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crise politique

Le vaudeville n'amuse plus personne

V.d.W.

Mis en ligne le 28/11/2007

Yves Leterme et le cartel voulaient recommencer à négocier gentiment comme si de rien n'était. C'est non. Il faut d'abord vider le contentieux communautaire.

Ce devait être "à prendre ou à laisser"... le formateur, Yves Leterme leur avait dit, dimanche : je prends mes responsabilités, ce texte, on est d'accord de le défendre chacun dans son parti, maintenant, il est temps d'avancer. Et la N-VA n'avait plus qu'à suivre !

Encore raté. Encore ce Bart, Bart De Wever qui refuse. Il faut dire que Jo, Jo Vandeurzen est fatigué, de plus en plus fatigué et qu'il a du mal, de plus en plus de mal, à contenir les assauts de Bart, Bart De Wever.

Mardi soir, Yves Leterme a bien tenté de reprendre les négociations budgétaires comme s'il ne s'était rien passé la veille, comme si Bart De Wever ne leur avait pas envoyé un nouveau scud sur la tempe... Reynders, Milquet et Somers, désormais très unis, ont avalé leur salive de travers (rien à manger entre 18 et 21h30). Avant de poursuivre, ils veulent obtenir les apaisements sur le plan institutionnel... que le cartel et la N-VA en particulier ne veut pas leur donner.

Face à l'ingérable cartel, les autres en ont de plus en plus marre. Marre. Le scénario est toujours le même, depuis le début des négociations. Il faut faire avec les humeurs du cartel, les coups de spleen de son président, les coups de semonce de l'allié, les coups dans l'eau du formateur.

Les bombinettes du CD & V

Depuis le mois de juillet, chaque crisette au sein de l'orange bleue connaît le même scénario : il faut gérer les conséquences des bombinettes que le cartel pose, lui-même, sous la chaise du formateur : la fin précipitée de la mission de Jean-Luc Dehaene, l'échec de la première mission de formateur d'Yves Leterme, la conclusion périlleuse de la mission d'exploration d'Herman Van Rompuy, le vote de la scission de BHV en Commission de l'Intérieur de la Chambre.

Chaque fois, le cartel se met en danger, crie : "Au secours je me noie, sauvez-moi !" Puis l'on suspend les négociations, on court chez le Roi pour dire que cela ne va pas. Mais lui aussi est las : ce qu'il préfère, c'est voir ses concitoyens, les écouter, les faire rire, goûter leurs spécialités régionales. Alors, pour se faire une idée, il consulte, il écoute, des Sages et d'autres. Il invite Didier Reynders pour bavarder et rire un peu parce qu'ensemble, dit-on, les deux hommes s'amusent bien.

Mais in fine, c'est quand même toujours le même formateur que le Roi remet en piste avec pour mission, de constituer un gouvernement "le plus rapidement possible". Ils font ce qu'ils peuvent, Sire, mais "le plus rapidement", ce ne sera pas avant Noël, et encore ! Voilà un bon sujet pour le discours près du sapin.

Du coup, côté francophone, les héros sont donc fatigués. De l'eau dans leur vin, ils en ont mis beaucoup. Y'a presque plus de vin. La patience ? On croyait qu'elle n'avait pas de limite, mais là, la patience, elle est épuisée.

Tout recommencer

Dix fois, le cartel a promis de prendre ses responsabilités et de fournir une réponse nette, claire, précise aux multiples notes. Dix fois, le président du cartel est revenu, la note entre les jambes, les yeux baissés, expliquant d'une voix à peine audible, qu'il fallait tout recommencer, que Bart, Bart De Wever, n'aimait pas ce qu'ils avaient trouvé comme solution. On croyait que tout était de la faute de Madame "Non". C'est vrai qu'elle a souvent été coriace et têtue. Maintenant la Flandre a trouvé son "Monsieur Non", "Meneer neen" : Bart. Bart De Wever ne peut même pas accepter que l'accord de gouvernement envisage de confier à l'Etat fédéral les moyens d'exercer ses compétences et de garantir le maintien de la solidarité interpersonnelle. Or ce sont les acquis auxquels les francophones s'accrochent.

Dès lors, les mines s'allongent, le découragement gagne. Didier Reynders a perdu des kilos, Joëlle Milquet a épuisé le disque dur de son portable à force de pondre des versions différentes de notes et les libéraux flamands n'ont plus la force de se fâcher. "Geen commentaar", ils disent.

Méfiance

Il existe bien une solution : celle de confier tout ce "brol" institutionnel à cette fameuse Convention qui réunirait tous les partis démocratiques, à charge pour elle d'accoucher de texte dans un délai raisonnable, fin 2008 par exemple. Mais la méfiance est telle entre négociateurs que les Flamands sont persuadés que cette Convention sera un frigo, que dis-je, une Chambre froide A +++, d'où les réformes ne sortiront jamais.

Que faire, donc ? Maintenir le sacro-saint cartel qui permet au CD & V/NV-A de rester le premier parti de la coalition et de briguer le 16, rue de la Loi (sinon, faudra laisser la place au voisin du 12, Didier Reynders). On pourrait donc laisser la N-VA dans le cartel mais dans le coin : Bart et ses amis ne participeraient pas au gouvernement mais soutiendraient ponctuellement la majorité. "Evidemment, ce serait une menace permanente pour le gouvernement, soupire un proche de la négociation. Mais pourquoi pas finalement... de toute façon, ce gouvernement ne tiendra pas. Pas sûr, déjà qu'il atteigne 2009..." Ambiance !

Mardi soir, le cartel, après avoir jeté quelques nouvelles peaux de bananes, a demandé à Yves Leterme... de poursuivre les négociations. Comme il y a une semaine, comme il y a quinze jours, comme il y a 3 mois...

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