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Mai 68 - et les Belges ?

"La périphérie du nombril"

G.C.

Mis en ligne le 05/05/2008

Fondateur de la revue "Politique", Henri Goldman était en 3e année d'étude à la Cambre au moment où la France s'est embrasée. "J'étais membre d'une organisation d'extrême gauche et nous suivions de très près les événements qui se déroulaient à Paris."

L'oreille collée sur Europe 1, les jeunes belges ont alors le sentiment que se jouent des événements historiques chez leurs voisins français. Quelques jours avant la fameuse "nuit des barricades", Henri Goldman fait d'ailleurs l'aller-retour vers Paris pour y prendre la température. "Avant cela, une réunion mémorable avait eu lieu place Rogier avec Daniel Ben Saïd, l'un des leaders de la LCR française, qui avait passé la frontière plus ou moins clandestinement", raconte-t-il.

Et quand les étudiants de l'ULB occuperont le grand hall de leur université, les étudiants de la Cambre, située à quelques centaines de mètres de là, embraieront très rapidement. "C'est à ce moment-là que beaucoup d'étudiants ont découvert ce que voulait dire "faire l'amour". A défaut d'ébranler le régime, les occupations permettaient au moins ça !"

Mais au-delà des prémisses de la liberté sexuelle, Henri Goldman souligne aussi un aspect particulier de l'occupation de la Cambre qui a également débouché sur un grand mouvement de réflexion autour du rôle des architectes dans la société et dénonçait le côté "affairiste" de la profession.

Du Mai 68 belge, Henri Goldman retient surtout un esprit potache, persuadé de marquer l'Histoire quand il s'agissait surtout selon lui d'une grosse fête. "Fidèles à leurs habitudes, les parisiens avaient le sentiment d'être le nombril du monde. A Bruxelles, nous avons été la périphérie du nombril."

Une grosse fête, empreinte d'une part d'utopie révolutionnaire, qui s'est tout de même inscrite dans un contexte d'évolution inéluctable, concède Henri Goldman. "Toute une série d'archaïsmes étaient déjà en train de disparaître. Mai 68 a accéléré le mouvement." Beaucoup se vantent aujourd'hui d'avoir fait partie de ce mouvement, ajoute-t-il ironiquement. "Régis Debray, qui était en prison en Bolivie, disait d'ailleurs qu'il donnerait naissance à la nouvelle classe dominante."

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