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Crise politique

Alain Deneef : une autre approche de la question bruxelloise

Christian Laporte

Mis en ligne le 15/12/2007

Les mouvements citoyens bruxellois ont fait le point à l'IHECS. "La Libre" a rencontré Alain Deneef.

Autant savoir... La vision de l'avenir de Bruxelles et de sa périphérie au sens plus urbanistique que communautaire "à facilités"... que s'efforcent de dégager les mouvements citoyens Aula Magna, BruXsel.org et Manifesto est très politiquement incorrecte. Du moins selon les normes actuelles du jeu politique et ses clivages, pour ne pas dire fossés, communautaires...

On s'en est aperçu, jeudi soir, à l'Ihecs où ils ont réuni un joli panel d'observateurs dont Philippe Van Parijs (UCL/KUL), Christian Vandermotten (ULB), Jean Thisse (UCL), Els Witte (VUB), Hugues Dumont (Saint-Louis) face à plus de 300 citoyens concernés par la problématique.

"C'est tout à fait à leur honneur que ces intellectuels et citoyens engagés ont osé lever certains tabous et nager à contre-courant de l'opinion majoritaire de leurs communautés respectives..." commente Alain Deneef, le président d'Aula Magna.

"L'on peut, évidemment, envisager la question en termes linguistiques mais on peut aussi, et c'est là notre vision, donner à Bruxelles une meilleure assise économique et financière dans la perspective d'un véritable projet urbain. Et là, on ne parle pas d'élargissement au sens où l'entendent généralement les milieux politiques. Il siérait de demander démocratiquement l'avis des populations mais en même temps, il faut que cesse cette insupportable arrogance francophone par rapport à la langue et la culture de la Flandre. Les combats linguistiques ne sont plus de ce temps car quoiqu'en pensent certains toutes les langues se valent... Et c'est donc vrai aussi chez nous : cela n'a plus de sens de parler de la supériorité du français ici et ailleurs. A l'échelle de la planète, l'anglais, l'espagnol et le chinois prennent de plus en plus d'importance... alors qu'à Bruxelles le français et le néerlandais sont au moins concurrencés par l'anglais et l'arabe. L'avenir est multiculturel : à Singapour coexistent harmonieusement 4 langues..."

On l'aura compris : selon les citoyens bruxellois engagés, il faut révolutionner les esprits et "ne plus faire dépendre l'avenir de la Belgique des 100 000 francophones de la périphérie, d'un pour cent de notre population..." Pour Deneef, l'heure est plutôt venue d'envisager autrement la question de Bruxelles. "L'agrandir pour la faire correspondre à sa réalité socio-économique a pleinement un sens mais cela passera nécessairement par une solution définitive qui reconnaisse une fois pour toute l'homogénéité linguistique des différentes régions".

Redistribuer l'impôt

Le débat de jeudi a notamment fait émerger l'idée d'une communauté urbaine qui déborde sur les régions actuelles. "Il est important qu'une telle entité suprarégionale puisse être démocratiquement contrôlée. Elle pourrait s'organiser autour des problèmes de mobilité et se doter d'un système fiscal qui tienne compte des apports de ceux qui travaillent à Bruxelles et prévoir une certaine redistribution de l'impôt. Cette communauté urbaine pourrait s'étendre au nord comme au sud. Nous pensons que si on règle la question de l'homogénéité territoriale et linguistique, une Flandre décrispée pourrait accepter cette communauté urbaine qui lui livrerait aussi des fruits de son développement".

Alain Deneef ne croit pas nécessairement au retour à une certaine entité brabançonne comme on l'appelle de ses voeux ci et là : "Non, il ne s'agit pas d'imposer non plus de solution toute faite. Il est clair qu'il faudrait consulter les habitants des communes qui pourraient être concernées parce qu'il y a des liens avec la mobilité ou avec le développement économique. Si le projet urbain est attractif, nombre d'entre eux pourraient s'agréger à un pôle de développement dynamique"...

Pour le président d'Aula Magna, cette logique nouvelle peut faire de Bruxelles "une ville-creuset de la modernité et de la diversité mais aussi une région métropolitaine au service de la Wallonie et de la Flandre tout en continuant à se développer comme capitale de l'Europe et à se profiler, selon la belle expression d'Eric Corijn (VUB) comme la plus petite ville mondiale où se sentiraient chez eux les natifs mais aussi une population qui va du réfugié politique à l'exilé fiscal français..."

Une approche aux antipodes de B-H-V et de ses radicalisations. "La balle est dans le camp des politiques qui peuvent mettre en place les conditions de cette mutation des esprits. Mais le veulent-ils vraiment ?"

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