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crise politique

Comme un petit air de revanche...

Christian Laporte

Mis en ligne le 09/11/2007

Pourquoi les élus flamands ont-ils à tout prix voulu scinder BHV ? L'histoire de la Belgique permet de comprendre certaines rancoeurs.

évocation

Le passé éclaire souvent certains comportements actuels. Sans verser dans la psychologie de comptoir mais en retournant à certaines sources historiques, l'on peut tenter de comprendre l'acharnement des parlementaires flamands à vouloir voter la scission de BHV.

Dans nos éditions du week-end dernier, sous la rubrique "Grand Angle", les historiens Jean-Pierre Nandrin (St Louis) et Els Witte (VUB) rappelaient que la Belgique actuelle n'est devenue bilingue que très progressivement et que le combat culturel flamand pour l'égalité ne fut admis que du bout des lèvres par les élites francophones (qui étaient aussi flamandes mais qui rejetaient la langue de la majorité de la population nordiste).

Les frustrations s'accumulèrent et explosèrent plus que jamais après la Seconde Guerre mondiale.

C'est ce qui peut expliquer la hargne et la rudesse qui traversa l'histoire de la scission de l'Université de Louvain, à la fois dans la rue mais aussi dans les cénacles intellectuels entre 1960 et 1968. Faut-il le rappeler ? Le combat de l'expulsion de la section francophone y fut mené par des catholiques contre d'autres catholiques dans une institution commune plus que séculaire, ce qui fit dire à Mgr Massaux que c'était "un péché contre l'esprit".

A l'époque, Jan Verroken, député CVP d'Oudenaarde, y joua un rôle décisif. Totalement retiré de la scène publique, le tombeur du gouvernement Vanden Boeynants-De Clercq dont le tort fut de vouloir mettre le communautaire (à l'époque, on disait le linguistique) au frigo a récemment livré ses impressions sur son blog à propos du dossier BHV.

A l'évidence, Verroken n'a pas perdu son franc-parler et il reflète toujours les états d'âme d'une partie des citoyens flamands. A ses yeux, et force est de reconnaître qu'il n'a pas tort, ce sont surtout les Wallons qui ont voulu l'unilinguisme régional mais l'ex-élu CVP a aussi montré qu'en Flandre, le combat pour l'émancipation linguistique se doublait d'un combat social. La crainte d'une domination "fransquillonne" n'est pourtant plus de mise mais la frustration vint aussi d'autres inégalités, très officielles celles-là, qui firent s'accumuler les rancoeurs.

Emile Toebosch qui a travaillé dans l'orbite du Parlement fédéral dans les rangs libéraux flamands a ainsi rappelé dans un ouvrage très détaillé ("Het Parlement anders bekeken") que la version néerlandaise de la Constitution n'est officielle que depuis... le 3 mai 1967. Pire, ce n'est qu'en 1863 que l'on s'exprima pour la première fois en néerlandais à la Chambre. Et ce n'est qu'à la toute fin du XIXe siècle que les lois eurent aussi des versions dans la langue de Vondel. Ce qui fit dire à l'époque à Ernest Solvay qu'"on va à la fédération alors qu'il y a unité"... La traduction simultanée est plus récente encore : elle n'a été introduite qu'en 1936.

L'on pourrait en dire encore davantage mais il est indéniable que ces injustices ont largement nourri les revendications flamandes.

Au point de créer des alliances de vote contre nature ? Du côté francophone, on ne comprend absolument pas que l'on puisse faire un quorum et une majorité avec le Vlaams Belang. En Flandre, plus personne ne s'en soucie, y compris à gauche. Cet été, l'extrême droite a ainsi fait son entrée au bureau de la Chambre. Seul Groen ! s'y était opposé.

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