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Portrait
Un arroseur tant arrosé qu'il s'est noyé
paul piret
Mis en ligne le 21/04/2008
Cette année, à Namur, le 1er avril est tombé tôt. On l'y crut anticipé au 20 mars. Ce jeudi-là, le microcosme sambro-mosan prit la nomination de Frédéric Laloux au gouvernement fédéral comme une blague puis, une fois vérifiée, comme un gag. Ce ne fut pas moins triste à Bruxelles : sa chef de file Laurette Onkelinx, à son arrivée pour la photo de famille, le prit pour un employé du Palais, tandis que lui loupa la déclaration gouvernementale...
Que pouvait-on alors en dire ? Bientôt 39 ans. Son regretté père Francis fit un populaire échevin PSC. Pâtissier de formation, il tâta de l'immobilier. Affilié au PS en 91; conseiller communal quatre ans plus tard, le plus jeune du conseil; échevin six ans après, à nouveau le plus jeune du collège. On salue sa loyauté, sa capacité de travail. On lui reconnaît un sens méticuleux de la proximité, à moins que ce ne fût une inclination clientéliste au copinage. On rigole quand, en charge des services de secours, il affuble d'un gyrophare sa voiture privée de fonction (on n'a pas fini d'en parler, de celle-là). A son aise pour créer des aires de pétanque, il l'est moins dans des dossiers d'envergure, comme celui du stade de foot à rénover. Son nom est mêlé à l'affaire du casino. Son style est volontiers comme son faciès : carré.
Là-dessus, Frédéric Laloux écope d'autant plus de la déchéance de "Nanard" Anselme qu'il en était le dauphin. Le PS relégué à retardement, et grand fracas, dans l'opposition fin 2006, il profite pourtant des rivalités entre anti-Anselme pour devenir chef de groupe PS au conseil. Pour le reste, ce collectionneur de bouteilles d'eau est repêché au cabinet de Michel Daerden. Une protection qui ne fut pas forcément étrangère - on ne l'a pas relevé assez - à sa nomination de secrétaire d'Etat à la Lutte contre la pauvreté...
Ladite nomination ne procède pas seulement du penchant sinon de l'obsession d'Elio Di Rupo à surprendre. Si l'on convient sans peine que le promu n'est ni un grand format présumé, ni un profil à la mode, ni un gage de rénovation, sa montée au fédéral ne tient qu'à une motivation strictement locale : le PS namurois, sinistré et exposé à rude concurrence, doit se retailler un candidat-maïeur pour 2012.
On aurait pu en rester là. Par le passé, des castings pas plus flatteurs a priori (et pas qu'au PS !) ont tenu le coup. Mais Laloux encaisse la rébellion des élus du sérail, son choix doublé par celui de Julie Fernandez. Il écope aussi de la fragilisation de son président, dont il est révélateur et victime. Il affronte encore l'humeur du temps : la vie politique et médiatique est telle aujourd'hui qu'elle est bien plus dure qu'hier pour les maillons faibles, n'éprouvant plus aucune hésitation à tirer sur une ambulance. Surtout, il ne tend pas un bâton pour le battre; il les tend tous.
Passons sur son premier passage à la télé, funeste - chanteur occasionnel de Marseillaise, le Premier ministre aurait été le plus mal placé pour lui en tenir grief. Mais ces histoires (dépassements non remboursés, utilisation de plusieurs véhicules privés...) liées à la carte de carburant de la Ville, au temps de son échevinat ! Elles l'essorent moins en soi (quoique...) que dans leur effet boomerang. Car c'est lui qui venait de lancer le sujet, croyant par là toucher sa bête verte d'Arnaud Gavroy, le premier échevin Ecolo. Vous parlez d'un arroseur arrosé ! L'adage populaire déconseillant de monter au mât de cocagne quand on a le pantalon troué, il l'a revisité : ce n'est pas un trou, c'est un gouffre. Car si la négligence voire la malhonnêteté ne sont pas (encore) avérées, c'est de la sottise qui s'étale.
Lui (ou Di Rupo) s'accrocha pourtant à son examen à la Chambre. Mais dans un néerlandais désopilant, il se fit étriller. Et n'avait plus d'autre choix que de quitter non pas la "Star Ac", comme il dit, mais une posture pathétique de punching-ball.
Il retrouve aujourd'hui un terrain local qu'il n'aurait jamais dû quitter. Dans le tout nouveau numéro de "Côté Jambes", le petit trimestriel du syndicat d'initiative jambois qu'il préside, on voit Frédéric Laloux, très appliqué, à la table du jury de la "Miss Corso 2008" locale. Il fait ça très bien. On l'écrit sans mépris. Si.
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