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crise politique
On ne touche pas à la famille
Martin Buxant
Mis en ligne le 28/11/2007
récit
Aquelques encablures des 200 jours de crise politique, on a certes perdu du temps. Mais pas (encore) le sourire : "On a rarement autant ri que lors du Bureau politique de lundi soir", glisse l'un des membres de la N-VA présent lors des deux heures de réunion. Deux heures ? Oui, deux heures : de 19 à 21 h. Après, les affaires politiques étant expédiées (la note Leterme remballée au formateur), les barons séparatistes ont tapé la carte jusqu'à 23h.
Pensez-vous !, des journalistes, et francophones de surcroît, battent le pavé de la rue de la Charité dans le froid bruxellois. Ils sont suspendus à la décision cruciale que doit prendre la N-VA... Cerise sur le gâteau, Christophe Deborsu, bête noire de la Flandre made in RTBF depuis la "Marseillaise" chantée par Yves Leterme, est dans ce lot de journalistes. Donc, les cadres N-VA sortent au compte-gouttes. "On n'a pas boudé notre plaisir", dit l'un d'entre eux. Bart De Wever, le président, et quelques autres, sortent ensuite du siège vers 23h, sans faire la moindre déclaration. La RTBF et RTL ont levé le camp, reste la VRT et VTM. "Qui a dit que les Flamands étaient plus persévérants que les francophones ?" s'amuse un autre responsable.
Réunion, réunion et réunion
La journée de lundi, donc, s'achève sur le tempo de la franche rigolade. Vient mardi. Et, s'il est une famille où le terme "réunion" prend tout son sens, c'est bien le cartel CD & V/N-VA. Accrochez-vous. Tandis que la N-VA a demandé des efforts supplémentaires au formateur, rayon réforme de l'Etat, celui-ci entreprend dès le matin de (se) rassurer. Yves Leterme retrouve donc, entre six yeux, Jo Vandeurzen et Bart De Wever. A feu et à sang le cartel ? Sur le départ la N-VA ? Pas du tout. Au vrai, le formateur n'a jamais dit "voici la dernière version de ma note, elle est à prendre ou à laisser"... Et la N-VA n'a, elle, jamais remis en cause le leadership de Leterme comme formateur.
Car le cartel, c'est le "bébé" de Bart De Wever et d'Yves Leterme. L'Anversois et le Yprois ont oeuvré ensemble, contre vents et marées parfois, pour faire voguer ce paquebot flamando-flamand. Ils ne le saborderont pas. L'un comme l'autre savent "les difficultés, la peine, les efforts" déployés pour que l'aventure commune ne tourne pas au fiasco. Le CD & V comme la N-VA ont beaucoup à perdre si le cartel venait à voler en éclat. Ce n'est pas à l'ordre du jour, se promet-on.
"Ça nous pend au nez"
Là, l'eurodéputée N-VA Frieda Brepoels rejoint le petit groupe. Il faut du "lourd" à la N-VA pour rester en piste. Et la phrase mentionnant l'Etat fédéral dans le menu du formateur lui reste en travers de la gorge. Globalement, deux tendances se côtoient sans se télescoper au sein de la petite formation séparatiste. Côté pile : "pas de concession aux francophones". Et côté face : "on en a marre, la crise a assez duré. Un gouvernement d'affaires courantes nous pend au nez. Et avec cela pas de réforme de l'Etat du tout". Un responsable s'avance : "Et le vieillissement de la population ? Vous pensez qu'on va pouvoir y répondre avec un gouvernement d'affaires courantes ? Non ! Vous voyez qu'on a aussi le sens de l'Etat"...
La chose est entendue, le cartel est une affaire qui roule. On va donc jouer au "valet noir" (prononcez "Zwarte Piet"). On reprend la formation du gouvernement orange bleue (lire en page 4), sans trop y croire. Et tout l'art du jeu consiste à ne pas se retrouver avec la carte du valet noir. Le premier qui lâche la formation a perdu : il sera accusé d'avoir pris le pays en otage pendant plus de 170 jours... Le cartel s'est donc employé à expédier la mauvaise carte - le menu communautaire de Leterme - chez les francophones.
"Ouverture psychologique"
Chacun a regagné ses pénates. Le CD & V réunit dare-dare son "groupe informel de pilotage" (douze, treize ou quinze responsables, selon les estimations) pour dresser l'état des lieux et rassurer les barons. "On continue, se réjouit un responsable du CD & V. Une ouverture psychologique sur la réforme de l'Etat est présente. On ne lâche pas les manettes de la formation". En comité plus restreint, le CD & V demande au formateur de ranimer les négociations et d'envoyer des cartons d'invitation pour réunir les présidents de parti de l'orange bleue dans la soirée du mardi. Et ce qui fut dit fut fait.
A quelques centaines de mètres de la rue de la Loi, aux "Barricades", le siège de la N-VA, la femme de ménage pointe le bout de son nez dehors. Et se fait assaillir de questions par les télévisions : "Croyez vous que c'est la fin du cartel ?". La N-VA s'est repliée, le ministre flamand Geert Bourgeois, a interrompu un voyage au Chili pour venir épauler sa formation. La réplique francophone devrait cingler sous peu - face aux nouvelles exigences du cartel. Joëlle Milquet est attendue de pied ferme. "On est tranquille, analyse-t-on à la N-VA, le moindre de ses mots fait grimper le sentiment séparatiste en Flandre". Ailleurs au cartel, on dit : "Didier Reynders soutient Joëlle Milquet comme la corde soutient le pendu" - allusion au faible front qu'opposent les francophones depuis le début des négociations.
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