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Terrorisme - police/sûreté

Belliraj et les dossiers collatéraux

Roland Planchar

Mis en ligne le 04/03/2008

Les policiers belges sont à pied d'oeuvre, à Rabat. Mais entre la Police fédérale et la Sûreté de l'Etat, on parle tensions plutôt que convergences...

analyse

Nous l'indiquions jeudi : des policiers belges devaient partir lundi pour le Maroc afin d'y prendre des éléments d'information, dans le dossier marocain à charge d'Abdelkader Belliraj et en vue d'établir si l'envoi d'une commission rogatoire est ou non utile.

C'est que, dans les accusations formulées contre celui qui passe au royaume chérifien pour le chef d'un réseau terroriste fort de 35 membres au moins, plusieurs concernent la Belgique. Ainsi, il serait impliqué dans six assassinats, dont ceux dits de la mosquée du Cinquantenaire à Bruxelles (le recteur Abdullah Ah-Adhal et le bibliothécaire Salem el Behir avaient été tués le 29 mars 1989) et celui du Dr Wybran (abattu le 3 octobre suivant près de l'hôpital Erasme).

Bref, ces 6 policiers (des sections "terrorisme", "banditisme organisé" et "crimes"), qui resteront sur place jusqu'à jeudi, sous les ordres du directeur des opérations de la PJ de Bruxelles, Eric Jacobs, sont bien arrivés lundi soir au Maroc mais il était bien entendu beaucoup trop tôt pour que le déplacement ait déjà pu fournir le moindre renseignement. "Il faut attendre leur retour pour évaluer les éléments et, même alors, il n'est pas certain qu'il y aura matière à beaucoup de communication", nous déclarait lundi Eric Van der Sypt, en tant que porte-parole du parquet fédéral belge.

Ceci étant, l' "affaire Belliraj" a déjà causé des dommages... collatéraux. La révélation, à la veille du week-end, du fait que l'intéressé a été un informateur accrédité de la Sûreté de l'Etat a eu pour effet de placer celle-ci dans le collimateur de certains.

Car si elle a informé les autorités de cet état de choses lors d'une réunion, le 22 février, l'information a rapidement "fuité". Avec deux résultats fort divergents, selon les analyses.

Le premier est que la Sûreté passe pour un machin un peu stupide, incapable de gérer des informateurs et des informations, puisqu'elle aurait rémunéré Belliraj pendant des années en ignorant que c'était un tueur, un terroriste. Elle ne discernerait donc même pas le bout de son nez.

La seconde piste de réflexion pose d'autres jalons. D'abord celui qui veut que Belliraj, interrogé sans résultat à Bruxelles lors des faits anciens, est peut-être innocent de ce dont l'accuse Rabat, pour les faits belges tout au moins. Qu'il n'avait à l'époque pas de casier judiciaire. Et que le recrutement des informateurs de la Sûreté est contrôlé. Dès lors, "larguer" en public son statut d'informateur ne pouvait servir aucune enquête, mais bien nuire fortement, par un amalgame basique, à l'image de la Sûreté.

Petits secrets

Alors, quoi? Ce qui est sûr, c'est que depuis le déclenchement de l'alerte terroriste à Bruxelles, le 21 décembre 2007, l'ambiance est loin d'être au beau fixe au sein de la police fédérale antiterroriste (certains enquêteurs ont eu de petits secrets pour d'autres), d'abord, mais également entre celle-ci et la Sûreté. Et l'ancienne bonne collaboration semble à la peine depuis que la police fédérale a investi davantage dans l'"antiterro".

Reste qu'il peut y avoir d'autres dégâts. Le syndicat Sypol.be, section Renseignement, a déploré lundi la divulgation d'informations confidentielles dans le cadre de l'affaire. Et a dit sa crainte de voir naître des tensions entre police fédérale et Sûreté. "A qui profite de la publication de ce genre d'informations?", questionne, sans prendre parti, son secrétaire général, Eddy Lebon.

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