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Édito
Au moins, un avenir sans "Fournirets"
Par Roland Planchar
Mis en ligne le 29/05/2008
Qu'a-t-on gagné avec le verdict aussi sévère que naturel intervenu mercredi ? C'est bien difficile à établir. Pour le savoir, pesons quelques éléments des deux mois écoulés. Il y en eut de bons. Ainsi, malgré ses multiples tentatives de prendre son procès en mains, aux assises des Ardennes où il était jugé avec sa femme, Michel Fourniret n'y sera pas parvenu. Cela aurait été proprement insupportable. Le président Latapie et, bien davantage à notre estime, les victimes et les parents présents, ont fait capoter ses manoeuvres. Grâce à eux, il y eut de la lumière même dans le noir : c'est d'abord par leur solidarité que les parties civiles ont fait front, opposant victorieusement celle-ci et l'amour des leurs à l'égocentrisme aussi absolu que manipulateur du tueur en série. Ah, Marie, comme tu as bien fait d'abandonner ta demande de huis clos pour épouser la position des autres victimes ! Ah, Joëlle, comme tu as eu raison de faire face à ton bourreau, pour ne pas déforcer tes amis malgré cette difficulté maladive, presque insurmontable. Il a baissé la face !
En revanche, il y eut aussi de bien mauvaises scènes. Ceux qui ont été les acteurs du procès auront été hallucinés par la noirceur sans bornes de cette frange de l'humanité, terrassés par l'ampleur de la morgue du tueur, tétanisés par l'évocation du sort de ses victimes. Pour qui sera-ce un bénéfice d'avoir ces images-là en tête ?
Cela posé sur les plateaux de la balance, revenons-en au verdict. Qu'apporte-t-il ? Un genre de thérapie bienvenue, pour plusieurs parties civiles. Rien, au plan judiciaire. Fourniret et Olivier condamnés ? Personne n'en doutait et même un parieur chinois n'y aurait pas risqué un yuan. Ce n'est pas là qu'il faut chercher. C'est plutôt dans le simple fait que, malgré l'ampleur de l'abomination, malgré la dimension du procès, justice a été rendue. La vraie justice, sans lynchage, dans le respect des formes, malgré les provocations incessantes. De même que les victimes ont opposé leur solidarité inébranlable au couple, la société lui a donc opposé sa justice - française, en l'occurrence - avec ses lacunes et ses graves manquements du passé, certes. Mais elle l'a fait. Ce n'est sans doute pas énorme, comme résultat. C'en est un. Reste la nausée. La désolation. L'absence. Et voudrait-on même oublier Fourniret qu'on ne saurait le faire d'Isabelle, de Fabienne, de Jeanne-Marie, d'Elisabeth, de Natacha, de Céline, ni de Mananya. C'est peut-être ça l'autre bénéfice du procès : que leur douloureuse mémoire serve l'avenir, un avenir sans "Fournirets".
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