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Édito
Une chance à saisir...
Mis en ligne le 15/01/2008
Yves Leterme et Didier Reynders lancent, ce mardi, les négociations pour une nouvelle réforme.
Ont-ils des chances de réussir ? Evidemment, il y a de quoi être pessimiste. Après six mois de crise, on serait tenté d'écrire que tout est perdu, que les hommes politiques belges du Nord et du Sud n'auront jamais cette capacité de dépasser leurs blocages, leurs tabous, la faculté d'avoir une vision à la fois haute, globale, cohérente et équilibrée du futur Etat belge. Que les chamailleries, les egos, les petites phrases assassines primeront à jamais sur le sens de l'Etat, le noble exercice d'une fonction politique au service exclusif des citoyens. Parfois, c'est vrai, on a toutes les raisons de pleurer. Pourtant, deux éléments récents permettent d'afficher un certain optimisme. Les Flamands semblent avoir compris qu'ils ne pourront pas imposer leur grande réforme de l'Etat sans tenir compte des positions francophones. Et les francophones ont accepté le principe d'une réforme, conscients que la stratégie du "non" absolu ne ferait qu'attiser les velléités séparatistes. Il y a donc des raisons d'espérer des débats sereins et constructifs, même si l'on sait qu'en Belgique, la dramatisation fait toujours partie de la liturgie politique.
Faut-il craindre cette réforme ? Pas nécessairement. Même s'ils n'ont pas souhaité cette nouvelle mue institutionnelle, les francophones ne doivent pas y aller avec des pieds de plomb et avec le sentiment qu'ils ont tout à perdre. A condition qu'elle n'ouvre pas la piste qui conduirait la Belgique "tout schuss" vers l'éclatement du pays, cette réforme peut constituer une véritable opportunité, une chance à saisir pour apporter plus de cohérence dans la machinerie institutionnelle belge, de manière à stabiliser, pour dix ou vingt ans, un Etat fragile. Elle peut aussi être une opportunité pour qu'enfin les francophones assainissent et simplifient le paysage politique dans lequel ils évoluent. Mais il ne faut pas changer pour changer : une réforme ne vaudra que si, in fine, elle améliore la vie quotidienne des gens.
Mais il y a un risque certain. Tant dans cette négociation que pour l'avenir. Celui de voir les partis flamands, le CD&V en particulier, se laisser entraîner dans une surenchère, une dérive dans laquelle les extrémistes du Belang, voire de la N-VA, tentent en permanence de les pousser. Car leur raison d'être, leur nourriture, à ces vampires de la Belgique, ce sont précisément les problèmes, réels ou supposés, entre des Communautés, entre des gens qui, pourtant, fondamentalement, ne demandent qu'à s'entendre et à vivre en paix.
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