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Crise politique

Leterme annule son voyage à New York

Martin Buxant

Mis en ligne le 23/09/2008

Le Premier ministre a refusé de démissionner et a privilégié le maintien du CD&V dans les exécutifs fédéral et flamand. La N-VA voguera en solo vers les élections de 2009. Le cartel est cliniquement mort. Réanimation improbable.

récit

La montre de Bart De Wever indique dans les 16h45, lundi, lorsque le président des nationalistes flamands produit le certificat de décès du cartel qui unit le CD&V à la N-VA. "Nous sommes à présent dans l'opposition au Fédéral et on nous a jetés dehors à la Région flamande, grince De Wever. Le cartel n'est pas encore officiellement mort, mais ce n'est qu'une question de temps. Cette situation n'est pas tenable à moyen terme".

Bart De Wever poursuit, devant la meute de journalistes qui s'est déplacée à la "Barricade" - le siège de la N-VA à Bruxelles : "Nous sommes des gens loyaux, le CD&V nous a demandé encore une concertation (qui doit avoir lieu ce mardi, NDLR) avant de tirer les conclusions définitives et de dynamiter tous les ponts entre les deux partis. À chaque jour suffit sa peine". Mais les carottes sont cuites, une pierre tombale pour le cartel, aub. À noter : dans les communes et les provinces, où CD&V et N-VA marchent ensemble depuis 2006, les alliances seront maintenues jusqu'en 2012.

Retour sur les 48 heures agitées qui ont précédé le divorce entre nationalistes flamands et chrétiens-démocrates.

- Dimanche, le "G4", les quatre plus hauts responsables du CD&V, sont éberlués par la tournure que prennent les événements. C'est que, à Gand, les militants de la N-VA ont envoyé balader le dialogue communautaire tel que proposé par les trois médiateurs le vendredi. Et ce "nee" catégorique ne laisse aucune marge de manoeuvre au CD&V.

- Jo Vandeurzen, Kris Peeters et Marianne Thyssen sont donc réunis, dans l'après-midi, avec Yves Leterme, afin de trouver une issue à cette bombe à retardement qui menace d'exploser et de mettre en pièces le cartel entre le CD&V et la N-VA. Ils savent, eux aussi, que leur propre congrès se profile à vitesse grand V - c'est pour ce samedi. Et que l'addition à présenter à leurs membres sur le plan communautaire est un zéro pointé.

- Le vice-Premier, le ministre-Président flamand et la présidente du CD&V ne voient donc qu'une solution à la crise : que le Premier ministre remette sa démission au Roi. Tous trois pressent Yves Leterme en ce sens. Un sacrifice sur l'autel de la cause flamande, "c'est la seule issue", lui font-ils valoir. Mais ils se heurtent à un Premier ministre résolu et déterminé. "Ce scénario, leur répond-il froidement, ce sera sans moi ! Si je dois à nouveau démissionner, je suis politiquement mort. Et je préfère alors quitter le parti"... Le chapitre est clos.

- Le "G4" du CD&V tente alors d'échafauder des solutions alternatives pour éviter une échappée en solo de la N-VA à quelques encablures des élections. Les cadres de la N-VA les repoussent les unes après les autres. Les responsables du CD&V ont une peur panique que la N-VA s'allie avec le populiste Jean-Marie Dedecker avant les élections de 2009. Ce ne sera pas le cas, la N-VA préfère se rendre seule aux urnes, Bart de Wever l'a fait savoir au CD&V dès dimanche soir.

- Lundi matin, milieu de matinée, au Lambermont. Kris Peeters quitte une réunion en lâchant à ses quatre interlocuteurs, les présidents des partis francophones : "Vous verrez, ce soir, la donne aura changé, Geert Bourgeois ne sera probablement plus assis à la table du gouvernement flamand". Chacun s'est exprimé dans sa langue lors de cette réunion. Mais ce que Peeters a omis de dire aux francophones, c'est que le sort de Geert Bourgeois est déjà réglé, et que le top du CD&V a choisi de débarquer le ministre flamand dès dimanche soir

- Dans la foulée, Geert Bourgeois, flanqué de son chef de cabinet Ben Weyts, ne peut que convoquer la presse pour annoncer son départ du gouvernement flamand. Il est dépité. Voilà trois jours que le "père" du cartel se fait promener par le CD&V. Ainsi, vendredi soir, alors que le gouvernement flamand de Kris Peeters demandait "des éclaircissements" dans la foulée des missiles de Didier Reynders, Kris Peeters a purement et simplement refusé une prise de parole à Bourgeois. Et a mis fin à la séance du gouvernement en prenant de court le nationaliste flamand. Alors, ce lundi soir, Geert Bourgeois râle sec : "Je peux vous dire que depuis ma démission, je reçois énormément de signaux de la part de membres du CD&V. Ils sont extrêmement déçus de la manière dont leur parti a traité la N-VA".

- Lundi matin, Zellik. Réunis pour leur Bureau politique, les mandataires du CD&V écoutent Yves Leterme et Marianne Thyssen livrer une petite introduction. "On ne sait pas dans quelle combine on joue, admet un participant à cette réunion. On entend tout et son contraire : certains disent en voilà assez, pourquoi encore passer par le Parlement fédéral. Tout à la Flandre ! D'autres disent qu'il faut encore donner une chance au dialogue communautaire". La présidente Thyssen, elle, veut croire que "le dernier mot sur le cartel entre le CD&V et la N-VA n'a pas encore été dit". Son chef de groupe à la Chambre, Servais Verherstraeten, joue les pompiers de service. En insistant sur la concertation à venir entre CD&V et N-VA.

- "Chaque jour, souffle Jan Jambon, le chef de file de la N-VA au Parlement, nous leur rappellerons sur base de quel projet ils se sont fait élire. Et quel est le projet que nous avons défendu ensemble"...

Tiens, vendredi, CD&V et N-VA claironnaient des "Merci, Didier" - assurant que les attaques de Reynders les avaient rendus plus soudés. C'est, apparemment, loin d'être le cas. Merci, Didier ?

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