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"Si le pays se sépare, la Rochefort aura le même goût..."
grégoire comhaire
Mis en ligne le 09/11/2007
reportage
A Wavre, il y a marché deux fois par semaine : le mercredi et le samedi sur la place du Cardinal Mercier, en face de l'église. Un marché qui attire beaucoup de monde et où l'on croise souvent beaucoup de Flamands, tant du côté des marchands que des clients. Il faut dire que cette petite ville tranquille du Brabant wallon se niche à une encablure de la ville flamande d'Overijse. Une Flandre avec laquelle on a toujours entretenu de bons rapports, bien que souvent limités au strict cadre commercial.
Dans la librairie de la place du Cardinal Mercier, les Une des journaux rivalisent d'ingéniosité pour souligner l'importance de l'événement survenu mercredi après-midi à la commission des Affaires intérieures de la Chambre. Une ingéniosité manifestement pas très payante ici où le passage en force des Flamands pour voter la scission de BHV n'a absolument rien changé au nombre de journaux vendu ce matin. "Le lendemain des élections françaises, j'ai doublé mes ventes. Pareil pour la mort du Pape. Mais la politique belge, ça ne fait vraiment pas vendre les journaux !", explique le libraire. La scission de BHV, ici ça n'intéresse personne, pense-t-il, même si ce matin, beaucoup de clients lui ont fait part de leur lassitude d'entendre parler du sujet. "Ces querelles finissent par créer des tensions entre des gens qui n'ont aucune raison d'en avoir, pense-t-il. Certains me crient qu'ils ne veulent plus entendre parler des Flamands alors que dans leur vie de tous les jours, ils n'ont jamais eu de problème avec eux."
Une rue plus loin, chez ce franchisé d'une célèbre chaîne de restauration de qualité, on avoue avoir beaucoup entendu parler du sujet ce matin. "Les gens s'inquiètent, c'est normal. Surtout les personnes âgées." Et si pour lui, la séparation paraît de plus en plus inéluctable, les raisons qui amènent Flamands et francophones à délier leurs destins lui paraissent tout simplement incongrues. "La richesse d'un pays ne tient-elle pas dans son multiculturalisme ?, s'interroge cet indépendant qui a longtemps vécu en France. Là-bas, Paris paie beaucoup pour la Bretagne et personne ne trouve ça scandaleux. Dans tous les pays il y a des transferts financiers. C'est normal." Et bien que l'idée d'une séparation l'attriste, celle-ci ne l'effraie pas outre mesure. "Je pense que les Flamands continueront de venir faire leurs achats ici. Je ne vois pas pourquoi ça s'arrêterait."
Une idée que beaucoup d'habitants semblent partager dans ces rues où l'évocation des lettres BHV ne suscite guère plus que ricanements ou haussement d'épaules. Dans ce coin de Wallonie, les problèmes institutionnels apparaissent ainsi comme la dernière des préoccupations des gens, unanimes en revanche à exprimer leur mécontentement pour la hausse des prix qui frappe de plein fouet leur portefeuille.
Éloigné du quotidien
Comme au bar de l'Estaminet. Un établissement qui ne semble en rien avoir été ébranlé par un vote qui semble ailleurs avoir été vécu comme un tremblement de terre. Ici les Flamands viennent et sont reçus comme tout client. Moins de droits pour les francophones de la périphérie bruxelloise ? Personne ici ne trouve ça normal, mais l'on considère ce problème comme l'émanation d'une politique qu'on estime trop éloignée du quotidien des gens. "De toute façon, lâche le patron , même si ce pays se sépare, la Rochefort aura toujours le même goût..."
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