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Terrorisme - belgique/maroc

Belliraj : le Comité R a entendu la Sûreté

Roland Planchar

Mis en ligne le 05/03/2008

Nouvelles perquisitions en Belgique, mardi. Arrestations ? Nouvelles inculpations au Maroc... pour les faits belges ! La Sûreté savait que Belliraj allait en Afghanistan. Normal ? Favoriser ce genre de choses serait dans son rôle. Mais a-t-il joué double avec al Qaeda ?

Journée maussade, mardi, pour certains agents de la Sûreté de l'Etat convoqués au Comité R. Ce n'est pas une punition mais il n'est jamais agréable de devoir expliquer pourquoi on a fait ceci ou pourquoi on n'a pas fait cela. Pourtant, même le ministre de la Justice, Jo Vandeurzen (CD & V) avait insisté pour que cette enquête ait lieu et elle semblait inéluctable.

Quant à savoir ce qui s'est dit, c'est une autre histoire même si on sait bien sûr que c'est le cas d'Abdelkader Belliraj, ce Belgo-Marocain accusé au Maroc de terrorisme avec 34 autres personnes, qui était au centre des débats. Et on devine, après les vagues suscitées par ce dossier entre la Police fédérale et la Sûreté, que les questions visaient à établir si ladite Sûreté a bien géré celui qui était aussi son informateur - la chose est avérée.

Voyage en Afghanistan

A ce sujet, "La Libre" peut préciser que, contrairement à ce qui en fut dit récemment, la première version était la bonne : c'est voilà 8 ans, soit début 2000, que Belliraj devenait informateur régulier de la Sûreté, et non il y a 15 ans.

L'an 2000, ce fut aussi le moment pour Belliraj de devenir Belge. Or, à cette occasion, comme l'a expliqué M. Vandeurzen mardi à la Chambre, la Sûreté avait émis un avis à l'attention du parquet. Elle y soulignait les liens de l'intéressé, connu d'elle comme opposant au régime marocain, avec "la mouvance islamiste algéro-marocaine et les milieux marocains pro-Iraniens". Mais le ministre de rappeler cependant que les informations relatives au terrorisme au Maroc émanent uniquement d'autorités chérifiennes. Le parquet fédéral belge explique du reste que, "à ce stade, notre dossier, c'est quelques feuilles", comme nous le disait mardi Mme Pellens, porte-parole. Ce qui ne permet pas d'affirmer quoi que ce soit.

Bref, les arguments volent tous azimuts dans la passe d'armes. Par exemple autour du fait que Belliraj est allé en Afghanistan, en 2001 (donc pendant qu'il était informateur de la Sûreté), comme l'a indiqué sans être contredit Chakib Benmoussa, ministre de l'Intérieur marocain, en interview à l'hebdomadaire international "Jeune Afrique". "Et alors ?", nous dit un proche observateur de la Sûreté, "c'est la base du métier d'avoir des gens qui voyagent. Et même, quand un type comme lui peut se déplacer en Afghanistan et qu'il n'en a pas les moyens, cela peut être le job de la Sûreté de payer discrètement". Pour avoir des infos en retour.

Vieille enquête de police

Mais il se dit aussi, au Maroc, que Belliraj en aurait surtout profité pour rencontrer le n°2 d'al Qaeda, Ayman Al Zawahri... Mauvais recrutement ? "Qui sait. Le double jeu est un risque inhérent au renseignement, commente notre interlocuteur, mais la police avait enquêté sur lui en l'interpellant, puis en le relâchant sans qu'il soit inculpé pour aucun des assassinats, avant qu'il soit recruté. Une garantie, à moins qu'il faille à chaque fois refaire le travail de la police !" Ambiance.

Bref, s'il semble acquis que Belliraj est bien allé en Afghanistan, on ne peut exclure davantage qu'il se serait rendu, en 2005 cette fois, dans le maquis algérien avec le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), comme l'indiquait également M. Benmoussa.

Armes belges ?

Lequel a de surcroît précisé que, selon l'enquête marocaine, les armes saisies en février à Casablanca et à Nador proviendraient de Belgique et auraient été importées en deux vagues, autour de 1994 et de 2000. L'arsenal comporte 9 fusils d'assaut Kalachnikov, 2 fusils mitrailleurs Uzi, 7 pistolets mitrailleurs Skorpio, 16 pistolets automatiques, des munitions pour le tout et quelques silencieux. Mais aucune information officielle belge ne conforte cet élément au moins passé inaperçu, s'il est exact, de la Police fédérale et de la Sûreté.

Perquisitions en Flandre

Est-ce pour éclairer ce pan du dossier que la police semble avoir lancé, mardi aussi nous dit-on, de nouvelles perquisitions (en Flandre orientale) ? Au parquet fédéral, nous n'avons reçu ni infirmation, ni confirmation de notre info, mais un sec "no comment". Qu'aura donné l'opération ? Aura-t-elle suscité saisies ou arrestations ? A suivre ce mercredi.

Enfin, si le roi Mohamed VI a rendu mardi un hommage appuyé aux forces de sécurité de son pays, les dissensions belges n'y passent pas inaperçues. Que ce soit "Aujourd'hui", "Libération.ma", "L'Opinion" ou "Le Matin", les journaux parlent de "polémique rageuse", de "guéguerre", de "position embarrassée"... Difficile de nier.

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