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crise politique

A Hal, la scission divise modérément

Pierre Gilissen

Mis en ligne le 09/11/2007

Coup de sonde à Hal - le "H" de BHV - à un jet de pierre de la Wallonie. Les esprits flamands y semblent plus divisés que dans la sphère politique.

Reportage

Jeudi, fin de matinée. Il fait gris et subjectivement, la bonne ville de Hal (le), 16 km au sud-ouest de Bruxelles, fait la tête : le marché matinal se termine et les chalands ne se bousculent pas pour s'exprimer. Puis, après ce poissonnier, venu de Termonde qui trouve "un peu ridicule que cette histoire de scission traîne depuis si longtemps", vient Marie-Rose, 67 ans, très remontée. Pour elle, la crise actuelle est salutaire : "Pour une fois, les Flamands tiennent bon". Avec son mari, elle a fui Rhode-St-Genèse. "On a été chassés culturellement. Nous sommes bilingues par éducation mais là-bas, nous ne pouvons plus parler notre langue sans nous faire taxer de flamingants ! On ne supporte plus ce mot ! Nous ne demandons pas la fin de la Belgique. Nous voulons simplement qu'on règle ce problème !"

Marie-Rose vit maintenant à Beersel mais estime que "là-bas, ça devient la même chose. Tous les nouveaux habitants sont francophones, la liste UF a onze sièges au conseil communal (en réalité : cinq - NdlR) et les Flamands continuent à se présenter sur des listes différentes ! Dire qu'à 21 ans, quand j'ai voté pour la première fois à Rhode, j'étais très fière d'avoir voté pour une liste bilingue !"

Plus loin, toujours sur le marché, autre son de cloche. Cette dame, qui habite le Pajottenland, travaille pour la Commission européenne et se sent "avant tout européenne". Elle parle de "prétextes pour se disputer" à propos des projets de scission mais estime que l'absence prolongée de gouvernement "ne change pas grand-chose au quotidien pour la plupart des gens".

Un bateau sans capitaine

Plus loin, ce quadra en costume cravate n'est pas d'accord. Fils d'un flamand et d'une francophone, il vit à Denderleeuw (Flandre orientale) mais est cadre ici dans une banque. Il estime que "la Belgique est un bateau sans capitaine" et que, dans son secteur, cela commence à se faire sentir : certaines mesures fiscales promises pour le 1er janvier ne viendront peut-être pas à temps.

Pour lui, BHV ne vaut pas une crise de 150 jours. "Les hommes politiques devraient se poser la question des vraies priorités. Dans mon métier, je suis confronté à énormément de situations de pauvreté, c'est autrement plus préoccupant."

Et puis : "C'est un problème dépassé qui préoccupe surtout la vieille génération. On est en train de faire l'Europe. Tout le monde devrait être bilingue d'Ostende à Arlon. C'est vrai que si l'on vient habiter en Flandre, on doit apprendre le néerlandais. Mais je fais régulièrement de la randonnée en Ardenne avec mon père et on s'adresse presque toujours à nous en néerlandais. De plus en plus de Wallons font l'effort et cela, on ne le dit pas assez."

Son de cloche moins optimiste dans cette agence d'intérim en plein centre de Hal : "Plus de la moitié des gens qui viennent ici sont de purs francophones, qui ont souvent l'air très étonnés quand on leur dit que pour avoir un emploi dans le coin, il faut au moins comprendre le néerlandais et quand même le parler un peu aussi. Parmi eux, il y a beaucoup d'allochtones qui viennent de Bruxelles, parlent un français approximatif, et pas le moindre mot de néerlandais." L'employée de l'agence se dit pour la scission mais sans y attacher beaucoup d'importance "parce que cela ne changerait pas grand-chose aux problèmes de langue".

Quelques maisons plus loin, une boutique affiche un nom bien français. "La plupart des enseignes françaises sont très anciennes. Nous existons depuis 60 ans. On ne change pas un label comme cela pour un oui ou pour un non, explique l'une des deux tenancières. Pour nous, un client est un client. On essaie toujours de d'abord parler en néerlandais. Mais même si un touriste se présente et nous parle en anglais, nous allons essayer de l'aider dans sa langue. A l'intérieur, on met certaines inscriptions en français mais si on le fait sur la porte, on est assurés d'avoir la visite d'un policier le lendemain" (A l'hôtel communal toutefois, on dément procéder de la sorte - NdlR)

La scission ? "Même si elle avait lieu, la plupart des gens ne verraient pas la différence. La politique, c'est quelque chose de bizarre. C'est pas qu'on ne s'y intéresse pas mais cela devient compliqué à comprendre pour les gens ordinaires. On est tous Belges. Il faut vivre ensemble, c'est cela le plus important..."

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