La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Société
Détecter les graines de délinquants ?
Annick Hovine
Mis en ligne le 12/06/2008
Le bébé qui pique une crise à la crèche, le petit de maternelle qui raconte des bobards à son institutrice, la gamine qui balance son goûter à travers le réfectoire sont-ils des graines de délinquants ? Autrement posé : existe-t-il des signes prédictifs d'une future délinquance ? "Non !" 1 600 fois non répondent autant de psychologues, enseignants, intervenants sociaux, médecins et intellectuels réunis au sein du collectif forumpsy.be.
Ils expriment aujourd'hui leur inquiétude suite au lancement, par le Conseil supérieur de la santé (CSS), d'une recherche sur les troubles de la conduite chez les enfants et les adolescents. L'étude en question est une initiative émanant du Conseil supérieur de la santé - et pas d'une injonction ministérielle -, organe qui dépend du SPF santé publique.
Meeting
Interpellés par une accumulation de faits de violence dans les écoles, des membres du groupe permanent "santé mentale" ont décidé d'aborder cette problématique. Un groupe de travail ad hoc a été constitué début 2007 au sein du CSS, précise Michele Rignanese, responsable de la communication.
Objectif : formuler un "avis [...] destiné à tous les professionnels de la santé qui interviennent en première ligne auprès d'enfants présentant des problèmes comportementaux", lit-on dans le rapport d'activité 2007 du Conseil supérieur de la santé. Le groupe de travail a commencé par décrire les différents facteurs de risque et de protection sur les plan biologique, psychologique et social. Il a ensuite dressé un aperçu concernant l'apparition et le diagnostic des troubles des conduites. L'avis devrait être finalisé d'ici la fin de l'année 2008; il comportera "des recommandations concrètes adaptées à la réalité belge", précise encore le rapport d'activité 2007.
"Ce projet vise à donner une vue d'ensemble de la situation, sur les plans clinique et des traitements et les programmes de prise en charge existants. Le Conseil ne fait pas de politique et prend pas position dans la querelle d'écoles", insiste M. Rignanese.
C'est un peu par hasard que forumpsy.be a appris l'existence de cette recherche. "Le conseil supérieur de la santé collecte des avis dans un certain nombre d'institutions. C'est ainsi que nous avons été alertés, il y a un bon mois", explique le docteur Alexandre Stevens, un des responsables du collectif, qui travaille entre autres dans une institution pour enfants psychotiques.
La réaction des acteurs de terrain ne s'est pas fait attendre : en trois semaines, l'appel "Touche pas à ma conduite, écoute d'abord ce qu'elle tait" lancé par forumpsy.be a été signé par 1 600 professionnels de l'enfance. Le secteur psycho-médico-social belge organise un meeting, samedi prochain, 14 juin, au palais des Beaux-Arts à Bruxelles, pour exprimer leur opposition à toute notion de dépistage précoce de la délinquance. Et donc, forcément, aux recommandations en ce sens. Des représentants du collectif seront reçus, ce jeudi matin, par la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx (PS), pour lui faire part de leurs inquiétudes.
Non à la démarche
"L'idée même d'envisager une telle étude et de poser la question de cette manière révèle déjà une option éthique", assène le docteur Stevens. "Ce qui nous surprend, c'est qu'en France, une étude équivalente de l'Inserm a soulevé il y a deux ans un tollé de protestations qui a conduit à la suspension des actions de dépistage envisagées dès la crèche."
La démarche elle-même inquiète, parce que l'idée qui sous-tend l'étude, c'est que les colères des petits à la crèche ou les mensonges des enfants à l'école seraient dans le même champ que la délinquance, poursuit le médecin. Il est impossible et dangereux de prédire un destin de délinquant pour un enfant qui présente des comportements contraires aux normes sociales. "Il ne faut pas faire passer les troubles de la conduite, un problème d'ordre social, du côté de supposés troubles mentaux", continue le docteur Stevens. Les professionnels de l'enfance redoutent qu'en suivant cette voie, on risquerait d'instrumentaliser les pratiques de soins et d'éducation à des fins de sécurité et d'ordre public.
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens