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BHV

Leterme : qu'est-ce qui cloche ?

M. Bu. et V.d.W.

Mis en ligne le 07/05/2008

Passif quand on attend de lui des initiatives, mal à l'aise quand il faut convaincre, mal conseillé quand il est fragilisé, piètre communicateur... Il a pourtant de nombreux atouts et un bon bagage. Mais il peine à s'en servir.

Vous les francophones, vous passez votre temps à le décrire comme un imbécile, un incapable, un rigide. C'est stupide, c'est grossier, c'est injuste..." Ce libéral flamand est pourtant réputé pour son franc-parler. Clouer les gens au pilori, c'est sa spécialité. Mais Yves Leterme, assure-t-il, ne correspond pas à cette image de gaffeur impénitent.

Bon, d'accord. Essayons donc de jeter aux orties ces tonnes de préjugés accumulés tout au long des douze derniers mois. Des idées pas toujours préfabriquées, souvent alimentées par le principal intéressé. Mais bon. Tentons, un court instant de repartir de zéro.

Qu'avons-nous face à nous ? Un homme plutôt bien formé sur le plan intellectuel. Un homme relativement effacé : il n'a jamais vraiment couru les mandats, les cumuls, les avantages. En politique, c'est une qualité. Ce n'est pas un "alimentaire".

Goed bestuur

Son parcours ? Plutôt intéressant. Le droit et les sciences politiques. Et des allers-retours entre la politique active et l'administration (Cour des Comptes et Parlement européen). Touché par le virus politique, oui, mais sachant se soigner.

Rayon bons points, on notera encore sa "goed bestuur" à la tête du gouvernement flamand. Mais là, ce n'est pas un exploit. Le consensus est quasi total sur la manière de gérer la Flandre en bon père de famille. L'argent ruisselle. Il n'y a qu'à le partager.

Mis qu'est-ce qui cloche, alors ?

Le reste... Gonflé à l'hélium par son parti, désireux de récupérer le poste de Premier ministre, il est devenu ambitieux. Sa popularité a fait le reste. Le voilà au "16". Gagné ? Pas sûr. Car ceux qui, dans la majorité, le voient évoluer de très, très près confient leur déception : "On dirait un jardinier sur un porte-avions... Il y a du contre-emploi dans l'air. Est-il content de son sort ? Ce n'est même pas sûr. Ce qui est dramatique, c'est qu'il ne semble pas vouloir prendre la moindre responsabilité. Il attend. C'est exaspérant".

Alors condamné, Yves Leterme ? L'image des voyages du Premier ministre, ces deux derniers jours, en France et en Allemagne a pu donner l'impression d'une tournée d'adieux... Mais "il était impossible", riposte l'un des conseillers d'Yves Leterme , "de décommander des rendez-vous aussi importants à la dernière minute !" Un francophone : "Il reste deux jours jusqu'au vote en plénière : Leterme peut encore aller se balader en Italie et en Espagne". Un membre de son cartel : "A Berlin, c'est presque un remake du film "La Chute" que Leterme a été jouer".

Piètre gestion de son agenda, communication mal fagotée, outre Leterme himself, l'entourage du Premier est, de plus en plus fréquemment, pointé du doigt dans cette descente aux enfers communautaire.

C'est qu'Yves Leterme ausculte mal l'opinion publique francophone, n'anticipe rien. Ainsi ses conseillers, son cabinet - composé quasi exclusivement d'une arrière-garde CVP (sorry, CD & V) - cultive-t-il la sacro-sainte tradition sociale-chrétienne du secret. "C'est un art de vivre", se désespère un observateur averti du "16" rue de La Loi. Avec le CD & V, le "geen commentaar" a été élevé au rang de religion.

Le Premier ministre va, par exemple, jusqu'à empêcher la publication sur Internet de l'agenda du Conseil des ministres le jeudi soir... Une tradition, pourtant. Du coup, face au "spinning" aguerri des libéraux, le clan Leterme apparaît sur la défensive. Voire en pleine déroute.

Particulièrement passif

Mais il y a plus. Sur le fond, Yves Leterme n'apparaît pas particulièrement soucieux de dénouer le noeud communautaire. "Il est particulièrement passif, admet un responsable du cartel. Il ne propose rien et il attend de voir ce qui se produit". La semaine dernière, lors d'une réunion du groupe CD & V/N-VA, Leterme est resté muet alors que les leaders de son parti réclamaient un vote sur la scission de BHV. En fin de séance, raconte un participant, le président de la N-VA s'est tourné vers le président de la Chambre Herman Van Rompuy : "Toi qui es depuis trente ans au Parlement, as-tu déjà vu cela ? Pourquoi ne dit-il rien ?" Et Van Rompuy de répondre à De Wever : "C'est incroyable, je ne comprends absolument pas".

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Angela Merkel s'informe

Yves Leterme gouverne, son gouvernement gère... L'escapade berlinoise que s'est octroyée, mardi, le Premier ministre visait à montrer qu'il n'y a pas que BHV, il y a aussi les priorités des citoyens, l'économie et l'agenda européen. Mais c'est Angela Merkel qui a rappelé Leterme aux dures réalités de la vie politique intérieure en l'interrogeant dès l'entame de leur rencontre, qui a duré deux heures à la Chancellerie, sur ce qui se passait en Belgique. La veille, le président français Nicolas Sarkozy avait épargné ce sujet à l'homme aux 800 000 voix. "J'ai répondu à Mme Merkel qu'une des caractéristiques de la Belgique, c'est qu'elle s'est bâtie sur un compromis historique entre le droit du sol et le droit des gens. Une partie du conflit sur la loi électorale trouve son origine dans cette différence", a expliqué Yves Leterme aux journalistes belges après l'entretien. "Mme Merkel a aussi ses problèmes", a ajouté le Premier ministre, en empathie avec la chrétienne-démocrate allemande.

En conférence de presse, la chancelière allemande s'est refusée à tout commentaire. "Naturellement, j'aimerais voir la tâche de mon collègue facilitée. Mais je pense qu'il va régler les problèmes sans l'avis de l'Allemagne", a-t-elle dit.

Au cours du voyage, Yves Leterme a été harcelé par les journalistes de la rue de la Loi sur BHV. Mais tel un sphinx, l'homme du CD & V répétait invariablement qu'il avait encore du temps pour régler la question, qu'il aurait "d es contacts" avant jeudi, jour où il doit normalement répondre aux questions parlementaires. Pourtant, l'entretien avec Angela Merkel avait, si l'on grattait un peu, de forts relents régionalistes : la desserte du port d'Anvers par le Rhin d'acier, la possibilité dans le futur traité Benelux que les régions se lient à des régions voisines comme le Nord-Westphalie ou le Nord - Pas - de Calais (une revendication flamande), ou encore, les critiques, apparemment partagées par la chancelière allemande, sur la prédominance du droit européen sur le droit national ou des Länder.

Même dans ses habits fédéraux, Yves Leterme garde le f eeling régionaliste.

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