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Édito
Les singuliers colloques de Leterme
Mis en ligne le 13/02/2008
Au terme de longues et minutieuses investigations, nos confrères du "Standaard" ont reconstitué la face cachée des mois de crise politique. Un travail remarquable à maints égards.
Un volet de l'enquête porte sur le rôle joué par le Palais durant les phases critiques de la négociation. Pratiquement, le lecteur dispose là du verbatim des conversations que le Roi a eues avec les leaders des partis politiques. Ces échanges, tenus en tête-à-tête, relèvent de ce que l'on nomme le "colloque singulier". La tradition veut qu'ils soient couverts par le secret et que nul n'en révèle la teneur.
Et ce n'est qu'en de très rares occasions que cette règle n'a pas été observée et jamais au plus fort d'une crise politique majeure. Le Palais, et les huit mois de crise en témoignent, est, en ces circonstances, le dernier refuge pour des hommes politiques déboussolés, incapables de réaliser entre eux les nécessaires consensus qui peuvent mener à la constitution d'un gouvernement.
Nous sommes là au coeur du pouvoir de la monarchie parlementaire. C'est en ces circonstances que le Roi peut et doit jouer un rôle pour dénouer le noeud gordien de négociations qui s'enlisent. Il choisit les hommes, il leur confie des missions (formateur, informateur, explorateur, démineur...). Au sens quasi philosophique du terme le Roi pratique la maïeutique, cette méthode par laquelle Socrate disait accoucher les esprits des pensées qu'ils contiennent sans le savoir.
C'est à l'issue de ces nombreuses consultations, au cours desquelles il sonde les coeurs et les âmes, que le Roi tente de trouver les convergences qui permettront au pays d'être gouverné.
Pour ce faire, ces conversations doivent se dérouler dans le secret absolu. Quel homme politique irait confier ses aspirations intimes s'il n'avait la garantie que celles-ci ne seront jamais répandues sur la place publique ? Quel homme politique oserait encore prendre des risques si ceux-ci sont exploités contre lui ?
C'est ce secret qu'Yves Leterme - mais pas seulement lui - a trahi. Il, et avec lui tous ceux et celles qui ont raconté par le menu leurs conversations avec le Souverain, met ainsi en péril l'un des rouages essentiels du système politique belge.
Ce n'est pas digne de la part de quelqu'un qui se pose en futur Premier ministre. C'est irresponsable. Qu'il prenne donc Verhofstadt pour modèle : il est le seul à avoir refusé de parler.
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