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Politique - communautaire

Keulen demande un délai à l’Europe

Martin Buxant

Mis en ligne le 28/11/2008

Marino Keulen souhaite que le Conseil de l’Europe reporte l’examen du cas des trois maïeurs francophones. Afin de vider d’abord le contentieux juridique devant le Conseil d’Etat. "La seule manière de revenir sur la non-nomination", dit-il.

Pit-bull. Marino Keulen n’est pas du genre à lâcher prise. Tandis qu’il vient de recaler les trois candidats bourgmestres de Linkebeek, Crainhem et Wezembeek, le ministre flamand de l’Intérieur montre (encore) les crocs. Ainsi Marino Keulen demande-t-il au Conseil de l’Europe de retarder la séance de mardi prochain, à Strasbourg - séance durant laquelle lui-même et les trois bourgmestres libéraux francophones sont invités à s’expliquer sur leur querelle.

Dans un courrier de deux pages adressé jeudi à Ian Micallef, président de la Chambre des autorités locales et régionales, Marino Keulen écrit: "Pour la sérénité des débats, je suggère qu’une discussion politique au Conseil de l’Europe puisse être retardée jusqu’à ce que les candidats bourgmestres en aient terminé avec une procédure juridique auprès du Conseil d’Etat et que la plus haute instance juridictionnelle (belge) ait pu rendre un verdict."

"Initiative parlementaire"

"Je suis naturellement impliqué dans une procédure auprès du Conseil d’Etat, peut-on lire dans la lettre de Marino Keulen. Dans ces circonstances, en attendant une possible procédure juridique, je ne peux pas entrer dans une quelconque discussion ou débat politique avec les candidats bourgmestres. Vous comprendrez bien, écrit encore Marino Keulen, que, dans le cadre de ce dossier, un point concret de la légalité belge - qui a été déterminé après un parcours démocratique - ne peut pas être modifié par une discussion politicienne au Conseil de l’Europe. Toute adaptation devrait passer par une initiative parlementaire adéquate."

Plus platement: "Tout ce que je pourrais dire se retournerait inévitablement contre moi, nous expose Marino Keulen, assis derrière son bureau, dans le centre de Bruxelles. Et ce serait une vraie caricature que le Conseil de l’Europe se prononce sur les lois belges avant que les juridictions belges aient pu le faire." Le ministre flamand de l’Intérieur ne se rendra donc pas personnellement à Strasbourg mardi prochain devant le Conseil de l’Europe. A la demande de l’institution, Marino Keulen a cependant renoncé à y envoyer son avocat. Il déléguera dans la capitale alsacienne un parlementaire flamand possédant des compétences juridiques. Et puis, reprend-il, "nous avons déjà donné notre version de cette histoire en long et en large lorsque les envoyés du Conseil de l’Europe sont venus en mission en Belgique".

"Comme le Vlaams Belang"

Marino Keulen prévient les trois candidats bourgmestres: "La seule et unique solution pour casser notre décision de non-nomination, c’est aller devant le Conseil d’Etat." Reste que ces trois-là ont d’ores et déjà indiqué qu’ils n’entendaient pas recourir devant le Conseil d’Etat. Ils mettent en cause l’impartialité d’une chambre unilingue flamande devant laquelle ils sont tenus de se présenter. Un cercle vicieux, donc. "Mais il n’y a que ces trois bourgmestres et le Vlaams Belang pour oser tenir de tels discours!, s’emporte le ministre flamand. Comment peut-on mettre en doute l’impartialité, la neutralité du Conseil d’Etat ? L’indépendance du Conseil d’Etat, c’est la base de la démocratie." "Il n’y a pas de deux poids deux mesures: la Région flamande doit pouvoir compter sur des collaborateurs loyaux et fiables, pouvoir compter sur les bourgmestres en cas d’urgence. Nous avons besoin de gens qui appliquent les décrets légalement. A Rhode-Saint-Genèse, Myriam Delacroix (CDH) a été nommée parce qu’elle a fait un pas dans cette direction."

Une lucarne est entre-ouverte par Marino Keulen: "En 2009, si les candidats bourgmestres organisent correctement les élections, leur situation pourra être réévaluée à la lumière d’un nouvel avis du gouverneur du Brabant flamand"

"Je suis fédéraliste"

Politiquement, Marino Keulen dément avoir été contacté par les instances libérales francophones afin de trouver une issue à cette crise communautaire: "Je n’ai eu aucun contact avec Didier Reynders, assure-t-il. Dans ce dossier, je me suis toujours comporté comme un ministre flamand de l’Intérieur. Pas en homme politique libéral flamand. Et ma position était inconfortable: soit je procédais à la nomination et on m’aurait traité de mou soit, ce qui est le cas à présent, je refusais les trois candidats, et on dit que je joue stratégique."

Enfin, Marino Keulen balaye les conséquences explosives que ces non-nominations auront sur le dialogue de Communauté à Communauté (lire ci-dessous): "Je suis en faveur de ce dialogue, s’exclame-t-il. Mais ça n’a rien à voiravec les candidats bourgmestres! Je suis un fédéraliste, je ne suis pas un nationaliste flamand ni un séparatiste. Dans ce dossier, je m’en suis toujours tenu à la même ligne: la ligne juridique."

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