables ?
Il y a deux très grandes différences. La première : à l'époque, on était demandeurs d'une réforme de l'Etat des deux côtés. Les Flamands voulaient la communautarisation de l'enseignement et Guy Spitaels voulait un transfert de compétences maximales au bénéfice des Régions. Tous les francophones voulaient en outre la création effective de la Région bruxelloise. Et nous étions tous d'accord pour régler et le statut linguistique des mandataires et le problème des Fourons. Il y avait donc un espace de négociations et de concessions mutuelles. Deuxième différence : tous les gens qui étaient autour de la table avaient déjà gouverné au niveau fédéral. Aujourd'hui, il y a une génération qui n'a jamais exercé de responsabilités au niveau fédéral.
Les formateurs n'avaient pas le même tempérament...
Sans vouloir être désobligeant, l'expertise, l'expérience et la légitimité de Jean-Luc Dehaene étaient très fortes.
A l'époque aussi, les francophones, Guy Spitaels et Gérard Deprez, étaient très unis...
Oui. Pendant toute la négociation, nous nous sommes concertés en permanence. Lorsque nous avions des différends, nous les avons aplanis entre nous pour ensuite défendre des positions communes. Et nous avions obtenu ce que nous souhaitions : lui, le retour du coeur, moi, la réforme fiscale. Cela nous a coûté très cher et nous a conduits à prévoir des plans d'austérité assez gratinés.
Suffirait-il que les francophones soient demandeurs de quelque chose pour que les choses s'arrangent...
Non car aujourd'hui, l'appétit des francophones a diminué considérablement. Ensuite parce que dans l'opinion francophone, les gens ne sont pas convaincus que les matières régionalisées, du côté francophone, sont mieux gérées qu'elles ne l'étaient au niveau fédéral.
Pourquoi ? Parce que le PS est au pouvoir ?
Non, parce que l'autonomie n'a pas donné les résultats escomptés. Il y a un désenchantement francophone et wallon, notamment parce que les cordons de la bourse sont extrêmement serrés...
...parce que vous avez mal négocié les lois de financement !
La loi de financement des Régions n'a jamais été problématique mais il est exact que nous n'avons pas réussi une bonne loi de financement en matière communautaire. Depuis lors, elles ont été corrigées à deux reprises.
Ici, après 148 jours, on n'est toujours pas certain que l'orange bleue va réussir... A l'époque, vous étiez sûr ?
En 87-88, dès la première minute et même si, à certains moments, Guy Spitaels a fait quelques diversions tactiques, lui et moi étions acquis à l'idée de constituer un gouvernement rouge-romain, élargi par la suite à la Volksunie. Mais il a surtout fallu convaincre le CVP d'entrer dans le scénario.
Cela restera un bon souvenir ?
Le souvenir le plus étonnant s'est produit en fin de négociation lorsque nous tentions de finaliser l'accord sur les Fourons. Un jour, Guy Spitaels a disparu. J'ai dû passé une heure et demie à tout expliquer à Philippe Moureaux qui n'avait été mis au courant de rien. Autre moment étonnant : on avait réussi la négociation avec Jean-Luc Dehaene et tout à la fin, il y a eu une dernière réunion à Val Duchesse où Wilfried Martens, pressenti pour être Premier ministre, est venu lire la déclaration gouvernementale dans un climat glacial ! C'était stupéfiant. Je me souviens aussi que la veille, ayant abouti à un accord, nous avions dîné à Val Duchesse. Et je revois Guy Spitaels, une serviette repliée sur l'avant-bras, jouant le maître d'hôtel et faisant le pitre. On en était arrivé à une vraie complicité entre négociateurs.
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