Abonnez-vous a La Libre Belgique

Regards 2008

Trois "Premiers" en une année!

ÉCLAIRAGE FRANCIS VAN DE WOESTYNE

Mis en ligne le 31/12/2008

Une des pires années sur le plan politique belge. Et aucundes grands problèmes n'est encore résolu. HermanVan Rompuy parviendra-t-ilà stabiliser le payset à rendre confiance aux Belges?

Aussi loin que l'on remonte dans l'histoire politique de la Belgique, cela n'est jamais arrivé: trois Premiers ministres différents au cours d'une seule et même année... D'abord Guy Verhofstadt, du 22 décembre 2007 au 20 mars 2008. Puis Yves Leterme, du 20 mars 2008 au 22 décembre 2008. Et enfin Herman Van Rompuy qui a donc prêté serment le mardi 30 décembre. Du jamais vu.

Evidemment, la particularité de ces changements est qu'ils ont surtout concerné le poste de Premier ministre. Les majorités sont restées quasiment les mêmes (la N-VA a claqué la porte entre-temps). Lors du dernier changement, il y a eu d'autres glissements: Patrick Dewael a remplacé Herman Van Rompuy à la présidence de la Chambre. N'empêche: la Belgique est à nouveau soumise à l'instabilité politique, comme aux pires moments de la fin des années 70.

Les causes de la crise

Pourquoi l'année 2008 a-t-elle été si médiocre sur le plan politique? Epinglons quatre raisons.

1Yves Leterme. Même si certains considèrent qu'il a été injustement "lynché", il faut admettre qu'il porte une très lourde responsabilité dans l'échec de son mandat. Rarement, on aura vu un Premier ministre donner antant de bâtons pour se faire battre. Sa dernière initiative lui a été fatale: pourquoi donc a-t-il envoyé, à l'insu des vice-Premiers ministres une lettre au ministre de la Justice détaillant l'ensemble des initiatives politiques prises pour tenter d'influencer le cours de la justice dans le recours en appel des actionnaires de Fortis? En juillet, déjà, lorsqu'il était arrivé à la date du 15, sans accord communautaire, il s'était précipité chez le Roi, le priant de trouver une solution pour le tirer du marécage dans lequel il s'était enfoncé.

Il lui aura manqué une bonne dose de sagesse, un esprit d'initiative, la capacité d'anticiper les événements et, surtout, ce leardership qui lui aurait permis de faire taire les nombreuses dissensions entre les partenaires de la majorité.

2 Les rivalités entre partis. Car c'est bien là, le deuxième grand handicap dont a souffert cette majorité pentapartite.

Sous l'ère Verhofstadt, de 1999 à 2007, on avait beaucoup ri de la culture de dialogue et de débat qui confinait souvent à une véritable cacophonie. Mais il y avait une espère de solidarité gouvernementale, cette volonté de travailler ensemble pour le bien commun. Ici, depuis le début, le CD&V s'est méfié des coups tordus de l'Open VLD qui lui rendait bien cette méfiance. La rivalité entre les deux partis flamands de la majorité a pesé dans tous les débats car il y a eu - et il y aura encore, c'est à craindre - une concurrence malsaine qui poussera les deux partis à être plus flamand que l'autre. Tout cela dans un paysage politique marqué par la présence, obsédante, du Vlaams Belang, bien sûr, mais aussi, de la N-VA, l'ex-allié du CD&V, et de la Lijst Dedeker, ce nouveau danger pour les partis traditionnels, en tout cas auprès de la classe moyenne flamande.

Ajoutons aussi, la méfiance et la rivalité qui ont paralysé les relations, au Sud du pays, entre le PS et le CDH d'une part, le MR de l'autre. La proximité des prochaines élections régionales et européennes a biaisé les relations entre les partis politiques francophones. De plus, MR et PS, amis-ennemis, sont lancés dans un combat sans merci pour conquérir la place du premier parti francophone.

3L'obsession institutionnelle flamande. Il est une autre rivalité qui a marqué l'année politique : c'est la rivalité entre le Nord et le Sud du pays. Car tandis qu'au Nord, les partis tentent toujours de s'accorder le brevet du meilleur défenseur des intérêts flamands - qui bien sûr passe par une nouvelle réforme de l'Etat - les partis du Sud n'ont pas été en reste et ont porté aussi très haut les revendications des francophones, notamment dans la périphérie bruxelloise. Et quand la politique belge s'enlise dans une bataille de symboles, il y a peu de chances qu'elle débouche sur des accords solides.

4La crise des banques. Ne l'oublions quand même pas: c'est bien le dossier Fortis qui a eu raison du gouvernement d'Yves Leterme. Pourtant, même si les actionnaires conserveront un souvenir très amer de cette année 2008, le gouvernement belge ne s'était pas trop mal tiré de cette crise bancaire mondiale qui a fait vaciller les plus grandes banques du pays. Sauver l'emploi, les épargnants et les institutions: les trois objectifs que s'était assigné le gouvernement, Yves Leterme et Didier Reynders en particulier, ont été atteints, même s'il y a eu des dégâts collatéraux importants pour certains actionnaires et certaines grandes familles qui vivaient de leurs dividendes.

Drôle de pays

L'année 2009 ? Il est à espérer que le nouveau Premier ministre, Herman Van Rompuy, parvienne à restaurer la confiance et la sérénité dans un pays très chahuté. Tout le monde semble d'accord. Sauf peut-être dans son parti, le CD&V, où l'on a rejoué, ces derniers jours un des épisodes préférés des démocrates chrétiens flamands: petits meurtres entre amis. Là, on adore "tuer" le père quand des problèmes surgissent.

Même si Herman Van Rompuy ne bénéficie pas, au départ, d'un grand courant de sympathie, il devrait parvenir, par son intelligence, son habilité, sa modestie, à stabiliser un pays où, quand même et malgré tout, il fait bon vivre.

Il est vrai qu'il a fallu le pousser un peu pour qu'il accepte cette lourde charge. Drôle de pays où personne n'a envie d'être Premier ministre alors que chez nos voisins, en France notamment, cette fonction est souvent l'ambition d'une carrière, d'une vie.

© La Libre Belgique 2008

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page