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Et pourtant, elle tourne !

Paul Piret

Mis en ligne le 28/11/2007

Si la Belgique fonctionne quand même, elle le doit fort à ses entités fédérées. Avec leurs compétences nombreuses, en large autonomie.

Imaginons-nous trente ans en arrière. Une seule réforme de l'Etat est passée par là, au lieu de cinq. Les Régions n'existent qu'en théorie; des Conseils culturels sont compétents dans les Communautés pour la culture, l'emploi des langues et un fifrelin d'enseignement.

Dix ans plus tard, après la deuxième réforme, cru 1980. La Région bruxelloise n'existe pas encore. Les Régions wallonne et flamande étrennent des compétences en aménagement du territoire, environnement et eau, expansion économique, tutelle locale, bouts d'emploi et d'énergie. Les Communautés ont gagné pour partie santé et aide sociale.

Comprenons que l'Etat qui n'est pas encore fédéral a alors gardé la main sur de nombreuses attributions, des secteurs économiques dits nationaux (comme la très éprouvante sidérurgie) à l'enseignement (même s'il est géré par des ministres distincts). En passant par l'agriculture, les infrastructures et travaux publics, l'organisation des pouvoirs locaux, le logement, les transports, le commerce extérieur... aujourd'hui dans l'orbite régionale, une tout autre autonomie - notamment fiscale - à la clé.

Logique, et à peu près normal

Ah ! Mais, ça change beaucoup de choses. Voici deux ou trois décennies donc, quasiment six mois sans gouvernement national/fédéral auraient autrement pesé sur la gestion publique et, partant, sur la vie quotidienne des Belges. Sans oublier que, de surcroît, la dette publique fonçait selon l'expression consacrée comme un train fou dans le brouillard, et que le franc belge n'aurait pas manqué d'écoper d'une situation politique aussi délétère (pour preuve, la dévaluation de 1982, sanctionnant l'instabilité des années septante). Ce n'est pas un hasard si des crises longues ou ardues imposèrent quelques gouvernements transitoires (tel l'exécutif Vanden Boeynants de 1978), les "affaires courantes" étant sur la durée impuissantes à endosser tous les besoins de gestion publique du pays.

On peut même se demander si on en serait là aujourd'hui - ces 171 jours enferrés dans les impressions de surplace et d'impéritie - si l'Etat avait encore à tant intervenir. Autrement dit, n'est-il pas plus facile pour des tâcherons de l'orange bleue de jouer sur le temps sans paraître irresponsables dès lors que, pour ce qui leur revient, Régions et Communautés vaquent à leurs occupations, très logiquement et à peu près normalement ?

A peu près. On veut dire que lorsque la crise écorne l'image de la Belgique à l'étranger, elle le fait sans distinguer ce qui roule et ce qui est à l'arrêt. Et puis, il suffit de rappeler qu'un comité de concertation entre gouvernements se réunit tous les mois, ou qu'il existe une vingtaine de conférences interministérielles (agriculture, finances, recherche, intégration sociale, santé, etc.), pour comprendre qu'il ne manque pas de sujets et domaines où les articulations et ajustements s'avèrent pertinents voire nécessaires entre les différents rouages de notre heureux pays. Encore faut-il que tous tournent.

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