La voie libérale est un leurre, dit le Moc
Sa "Semaine sociale" (en fait, deux jours) annuelle est le seul rite public du Mouvement ouvrier chrétien, auquel reste dévolu le rôle de coupole d'organisations plutôt disparates (CSC, Mutualité, Vie féminine, Joc, Equipes populaires, groupe Arco).
- Publié le 05-04-2008 à 00h00

Sa "Semaine sociale" (en fait, deux jours) annuelle est le seul rite public du Mouvement ouvrier chrétien, auquel reste dévolu le rôle de coupole d'organisations plutôt disparates (CSC, Mutualité, Vie féminine, Joc, Equipes populaires, groupe Arco). Toujours en deuil d'une coalition de type olivier, dont ils persistent à dire qu'elle était possible, ses responsables n'ont pas raté l'occasion pour redire tout le mal à penser d'une majorité avec libéraux... Et ce, vendredi après-midi à Charleroi, devant des délégations PS (avec Christian Dupont), CDH (avec Joëlle Milquet et Jean-Jacques Viseur), Ecolo (avec Isabelle Durant et Jean-Michel Javaux).
Ainsi, Thierry Jacques, président du Moc, avançait trois hypothèses pour expliquer le déficit démocratique ambiant : un problème de compréhension; une insuffisance de participation (la démocratie participative, c'est plus que "la juxtaposition de positions individuelles" d'une minorité de citoyens seuls devant leur ordinateur); une réponse insatisfaisante aux difficultés ( "précarité et pauvreté ne cessent de s'étendre" ).
Restons-en au premier point, l'incompréhension des citoyens : "Il est indispensable que des choix clairs leur soient présentés. Il faut "re-politiser" la société en montrant bien que des politiques de gauche et de droite , ce n'est pas la même chose. Les derniers gouvernements ne concourent pas à la clarification des enjeux. Pire, ils contribuent à une confusion entre la gauche et la droite. (...) Voilà pourquoi des majorités arc-en-ciel, violette ou lilas sont vraiment problématiques en terme tout simplement démocratique."
Trois partis d'un côté, le quatrième de l'autre, c'est ça ? "Sur des positions aussi essentielles" que le financement de la Sécu, la régulation des loyers, l'asile ou une fiscalité plus équitable, "la rupture entre d'une part les verts, les oranges et les rouges, et d'autre part les bleus est apparue nettement". Ah ! les bleus... "Il nous reste un énorme travail, poursuit le successeur de François Martou, pour convaincre les électeurs que la voie libérale est un leurre. (...) La droite libérale, "bling bling" ou pas, ne séduit que lorsque l'esprit critique fait défaut."
Quatre messages personnels.
A M. Reynders, ministre des Finances : faire du social en fiscalité, c'est "augmenter l'impôt des plus riches et percevoir un impôt sur les revenus qui y échappent".
A Mme Milquet, ministre de l'Emploi : "Gaffe aux titres-services ! Les étendre à la garde d'enfants, ce serait introduire le cheval de Troie de la privatisation des services aux personnes."
A M. Dupont, ministre de l'Enseignement : l'objectif de mixité sociale "ne saurait être atteint par le décret inscriptions, et encore moins par les mesures correctives actuellement envisagées".
A M. Peeters, ministre-président flamand : "Pas question de moduler" l'allocation de chômage par un bonus; possibilité d'améliorer l'emploi en tenant compte de situations sous-régionales.
L'insécurité du travail social Pour son espèce de centenaire (c'était la 86e du genre, mais la première remonte à 1908), le Moc a consacré sa "Semaine sociale" 2008 à un thème passablement inhabituel : l'insécurité, non pas des "usagers" du social, mais de ses intervenants... Le travail social, relève ainsi le criminologue Dan Kaminski (UCL), est aujourd'hui tiré du côté du souci de ne pas être mis en cause plutôt que de celui, "historique" , de la prise de risque et de l'engagement. C'est que, comme le dit Anne Herscovici (directrice du Centre d'appui au secteur de l'aide aux sans-abri), si "vivre avec 650 € est intenable" , aider les personnes qui doivent vivre avec 650 € "est tout aussi intenable" : l'attente des usagers est multiple et leur méfiance, immense; "comment rester touché et détaché ?". C'est que, aussi, explique le sociologue Abraham Franssen (Saint-Louis), l'évolution du modèle social, de l'assistance à l'"activation", laisse le travailleur social écartelé "entre un ancien rôle devenu indésirable et un nouveau rôle en partie impraticable" (tant l'injonction ambiante à la responsabilité individuelle risque de "pathologiser l'individu" , évacuer les dimensions structurelles, requérir des moyens qui ne suivent pas ). Il perçoit toutefois l'émergence d'un "souci renouvelé du social". Comment ? Par l'action collective, prolonge Pierre Georis, le Secrétaire général du Moc, en résumant deux jours de débat : "Dans tous les cas de figure, les travailleurs sociaux doivent constituer des équipes" - ce peut être par un travail sur leur déontologie, sans la considérer comme un "pôle figé" . Des équipes, et des réseaux - non pour se refiler les problèmes, auquel cas le mot est "piégé" , mais pour constituer des partenariats. Bref, "c'est transparent : l'action collective, c'est d'abord créer des espaces où les gens peuvent se rencontrer" ... CQFD ?
