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Fortis

Politiquement mort

Yves desmet

Mis en ligne le 19/12/2008

Le dernier, voire le premier vrai service qu’il aurait pu rendre à ce pays: même celui-là, il n’a pas pu le rendre. Le plus mauvais Premier ministre de l’après-guerre est, d’une ou manière ou d’une autre, politiquement mort. L’Etat de droit est encore debout, sans plus. Seul le contraire aurait été une catastrophe.

Ce gouvernement n’est même pas capable d’organiser correctement sa propre chute. Pendant des heures au sein du kern, on s’est chamaillé, on a crié et même littéralement pleuré après que le président de la Cour de cassation, Ghislain Londers, ait donné le coup de grâce à Yves Leterme. Hier le haut magistrat s’était rompu au même exercice que ce journal: comparez la chronologie des contacts entre l’époux de la juge dissidente de l’affaire Fortis avec le chef de cabinet de Leterme avec celle des évènements à la Cour d’appel, et il est impossible de ne pas conclure que cette information a été cruciale dans l’organisation de la stratégie de défense. Il n’est pas possible de conclure autrement non plus que cette magistrate ait tout fait pour empêcher que cet arrêt soit rendu. La lettre du président de la Cour de cassation, qui contredit l’explication du premier ministre, était la seule bonne nouvelle de la journée, car elle apportait la preuve que les hommes à la tête de notre justice ne se laissent intimider par personne, fut-ce un Premier ministre. C’est alors qu’il est devenu clair qu’Yves Leterme était mort politiquement. Il n’y a en effet aucune issue ou explication pensable qui rende tolérable cette violation de la séparation des pouvoirs. Le bénéfice du doute, qui avait été accordé au Premier ministre au kern de ce matin, s’est envolé.

Ce qui s’est passé ensuite peut être tranquillement qualifié de psychodrame. Leterme a refusé de porter seul la responsabilité des événements. Comme toujours, il a reporté la faute sur d’autres. C’est ce qu’il a déjà fait dans sa première lettre: le juge et son épouse, deux fidèles militants qui plaçaient la loyauté qu’ils portaient à Yves Leterme plus haut que leur éthique professionnelle, ont été sacrifiés sans pitié par lui, tout comme son chef de cabinet et son conseiller de sécurité. Même scénario au conseil des ministres: pendant des heures, Leterme a refusé obstinément de porter seul sa responsabilité: il voulait que Didier Reynders et Jo Vandeurzen posent également leur tête sur le billot. Dans le cas de Reynders au moins, il faut encore préciser ceci: son cabinet a conseillé aux avocats des pouvoirs publics de démarrer une procédure pour influer sur la composition de la cour d’appel de manière indue. Passer du statut d’homme aux 800 000 voix à celui du seul qui devait endosser la faute, Yves Leterme n’a pas été en état d’accomplir ce saut mental. Et donc pour lui, tout le gouvernement devait tomber, ce qui serait automatiquement arrivé si les deux vice-premiers avaient été impliqués. Leterme s’est encore montré sous son plus mauvais jour. Une chute de tout le gouvernement conduit immanquablement à une situation chaotique, éventuellement jusqu’aux prochaines élections, avec un gouvernement réduit tout au plus à gérer les affaires courantes. Comment encore gérer le dossier Fortis dans un tel contexte ? Personne ne le sait mais ce n’était pas sa préoccupation première. Fortis aurait bien été gérée quand le gouvernement aurait redémarré avec un nouveau Premier ministre fourni par le CD&V. Mais alors, Yves Leterme aurait dû commencer une traversée du désert et c’était impensable pour lui. Donc c’est devenu "Après moi, le déluge" (en français dans le texte). Le dernier, voire le premier vrai service qu’il aurait pu rendre à ce pays: même celui-là, il n’a pas pu le rendre. Le plus mauvais Premier ministre de l’après-guerre est, d’une ou manière ou d’une autre, politiquement mort. L’Etat de droit est encore debout, sans plus. Seul le contraire aurait été une catastrophe.

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