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Eh oui, ils continuent avec Leterme !
Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 08/11/2007
Analyse
Voilà, c'est fait. Les Flamands ont voté la proposition de loi scindant l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Non ? Si ! Et alors ? Les Flamands sont contents ? Oui, mais cela passera. Les francophones sont fâchés ? Très, mais cela passera. Yves Leterme a démissionné ? Non. C'est la fin de l'orange bleue ? Sans doute que non. Le Roi est inquiet ? Pas plus que d'habitude. C'est la fin de la Belgique ? Pas du tout. Mais enfin, n'est-ce pas ce que vous, journalistes, hommes politiques, observateurs aviez annoncé ? Euh... Faisons le point.
1 Ce vote, est-ce grave ? En soi, oui. C'est la première fois, dans l'histoire de la Belgique, qu'un groupe linguistique impose à l'autre sa loi. Le compromis belge a vécu. La minorité est attaquée. De plus, cette agression a eu lieu grâce aux voix de l'extrême droite. Même si la scission, votée, est encore loin d'être acquise, il s'agit d'un tournant culturel. Un acte suffisamment grave pour que les partis francophones lancent un appel solennel afin que la loyauté fédérale reprenne ses droits.
2 Qu'ont gagné les Flamands ? Un symbole. Ni plus, ni moins. Ils ont enfin voté la proposition de loi scindant Bruxelles-Hal-Vilvorde. Cela fait 30 ans qu'ils l'espéraient. "Scinder BHV, cela ne demande pas plus de 5 minutes de courage politique", avait dit et répété Yves Leterme pendant la campagne électorale. Ce "courage", les députés flamands, aidés pour l'occasion par le Vlaams Belang, l'ont eu. Pour un mouvement flamand qui se nourrit surtout de symboles, on imagine la satisfaction que doit représenter ce moment de gloire (de gloriole ?). Mais ce moment sera vite passé. Car derrière ce vote, qu'y a-t-il dans l'immédiat ? Rien, niets, nada, nothing, niente. La procédure de conflit d'intérêt, que s'apprêtent à déclencher les élus de la Communauté française, va suspendre le processus parlementaire. Au terme de son parcours, le dossier reviendra à la Chambre. Mais après...
3 Qu'ont gagné les francophones ? La paix pour quelque temps. Comment cela ? Et ce vote ? Paradoxalement, il dégage un peu l'horizon et ôte le dossier BHV du fardeau du formateur. BHV n'occupera que quelques lignes dans l'accord gouvernemental final : on dira que les partis de la majorité mettront tout en oeuvre pour veiller à un traitement équitable de la proposition de loi scindant BHV. Le dossier sera donc traité, comme en 2005, par un gouvernement en exercice, ce qui devrait forcer un compromis plus acceptable.
Après le coup de force des partis flamands, on imagine que les francophones vont exiger une réduction des prétentions institutionnelles et une attention prioritaire aux questions économiques, sociales et fiscales. C'est le voeu des partis francophones, MR et CDH. Et en Flandre, même s'ils ne le diront pas officiellement, les libéraux savent bien que leur électorat est plus sensible à une réforme fiscale plutôt qu'à une réforme de l'Etat. Reste le cartel.
4 Qu'ont perdu les francophones ? Du temps. C'est sûr. Même si la négociation sur BHV n'a jamais vraiment commencé, l'informateur a déjà passé des heures et des jours à dresser des états des lieux, à organiser des bilatérales pour connaître l'avis de tous.
Ils ont aussi perdu des illusions. Les francophones savent maintenant que les partis flamands sont prêts à tout pour imposer leurs vues aux francophones, quitte à ce que cela passe par une honteuse alliance avec l'extrême droite. C'est d'autant plus ridicule qu'en forçant le vote, hier, les Flamands obtiennent finalement moins que s'ils avaient patienté et tenté de négocier la scission, à condition, bien sûr, que la proposition de départ soit honorable pour tous, ce que n'était pas la plateforme proposée mardi soir par Yves Leterme.
Bénéfice collatéral de la radicalisation flamande : jamais, dans cette négociation, MR et CDH n'ont été à ce point unis. "Il n'y a pas une feuille de papier à cigarette entre Didier Reynders et Joëlle Milquet", disait-on de part et d'autre. C'est sans doute un peu exagéré. "Off", on sait qu'il y a des nuances : "Financer les bibliothèques et les centres culturels pour des gens aisés qui payent leurs impôts en Flandre, c'est quand même un peu fort de café...". Avis marginal sans doute mais qui circule ici et là.
5 Yves Leterme est-il sauvé ? Peut-être, mais à quel prix ? Il a en tout cas démontré son incapacité à proposer des compromis acceptables par le Nord et le Sud. Il est vrai que, dans le dossier BHV, il partait d'une position flamande plus que minimaliste : "geen prijs" pour la scission. Mais la toute petite cuillerée de sucre qu'il a proposée aux francophones démontre qu'il demeure, envers et contre tout, ancré dans sa Communauté, son parti et son cartel et qu'il est impossible pour lui de s'en distancier clairement.
Pourtant, il est probable que le Roi, à qui Yves Leterme devrait présenter un nouveau rapport ce jeudi matin, le priera de poursuivre son travail de formateur, estimant - cela devient une rengaine - qu'il y a assez d'éléments de convergences entre les quatre partis pour poursuivre les négociations... ce qu'ils se sont empressés de faire dès mercredi soir !
Cela dit, tout n'est pas encore gagné. Certes, des accords partiels ont été acquis. Mais les dossiers épineux ont été reportés. Tout au long des dernières semaines de négociations, Yves Leterme a soigneusement écarté les questions qui posaient problème : limitation dans le temps des allocations de chômage, participation des entités fédérées aux organes de gestion de la SNCB (observateurs ou administrateurs). Et outre les questions institutionnelles, qui seront reportées à une commission des Sages, il restera à régler les problèmes budgétaires et à dégager des marges suffisantes pour financer ce que les négociateurs ont déjà promis et tout ce qui doit encore suivre : une substantielle réforme fiscale et la liaison des allocations sociales au bien être. Comment ? Pour les libéraux, c'est simple : en réduisant la norme de croissance des soins de santé et en limitant le budget de la Fonction publique. Le CDH n'est pas chaud.
6 Et Didier Reynders dans tout cela ? Même si, officiellement, personne au MR ne critique Yves Leterme (on laisse ce privilège à Olivier Maingain), les commentaires à l'encontre du formateur sont cinglants. "Il reste un pur Flamand", "il ne comprend rien", "il ne prend aucun risque". Le MR a-t-il secrètement espéré que la crise BHV entraîne un changement à la tête de la négociation ? "C'eut quand même été logique, non ? Leterme a tout raté. Les seules choses qu'il a réussies, c'est grâce à Didier", lâche un baron libéral.
Sans doute. Mais le CD & V n'en démord pas : le futur Premier ministre ne peut-être qu'Yves Leterme, l'homme le plus populaire du pays. Les sociaux-chrétiens flamands ont renoncé au "16" il y a 8 ans. Maintenant, ils ne le lâcheront plus.

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