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Crise politique

"L'opposition ne nous fait pas peur..."

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 15/12/2007

Le président de l'intergroupe parlementaire, Richard Miller, estime que le MR ne doit pas gouverner à n'importe quel prix. Mais il est encore disponible.

Entretien

Le Mouvement réformateur a réuni, vendredi, l'ensemble de ses parlementaires pour faire le point sur la situation politique. Il s'agissait surtout, de donner, à l'extérieur, le signal d'un parti uni derrière son président après que des rumeurs aient fait état d'un certain mécontentement voire d'une possible rébellion interne attisée par la perspective de l'opposition. Nous avons interrogé le président de l'intergroupe parlementaire, Richard Miller, député wallon.

La réunion a été organisée en urgence. On s'attendait à un coup d'éclat ou à une déclaration nouvelle. Finalement, Didier Reynders a répété la position de lundi dernier...

Je tiens tout d'abord à dire que cette réunion s'est cloturée par un vote unanime de soutien à la ligne défendue par le président Reynders. Unanime...

Gérard Deprez était présent ?

Oui : il a exprimé son point de vue dans le cadre d'une discussion ouverte.

Quelle est, finalement, la position des libéraux ?

Elle n'a pas changé : pas de participation à un gouvernement 4 + 2 où les francophones viendraient apporter leurs voix à la majorité des deux tiers que réclament les Flamands. Cela n'a aucun sens.

Pourtant le MR a, contrairement aux autres, toujours été ouvert au dialogue institutionnel et à la perspective d'une réforme ? Pourquoi le craindre maintenant ?

Nous ne le craignons pas, nous sommes disponibles pour une négociation mais sur la base d'un projet économique et institutionnel. Mais venir apporter toutes les voix francophones pour une réforme dont, il y a peu, certains disaient encore qu'ils ne voulaient pas... Les francophones ne doivent pas être masochistes.

N'est-ce pas le MR qui bloque la situation : vous êtes contre le 4+2, contre le 3+3...

Non. Nous sommes ouverts à la discussion sur la base d'un projet qui réponde aux préoccupations des gens telles qu'elles ont été exprimées lors de la phase d'information menée par Didier Reynders. Cela a duré 3 semaines. On lui a demandé d'accélérer et d'entamer les "choses sérieuses" : cela fait 5 mois et demi que l'on est dans les "choses sérieuses"... Il est temps d'en revenir à une négociation centrée sur ce que veulent les gens.

Etes-vous toujours opposés à la tripartite classique ?

Je répète que ce qui compte, c'est le projet. La tripartite traditionnelle est rejetée par le MR. Mais il y a d'autres tripartites.

Cela supposerait alors de briser ce que vous appelez le "cartel PS-CDH"... et d'attirer un de ces partis dans une autre tripartite avec le MR et Ecolo. Vous y croyez ?

Je me répète encore mais tout dépend de la réponse à la question centrale : pour faire quoi ? Car si PS et CDH se contentent de dire aux citoyens : nous avons uni notre sort pour ne rien faire... Je ne crois pas que ce soit la bonne formule pour répondre aux défis de la société. Nous pensons qu'il est possible de dépasser ce blocage pour arriver à la constitution d'un gouvernement. Que Madame Milquet répète partout qu'elle ne peut plus bouger sans le PS, c'est aussi un élément de blocage.

A la fin de l'orange bleue, c'est quand même le MR qui a cherché à virer le CDH et à le remplacer par le PS ?

Cela a été dit. Mais nous réaffirmons notre volonté de voir notre programme se réaliser dans un programme de gouvernement.

Et si l'on vous propose d'entrer dans les gouvernements régionaux et communautaires ?

Il n'est pas question d'accepter n'importe quoi en échange de quelques strapontins surnuméraires régionaux. Quel intérêt aurait le MR à venir appuyer une mauvaise politique menée par deux mauvais gouvernements PS-CDH à la Communauté et à la Région ?

A entendre les présidents du PS et du CDH, ce sont les ambitions personnelles de Didier Reynders qui empêchent la reprise des négociations... Le fond prime-t-il vraiment sur la forme ?

Didier Reynders est l'homme politique francophone qui est allé le plus loin dans la recherche de solutions à la crise actuelle face au double jeu de Madame Milquet. C'est elle qui risque d'amener le pays à avoir un gouvernement qui ne tienne pas compte du résultat de l'élection. Didier Reynders a montré sa capacité d'homme d'Etat. Mais le MR ne va pas s'acharner sur un terrain qui serait suicidaire. Nous avons gagné les élections sur la base d'un programme qui doit se retrouver dans le programme d'un gouvernement. Si ce n'est pas le cas, le MR en tirera les conclusions.

Vous êtes vraiment prêts à aller dans l'opposition...

Il y a unanimité pour tenter, encore une fois, de constituer un gouvernement où nous retrouverions nos idées. Nous sommes toujours disponibles mais pas pour faire n'importe quoi. Sinon... nous déciderons. L'opposition ne nous fait pas peur.

Savoir Plus

En attendant Verhofstadt...

Vendredi, les principaux acteurs du champ politique, au Nord comme au Sud du pays, attendaient que "Numero Uno" dégaine un "lapin blanc" de son chapeau... "On attend Verhofstadt, quand il sera redescendu de son nuage européen, peut-être consentira-t-il à nous trouver une solution", raille un négociateur flamand. De toute façon, enchaîne un francophone, "il n'y a plus que des "scénario-bof", des schémas qui n'enthousiasment plus personne".

Côté flamand, le CD & V d'Yves Leterme a particulièrement mal digéré les attaques en règle du président de l'Open VLD Somers. Celui-ci accuse le CD & V de se contorsionner et de se plier aux exigences des socialistes flamands. Le cartel ne croit pas aux menaces des libéraux flamands - qui disent pencher pour l'opposition en cas de retour du SP.A à la table des négociations. Côté francophone, le MR laisse également planer le spectre de l'opposition - voire de la poursuite de la "Violette" (qui asssocie familles libérales et socialistes) si "aucun accord sur un projet ne se dégage", a indiqué Reynders. PS, CDH et Ecolo disent attendre les propositions de l'informateur désigné par le Roi. Celles-ci pourraient être faites dès ce week-end, car, dit un négociateur, "chaque jour qui passe Verhofstadt écorne son image un peu plus".

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