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Judiciaire
"Faites une différence symbolique"
jean-claude matgen
Mis en ligne le 27/05/2008
audience
envoyé spécial à charlevillePlace, lundi, aux plaidoiries des défenseurs de Monique Olivier, renvoyée devant la cour d'assises des Ardennes pour complicité, aux côtés de son mari Michel Fourniret, jugé, lui, pour sept meurtres.
Plaidant coupable, Mes Jean-Paul Delgenes et son fils Richard ont toutefois demandé aux jurés d'établir, au moment de fixer la peine, une différence "symbolique" entre leur cliente et le tueur en série. Pour eux, Monique Olivier est une complice pas un coauteur. Elle ne sortira certes plus de prison, mais sa culpabilité et sa responsabilité ne sont pas les mêmes que celles de Michel Fourniret.
Ils ont dit tout cela alors que les familles des victimes étaient absentes de la salle d'audience (voir ci-contre). Me Jean-Paul Delgenes a considéré que les aveux de Monique Olivier mais aussi son attitude pendant l'instruction et au cours du procès marquaient sa différence d'avec son mari, qui s'est toujours inscrit dans un parcours criminel dont il n'est pas sorti et qui, devant les enquêteurs comme devant ses juges, a montré sa totale absence de regrets, n'a livré que des aveux froids et a employé la manipulation, allant jusqu'à revendiquer la légitimité de ses actes.
Monique Olivier, elle, a pris le chemin des aveux, de la honte et des regrets malgré la difficulté de la démarche, a scandé Me J-P. Delgenes. Sans ces aveux, a-t-il enchaîné, Fourniret serait sorti de prison en 2004, tout aurait recommencé et les familles de ses victimes seraient toujours dans l'ignorance de la vérité.
Monique Olivier aurait pu choisir de se taire, mais elle a éprouvé le besoin de se libérer en avouant, en surmontant sa peur de la prison. C'était le prix à payer pour les fautes commises, pour se libérer de l'emprise de Fourniret. On a tenté, a poursuivi le défenseur d'Olivier, de détruire la valeur de ces aveux, car ils la distinguaient de son mari, mais ils sont une des vérités de ce procès.
Le conseil s'est ensuite attaché à démontrer, en décrivant l'itinéraire de vie des deux accusés, qu'avant de rencontrer Fourniret, sa cliente n'avait jamais eu affaire à la justice, jamais eu la moindre idée de haine, de violence ou de vengeance, le moindre désir d'agression, de vol ou de meurtre. Alors que Fourniret, lui, ne l'avait pas attendue pour se lancer dans un parcours criminel qu'il n'a eu de cesse de poursuivre, une fois sorti de prison.
Une fois le couple formé, a encore déclaré, Me Delgenes, Fourniret n'a jamais eu besoin d'Olivier pour tuer, pour jouir du regard de sa victime à l'instant ultime. La faute d'Oliver, a-t-il conclu, c'est de s'être laissé piéger, de s'être montrée incapable de trouver une issue, par peur, par contrainte, par humiliation.
Un enjeu démocratique
La différence entre Monique Olivier et Fourniret, Me Richard Delgenes a aussi tenté de la mettre en évidence, rappelant également que personne n'avait rapporté la preuve qu'Olivier ait, comme on l'en accuse, apposé du sparadrap sur la bouche de Jeanne-Marie Desramault, morte étouffée et excluant toute idée de "pacte criminel" entre les deux accusés à l'occasion de l'échange de correspondance entre les deux accusés, en 1987. Il a également estimé que sa cliente avait souffert, à tort, d'une réputation de femme intelligente, donc nécessairement perverse, ce sur quoi les experts eux-mêmes se sont divisés .
L'avocat a aussi profité de sa plaidoirie pour rappeler la nécessité démocratique de défendre toute cause. "Une seule exception et toute la société est touchée. Demain, c'est votre enfant qu'on ne jugera plus", a-t-il lancé aux jurés, se plaignant qu'on ait pu reprocher à Olivier sa condition de femme et sa volonté de se défendre et qu'on l'ait, en quelque sorte, davantage accablée que son mari, le tueur, le manipulateur, le criminel dangereux.
Mardi, plaidoiries de la défense de Fourniret. Puis la cour entrera en délibérations dans une caserne. Le verdict est attendu mercredi.
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