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Fortis
Tout rentre dans le désordre
V.d.W.
Mis en ligne le 19/12/2008
On croyait être sorti du marécage politique dans lequel le pays a végété pendant plus d’un an. On y est retombé en quelques heures. Et peut-être pour un certain temps. Essayons de comprendre ce qui s’est passé et ce qui peut se passer
1 Bon alors, c’est la crise ou pas? Ben non. On s’est fait peur pendant quelques heures. Et puis tout est rentré dans l’ordre. Dans le désordre plutôt. On s’est quitté jeudi soir, peu avant minuit en se jurant amour et fidélité. Mais il demeure, au sein de ce qu’il faut encore appeler la "majorité" - c’est plutôt un aggloméré de mauvaise qualité - une grave crise de confiance. Qui se prolongera.
Flash-back. Lorsqu’ils arrivent au Parlement, les vice-Premiers ministres se retrouvent, pour citer l’un d’eux, "le cul par terre". Ils découvrent, en même temps que les parlementaires, la lettre qu’Yves Leterme a envoyée au ministre de la Justice, dans laquelle il détaille les coups de fil, les mails, les SMS entre son cabinet et les juges. Au passage, Leterme mouille le ministre de la Justice, Jo Vandeurzen, et le ministre des Finances. Du jamais vu. Au lieu d’éteindre l’incendie, il le ravive. Aux vice-Premiers furieux, le patron du gouvernement explique, tout simplement, qu’il a voulu rétablir la vérité. Mais le "solo" d’Yves Leterme passe mal. Il y a quelque chose de cassé.
On connaît la suite: la lettre du président de la Cour de cassation révèle qu’il y a bien eu des pressions. Une bombe. Puis c’est un rapport émanant du procureur général de Bruxelles qui tombe, un texte jugé "accablant" pour les magistrats de la Cour d’appel. Ce rapport affirme plutôt que l’arrêt de la Cour d’appel est entaché d’irrégularités. Brouillard.
2 Yves Leterme va-t-il démissionner? Non, on vit en Belgique, quand même, dans un pays où les ministres ont du mal à faire un pas de côté. Pendant une grande partie de l’après-midi, on ne connaissait que le rapport du président de la Cour de Cassation qui "chargeait" les milieux politiques. Et c’est alors que la rumeur d’une démission, isolée du Premier ministre ou de l’ensemble du gouvernement, s’est répandue comme une traînée de poudre.
Pour le parti du Premier ministre, les choses étaient claires: si Yves Leterme coulait, c’est l’ensemble du gouvernement qui devait couler. Il faut dire que son remplaçant naturel, Jo Vandeurzen, le ministre de la Justice, avait, lui, bien envie de quitter le gouvernement. Fatigué, pris dans l’affaire "Kitty" Il est déprimé, au grand dam de ses collègues qui apprécient cet homme discret. Herman Van Rompuy, lui, n’avait pas envie de monter au gouvernement. Kris Peeters, le ministre-Président du gouvernement flamand, n’avait convaincu personne à la tête du dialogue institutionnel. Donc, au CD&V, il n’y avait pas foule pour reprendre le "16". Choisir un Premier ministre dans une autre formation politique? Le CD&V n’était pas d’accord, même si les rapports de forces ont changé depuis que la NV-A a quitté le cartel flamand. Apparemment, ce n’était pas l’heure ni de Didier Reynders, ni, si on élargit le cercle des "Premier ministrables", de Louis Michel ou de Guy Verhofstadt.
3Et ceux qui rêvaient d’élections anticipées? C’eut été la pire des solutions. Le gouvernement ne "pouvait" pas tomber. Imagine-t-on laisser le pays sans gouvernail en pleine crise économique, en pleine crise de l’emploi, en pleine crise bancaire? Non. On n’écarte toujours pas, en revanche, l’idée d’organiser, en même temps que les élections régionales et européennes le 10juin, des élections également fédérales. Mais, au Nord du pays, Kris Peeters s’y oppose, craignant d’être tiré vers le bas par le bilan très négatif du fédéral. On peut le comprendre
4Y aura-t-il une commission d’enquête? Une des solutions, pour sortir de la crise, est de créer une commission d’enquête. Une peau de banane glissée par le VLD sous les chaussures du Premier ministre. Car un Premier ministre, celui-là surtout, ne peut que s’abîmer dans une commission dont le principal objectif sera d’étudier, en profondeur, "ses" agissements ou ceux de son cabinet. Maladroit il est, maladroit il restera. La commission d’enquête doit-elle aussi étudier la vente de Fortis à BNP? "C’est le meilleur moyen pour faire fuir les Français", explique un ancien négociateur. Imagine-t-on Baudouin Prot, patron de BNP, venir se défendre devant une commission et plaider ensuite auprès de ses actionnaires pour poursuivre le rachat de Fortis? Même si l’opération est juteuse pour les Français, cette commission est le meilleur moyen de casser le projet Fortis-BNP.
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