Abonnez-vous a La Libre Belgique

Judiciaire

Fourniret n'interjettera pas d'appel

Roland Planchar

Mis en ligne le 28/05/2008

Il accepte la peine maximale à laquelle il s'attend. Sa défense n'a pas ménagé la Justice française qui, seule, aurait pu empêcher les massacres.

Envoyé spécial à Charleville-Mézières Il est 14h15, mardi à Charleville-Mézières, lorsque l'audience reprend. L'avant-dernière, pour les jurés qui déposent leur valise à l'entrée de la salle des assises des Ardennes qui juge Michel Fourniret et Monique Olivier : il n'en ressortiront que pour entreprendre la délibération, avec la cour comme cela se fait en France. Et comme on prévoit que le verdict tombe ce mercredi, mieux vaut être prêt pour la nuitée annoncée à la caserne des CRS...

"L'incurie et les fautes"

Très vite, Me Pierre Blocquaux se lève. Commis d'office à la défense de Michel Fourniret, il a été récusé par lui puis redésigné à cette charge. Il ne peut donc parler contre la volonté de son client. Mais celui-ci, qui s'estimant indéfendable ne veut pas être défendu, lui a accordé de dire "ce que bon vous semble pour servir ce que votre conscience vous dicte" . Les mots de Me Blocquaux, parlant aussi au nom de ses confrères Philippe Jumelin et Charles Bourbouze, seront forts, très forts. Il entame : "Que ça plaise ou non, c'est une vérité : M. Fourniret appartient à notre humanité. S'il n'est pas un homme, ce procès n'a pas de sens." Où veut-il en venir ? La seule défense qui eut été utile, c'était de "le défendre contre lui-même, au sens de le stopper, mais ce ne fut dans le pouvoir de personne dans cette salle" . L'avocat suspend ses mots. Puis, on comprend où il va car, si, si, quelqu'un pouvait l'arrêter : "L'institution judiciaire. Le procès, bien mené, ne doit pas masquer l'incurie et les fautes." Il aligne alors les ratés de la Justice française : "Pourquoi la plainte de la famille Laville fut-elle classée sans suite (NdlR : en seulement 6 semaines, en 1987) ? Pourquoi le parquet d'Auxerre n'a-t-il pas ouvert d'information ? Pourquoi les mises à l'épreuve de Fourniret n'ont-elles pas été suivies d'effets ? Comment, en 1992, un propriétaire de château dont l'épouse possédait appartement et maison était-il RMIste (NdlR : allocataire social) sans intéresser la curiosité de personne ? Pourquoi la plainte de M. Hellegouarch n'a-t-elle eu aucune suite ? Pourquoi, aujourd'hui encore, on ne peut pas nous dire où en est l'information" sur l'assassinat de sa femme ? C'était en 1990... "Cela fait beaucoup de ratés !" , tonne alors l'avocat en recueillant l'approbation d'une salle tétanisée.

Contamination mortifère

Me Blocquaux a ensuite évoqué la contamination mortifère de Fourniret. Il y a les victimes pour lesquelles il est jugé. Et pas mal d'autres, dit encore Me Blocquaux en rappelant ce vétérinaire suicidé parce qu'on le suspectait à tort pour Natacha Danais; ce jeune homme emprisonné pour Fabienne Leroy et innocenté... quatre ans plus tard; Marie-Hélène, celle des filles de Fourniret suicidée car ne supportant plus l'horreur inspirée par son père... "Ce n'est pas une vie, ce sont des décombres !" , lâche-t-il.

Bref, l'avocat, sans douter un instant du verdict qui tombera dans cette même salle où avait été prononcée (sans être exécutée) la dernière peine de mort française, le 22 mai 1981, annonce que Fourniret "sait qu'il terminera ses jours en prison. Il subira et acceptera la peine maximale. Et, c'est un petit signe pour les familles, car il m'a autorisé à le dire, il ne relèvera pas appel" . Ce que la loi permet en France, même aux assises. Et de dire que le silence à venir de ses avocats sera "celui du recueillement, de la mémoire et du souvenir" .

A 14h45, la parole vient pour un dernier mot à Monique Olivier : "Je regrette pour tout ce que j'ai fait" , dit-elle en tout et pour tout. Le tour de Fourniret vient. Il a préparé des rimes le plus souvent incompréhensibles. Pour donner des points aux parties civiles. Attaquer le procureur, qu'il n'a jamais aimé à l'évidence ("un roquet" ), s'octroyer le "coeur d'un grand bonhomme" , reprocher à des témoins d'avoir menti, et on en passe... dans l'écoeurant. Monique Olivier ? "Une pauvre bonne femme incapable de faire du mal individuellement." La complicité n'est pas morte...

Il est 15 heures. C'en est fini des débats. Les jurés s'en vont répondre à leurs 75 questions, pendant que le procureur Francis Nachbar tient conférence de presse. Pour dire, à la suite des propos de Me Blocquaux, que la Justice a avancé. Et pour défendre son réquisitoire qui, pourtant bon, a déplu à certains, en France. Excessif ? Mais tout, dans ce dossier, l'a toujours été...

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page