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Politique

L'homme qui ne voulait plus devenir Premier ministre...

PORTRAIT CHRISTIAN LAPORTE

Mis en ligne le 29/12/2008

Le formateur avait dit dans un auditoire gantois plein comme un œuf qu'il ne serait jamais Premier ministre. Mais le sens du devoir habite toujours Van Rompuy Sr...

En politique comme en amour, il ne faut jamais dire jamais ! Fin septembre 2007 devant les étudiants de Carl Devos, le politologue de l'Université de Gand qui l'avait invité à donner le cours inaugural des candidats bacheliers en sciences po, Herman Van Rompuy alors coiffé du casque d'explorateur royal (après le premier échec du formateur Yves Leterme) avait dit avec la sérénité très zen qui caractérise cet amateur/auteur de "haïkus" qu'il n'y aurait jamais de gouvernement Van Rompuy Ier...

L'aîné des Van Rompuy, fils d'un éminent professeur d'économie de la KUL, y avait rappelé qu'il aurait très bien pu s'installer au 16, rue de la Loi en 1994 lorsque Jean-Luc Dehaena loupa de peu la présidence européenne mais le rêve était passé. L'actuel président de la Chambre avait ajouté que somme toute, le véto britannique qui avait permis à Jacques Santer de présider la Commission avait finalement été une bonne chose car il avait préféré voir ce calice lui passer !

Ce week-end dans les colonnes du "Standaard", le président de la Chambre "remettait ça" : "on cite de nouveau mon nom comme Premier ministre mais c'est le cas depuis quinze ans. Je me sens tout sauf indispensable". Et d'ajouter que "cette crise-ci n'est pas une crise sur la gestion, une crise entre partis ou un clash communautaire. Non, il y va de l'avenir des institutions". Un peu plus haut dans le même papier, Herman Van Rompuy laissait pointer le fond de sa pensée, évoquant les "good old days" avec Jean-Luc Dehaene.

S'il semblait si réticent à enfiler un costume de formateur qui devrait en principe l'amener à revêtir ensuite l'habit de Premier ministre, c'est que la donne a profondément changé depuis les années nonante lorsqu'il avait été un fort efficace ministre du Budget et vice-Premier ministre gardien de l'orthodoxie financière.

Pas bling bling pour un sou !

Aujourd'hui, selon Herman Van Rompuy, toujours face aux mêmes students gantois, "la grande division des partis politiques rend indispensables de grandes coalitions et puis il y a les élections à répétition qui amènent les hommes politiques à être en permanence en campagne"...

Sans surprise, ce jeune sexagénaire - il est né le 31 octobre 1947 à Etterbeek - qui peut se targuer d'avoir été formé à la fois aux finesses de la philosophie thomiste et aux astuces de l'économie à l'université de Louvain - n'est pas non plus ce que l'on pourrait appeler un "accro" de la médiatisation bling-bling qui caractérise les stars actuelles de la politique actuelle. On se rappellera que cet été, il avait confié à "La Libre" qu'"il ne se considérait pas comme quelqu'un d'im portant même s'il assume des fonctions importantes"...

Mais parfois, un certain réalisme voire la nécessité de ne pas laisser seulement l'initiative à certains collègues moins sérieux ou peu regardants face aux dérives l'ont amené à faire certaines concessions. Ainsi lorsqu'il se retrouve dans le jury de l'émission "Recht van antwoord" (VTM) de Goedele Liekens aux côtés de la comédienne Chris Lommé et du rédac-chef du "Morgen", Yves Desmet, il redresse quelque peu le fléau de la balance vers un certain bon sens plus proche de celui du devoir que du "laissez faire" et du "lâchez les vannes" général qui crée des B (ekende) V (lamingen souvent très éphémères dans un environnement très relativiste, pour paraphraser Benoît XVI. Ne nous fions cependant pas aux apparences : Herman Van Rompuy n'est ni un intégriste rigoriste, ni un "poisson froid" imbu de sa personne. Maniant un humour très fin, il sait faire la part des choses face à "certains de (ses) collègues qui finissent par croire qu'ils sont importants". Et cet homme qui dit chercher toujours l'équilibre et vouloir surmonter les côtés négatifs de la vie n'hésite pas à dire que "tous, un jour ou l'autre, nous échouons ou nous ne sommes pas à la hauteur de notre tâche. C'est cette certitude qui fait l'humanité des choses"...

Sera-t-il à la hauteur au 16 ? Van Rompuy ne brusquera pas les décisions. Lorsqu'il a présenté le livre de son prédécesseur Herman De Croo contre le séparatisme, il a fait un plaidoyer pour travailler dans la longue durée. Et surtout, en bon chrétien, il a le sens du pardon. C'est ce qui l'a amené à se réconcilier avec Guy Verhofstadt comme avec Wilfried Martens.

"The right man at the right place"..., enfin ?

© La Libre Belgique 2008

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