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Enseignement - débat
Louvain, l'heure du retour aux sources
Christian Laporte
Mis en ligne le 21/10/2008
Le processus de fusion en vue de créer une grande Université catholique de Louvain est sur les rails ! Si tout se passe comme prévu, la grande unif bruxello-wallonne devrait voir le jour en 2010. Lundi soir, les académiques de l'actuelle UCL et ceux des Facs de Namur, des Facs Saint-Louis et de la Fucam tenaient même une première assemblée commune à LLN. Une belle opportunité pour lancer le débat sur la dénomination de la future grande université. C'est ce que se sont dit les professeurs Jean-Emile Charlier (Fucam), Didier Moulin (UCL-Woluwe), Jean-Philippe Platteau (Namur), Luc Van Campenhoudt (Saint-Louis) et Philippe Van Parijs (UCL-LLN) qui après mûre réflexion se sont demandés si ce n'était pas le moment de revenir à l'appellation originelle de l'Alma Mater, à savoir celle d'Université de Louvain. Contrairement à ce que beaucoup pensent, elle ne se dota de l'épithète "catholique" qu'en 1835 par réaction, si l'on ose dire, et pour se distinguer de l'Université libre de Bruxelles fondée par le catholique anticlérical Pierre-Théodore Verhaegen...
Les cinq académiques précités ont donc lancé officiellement un appel relayé du reste par leurs institutions respectives pour que tous les intéressés, du personnel enseignant sous toutes ses formes au personnel technique, administratif et ouvrier puissent à leur tour donner leur avis.
Vraie confrontation d'idées
Mais les initiateurs de "l'Université de Louvain" seraient aussi heureux de voir la société civile s'y associer. C'est pourquoi "La Libre" dont ils ont souligné la qualité de carrefour de toutes les grandes discussions sur le pluralisme belge a également été contactée et associée à la discussion : en page 27, on trouvera le point de vue de "pour" mais aussi de "contre" d'une question qui suscitera à n'en point douter quelque émotion auprès de certains "alumni" dans tous les sens du terme.
Le quintette précité a toutefois tenu à mettre les points sur les i : la démarche n'est aucunément dirigée contre les "fondamentaux louvanistes" mais elle s'inscrit bien dans l'air du temps : les politiques sociaux-chrétiens n'ont pas renoncé à toutes les valeurs chrétiennes en "s'humanisant" et d'après ce que l'on en sait, l'ex-Fédé des scouts catholiques en se séparant de son C n'a pas condamné ses aumôniers. Puis, revenir à l'appellation Université de Louvain ne messiérait pas car elle renverrait à ses racines, au XVIe siècle lorsque elle fut un des principaux centres de diffusion de l'humanisme.
Les initiateurs de "ULouvain" ont étudié tous les aspects du dossier. Sur le plan du timing, la réflexion vient à son heure puisque le projet de grande Alma Mater progresse et ce serait un "plus" qu'elle porterait un nom ne pouvant être confondu avec aucune de ses composantes. Philippe Van Parijs et ses amis ont aussi voulu en informer leurs amis de la KU Leuven par un texte en v.o néerlandaise. D'autant plus que là aussi, il existe plus qu'un courant favorable à un abandon de l'épithète !
Attentifs à tous les détails, les promoteurs pensent que le changement de nom ne devrait pas faire perdre à la nouvelle université les avantages de la loi de 1911 qui avait donné un statut juridique à l'UCL et à l'ULB. Et s'il le faut, la loi peut être changée. Par contre, ils réfutent la crainte selon laquelle l'abandon du C rendrait Louvain vulnérable à une absorption au sein d'une université unique de la Communauté française.
De même, d'aucuns pourraient se demander si l'importance de rendre Louvain plus accueillante à des étudiants de culture non catholique n'est pas exagérée. Là encore, tout en se défendant de faire du marketing ou de la retape car ce serait vraiment contraire à leur philosophie, les initiateurs précisent que dans la région bruxelloise plus de la moitié des mineurs d'âge sont étrangers ou d'origine étrangère récente. Ces jeunes essentiellement musulmans doivent aussi se sentir à l'aise à Louvain, à l'instar des près de 5000 étudiants d'origine étrangère de l'ULB, soit là aussi un quart de sa population estudiantine.
Enfin, sans C, Louvain ne serait pas moins chrétienne : de fait, sa faculté de théologie ne sera pas supprimée et il n'est pas question non plus de changer de logo avec la Vierge Siège de la Sagesse, ni même d'enlever les crucifix des bureaux et des auditoires.
Le débat s'ouvre... On ose penser qu'il sera adulte et donc passionnant...
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