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Procès Fourniret
Deux mois qui laisseront des traces
J.-C.M. et R.P.
Mis en ligne le 29/05/2008
Voilà. C'est fini. Deux mois de débats difficiles, douloureux, houleux, tendus, se sont achevés par le verdict que l'on sait. Le procès Fourniret-Olivier a-t-il rempli son but ?
Le soulagement qui se lisait sur les visages des membres des familles des petites victimes du tueur en série laisse croire que la vérité judiciaire dite par le jury et la cour les aidera à se reconstruire même si la tragédie intime qu'elles ont vécue laissera à jamais des traces dans leur coeur de mère, de père, de soeur ou de frère.
"Je respire", a dit Marie-Jeanne Laville, la mère d'Isabelle tuée en 1987. C'est le mot, en effet. Car, bien souvent, l'atmosphère de la salle d'audience fut irrespirable et la faute en incombe tout entière à Michel Fourniret, qui n'a eu de cesse de polluer le procès dans l'espoir, vain, d'en faire une tribune, une scène, dans l'illusion d'en ressortir avec l'image d'une star du mal. Il a été ramené, heureusement, à sa juste dimension.
Le procès a-t-il atteint son but ? Il est vraiment ardu de répondre à une telle question tant l'horreur de la cause, la personnalité des accusés, l'ampleur de la médiatisation du dossier, la pression qui a régné sur la justice dès l'instruction et jusqu'au bout de la session ont rendu les choses complexes.
Il y a, en tout état de cause, du bon et du moins bon à retenir de ces deux mois d'audiences. Paradoxalement, certains des éléments qui doivent être considérés comme des points positifs recelaient, en même temps, des effets pervers qui ont montré les limites de certains exercices.
1 Les parties civiles. Elles ont été accueillies, encadrées, accompagnées avec beaucoup d'humanité. La cour leur a accordé la place qui leur revenait, tombant cependant parfois dans un excès de sollicitude, en leur permettant non seulement d'intervenir longuement, ce qui était la moindre des choses, mais aussi, parfois, d'invectiver les accusés, de les questionner de façon agressive, ce qui nous a paru parfois curieux au regard des pratiques en vigueur en Belgique et pas nécessairement productif.
Elles ont montré une solidarité exemplaire, se soutenant mutuellement avec un courage digne d'éloges et cette force commune a contribué à laisser Fourniret à sa véritable place mais pourquoi ont-elles refusé leur présence à la défense de Monique Olivier avant même de l'avoir entendue ? C'était certes pour elles un moment douloureux mais la nécessité du procès s'exprimait aussi dans cette plaidoirie.
On n'oubliera pas, cependant, l'émotion qui déferla dans la salle lors de certains témoignages, comme ceux, par exemple, du papa de Jeanne-Marie Desramault, ce vieil homme ravagé de chagrin, qui incarne à lui seul la détresse des familles, ou de Marie, l'adolescente belge qui permit l'arrestation de Fourniret et a décidé, contre toute attente, de refuser le huis-clos pour être aux côtés des victimes et faire face à un accusé qui, précisément, faisait du chantage pour obtenir que les débats ne se déroulent pas en public.
2 Le président. Gilles Latapie a mené ce procès en respectant strictement le calendrier et avec une élégance que tous les bancs ont soulignée. Mais on ne peut s'ôter de l'esprit qu'il a parfois ménagé les accusés à l'excès et, à l'inverse, laissé un peu trop faire certains témoins qui en ont profité pour régler des comptes.
3 Le ministère public. Francis Nachbar est un puncheur qui connaissait son dossier sur le bout des doigts et l'a démontré en mettant Olivier et Fourniret dans les cordes. L'a-t-il fait avec trop de hargne ? On lui a adressé ce reproche mais nous pensons que son réquisitoire a été avant tout marqué du sceau de la sincérité. A un détail près : la justice française n'a pas traité le dossier Fourniret comme elle l'aurait dû et le procureur général avait tout intérêt à redorer son blason. Aurait-il été aussi offensif si l'institution n'avait pas failli comme elle l'a fait ?
4 La défense. Elle a été exemplaire. Sa mission était impossible, sa position intenable mais ni les conseils de Monique Olivier, ni ceux de Michel Fourniret n'ont sali leur robe. Ils ont eu les mots qu'il fallait pour exercer leur tâche et quiconque leur reprocherait de l'avoir assumée se tromperait sur la véritable nature de la justice démocratique.
5 Les accusés. Méritent-ils qu'on parle encore d'eux, qu'on analyse leurs faits et gestes ?
Pour Fourniret, la réponse est claire : sa façon de se comporter fut à ce point abjecte qu'il n'y a plus rien à dire de lui.
C'est peut-être ce qu'espéraient le plus les proches de ses petites victimes.
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