Peine réduite contre Assabyle.com
La cour d'appel de Bruxelles a nettement réduit, vendredi, la portée de la condamnation en 2006 des deux animateurs du site islamiste "Assabyle.com" en laissant tomber la prévention de négationnisme.
- Publié le 24-01-2009 à 00h00
La cour d'appel de Bruxelles a nettement réduit, vendredi, la portée de la condamnation en 2006 des deux animateurs du site islamiste "Assabyle.com" en laissant tomber la prévention de négationnisme.
Les deux animateurs - Raphaël Gendron, 33 ans, et Abdel Rahman Ayachi, 29 ans - ont finalement été condamnés à 2 000 euros d'amende chacun. Seule une prévention d'incitation à la haine raciale a été retenue.
Elle concerne la diffusion sur le site Internet d'un texte évoquant la " Fin du peuple d'Israël " où les Juifs étaient désignés comme " mécréants ", " corrompus ", "lâches " ou encore " sournois ".
"Assabyle.com" était issu du Centre islamique belge (CIB) de Molenbeek du Cheikh Bassam. Quand la presse s'est saisie de l'affaire, puis la Justice, le site avait été fermé. En juin 2006, les deux Français résidant à Molenbeek avaient été condamnés à dix mois de prison et à 15 000 euros d'amende. La présidente de la 61e chambre correctionnelle de Bruxelles, Mme de Laminne de Bex, les avait épinglés pour " diffusion de propos négationnistes et xénophobes ".
La cour d'appel de Bruxelles a écarté les préventions de négationnisme au bénéfice du doute.
Les juges ont, en effet, estimé que les deux islamistes n'avaient pas montré d'intention coupable en présentant sur leur site une vidéo d'origine libanaise associant Hitler et l'ancien ministre israélien des Affaires étrangères, David Lévi. Les intéressés " n'avaient nullement pour intention de nier, de minimiser, de justifier ou d'approuver le génocide commis par le régime national-socialiste allemand durant la Seconde Guerre mondiale, estime la cour, mais bien, au contraire, d'en rappeler l'horreur et de souligner, de la sorte, par une comparaison qui peut paraître choquante, celle qu'ils reprochaient au gouvernement israélien ".
Endiguer la haine sur le Net
Cet arrêt mi-figue, mi-raisin satisfait à moitié les avocats de la partie civile. Me Christophe Goossens, qui représentait les intérêts d'une trentaine de juifs belges se félicite de voir la Justice condamner " l'antisémitisme inspiré par un certain Islam, et pas seulement par l'extrême droite chrétienne ". La constitution de partie civile de deux de ses clients seulement (sur 36) a été déclarée recevable.
Edouard Delruelle, le directeur francophone du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, reconnaît un recul par rapport au jugement de première instance, mais se félicite que la cour condamne le racisme sur Internet, un vrai fléau, la priorité numéro un du Centre.
" Cela nous renforce dans l'idée que les gens qui postent des messages et gèrent ces sites sont évidemment responsables , dit M. Delruelle. Aujourd'hui, Internet est incontestablement le premier poste de diffusion de haine raciste, antisémite et homophobe. Il est important d'avoir une jurisprudence."
Le Centre lance un appel au pouvoir politique pour qu'il prenne des initiatives. "Il ne s'agit pas de faire la police de la pensée, mais d'endiguer le déversement de la haine ", dit-il.
