Mardi 9 fév 2010

consommation

Les bas revenus sont les plus touchés

Ph.G.

Mis en ligne le 14/12/2007

Si, globalement, la hausse des prix reste modérée, elle est significative pour les aliments de base, dit l'économiste Philippe Defeyt.

Pour 2008, la Banque nationale prévoit un taux de 2,9 pc d'inflation en Belgique ("LLB" du 13/12). C'est un niveau élevé, très élevé même. Mais c'est loin d'être un record. "Dans le milieu des années 70, on a connu une inflation de plus de 10 pc", rappelle l'économiste Philippe Defeyt. "Le niveau actuel n'a rien d'exceptionnel, ni historiquement, ni géographiquement." L'inflation touche effectivement l'ensemble des pays de la zone euro. Selon l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), en novembre, l'inflation y a atteint 3 pc en base annuelle.

Mais cette fois, l'inflation se porte surtout sur les produits alimentaires de base et l'énergie. N'est-ce pas une première ? "Non, on a connu d'autres épisodes que l'on pourrait qualifier de "spéculatifs", comme les chocs pétroliers et la tension sur les prix des produits alimentaires au début des années 80", précise Philippe Defeyt. "Mais dans les 30 à 40 dernières années, on observe un changement important", nuance-t-il. "Le poids relatif de l'énergie et des produits alimentaires a progressivement baissé. Le coût de ces biens a grimpé moins vite que la moyenne des prix. Actuellement, c'est l'inverse qui se produit."

Le gouverneur de la Banque nationale tient, quant à lui, à dédramatiser la situation. "La population est plus sensible aux hausses des prix qu'à leur baisse", a-t-il argumenté en présentant les perspectives économiques belges pour 2008. "Elle est également plus sensible aux hausses qui touchent les produits de consommation quotidienne. Ce qui fait que l'écart entre l'inflation réelle et l'inflation ressentie est plus grand que jamais." En outre, "les prix de certains autres biens, comme les télécommunications, sont restés inchangés, voire ont reculé ces dernières années", souligne l'économiste en chef d'une banque belge.

Allocation forfaitaire pour les plus précarisés

Mais pour Philippe Defeyt, il ne faut pas minimiser l'inflation actuelle : "Si, globalement, la hausse des prix reste modérée, le coût des produits alimentaires de base a augmenté significativement. Il s'agit du pain, des oeufs, du lait, etc. Or, les personnes les plus précarisées achètent surtout ces produits."

Dès lors, que pourraient faire les autorités ? Faut-il, par exemple, fixer un plafond aux prix énergétiques ? "Surtout pas", répond Philippe Defeyt. "Vouloir faire baisser les prix de l'énergie artificiellement serait une erreur historique et un manque de responsabilité politique. C'est inéluctable : il faut préparer le citoyen au fait que l'énergie va devenir chère et le restera. Jouer sur les prix reviendrait à subventionner ceux qui consomment beaucoup d'énergie. Par contre, grâce aux recettes étatiques issues de l'augmentation des prix énergétiques, on pourrait octroyer une allocation forfaitaire aux ménages qui disposent des revenus les plus faibles pour compenser la perte de pouvoir d'achat due à la hausse des prix." L'économiste préconise donc d'utiliser les recettes supplémentaires issues de la TVA sur les carburants ou l'électricité, le produit de cette taxe proportionnelle ayant logiquement augmenté en même temps que les prix. Comment déterminer les ménages précarisés ? Philippe Defeyt estime qu'il faut au moins accorder une aide à ceux qui sont en dessous du seuil de pauvreté reconnu au niveau européen, à savoir 822 euros par personne isolée et environ 1200 euros par ménage de deux adultes.

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