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tuerie de termonde
"Il n’y a pas davantage de criminels parmi les malades mentaux que parmi les normaux"
J. -C.M.
Mis en ligne le 27/01/2009
Françoise Digneffe, criminologue, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain (UCL), porte sur l’affaire De Gelder un regard "d’historienne du crime".
Le drame de Termonde l’a évidemment émue et elle comprend fort bien que la douleur des proches des victimes trouve en quelque sorte un prolongement au sein de la population. "J’imagine volontiers que les parents d’enfants, a fortiori d’enfants très jeunes, se projettent dans ce qui vient de se passer et s’identifient d’une certaine façon aux parents qui ont perdu leur enfant ou l’ont vu blessé."
L’émotion collective qui s’est emparée du pays et a même débordé nos frontières démontre, selon Mme Digneffe, que l’enfance constitue pour nos sociétés une valeur refuge, comme l’a d’ailleurs démontré l’affaire Dutroux.
Mais que des commentateurs étrangers aient écrit que la Belgique était régulièrement confrontée à des débordements sanglants impliquant des enfants l’étonne car, dit-elle, "ce genre de faits divers n’est, hélas, pas une spécialité belge, ni même américaine".
Ce qui inquiète Mme Digneffe, c’est que l’on puisse établir, sur la foi de la tragédie de Termonde, un lien entre maladie mentale et dangerosité, comme si toutes les personnes atteintes d’un trouble mental étaient nécessairement des criminels en puissance. "Or, observe le professeur, les études statistiques montrent qu’il n’y a pas proportionnellement davantage de meurtriers ou d’assassins parmi la population des malades mentaux qu’au sein de la population dite normale."
La crainte de notre interlocutrice est que les politiques récupèrent ce type d’événement pour prendre ou au moins annoncer des mesures sécuritaires inutiles et contre-productives comme Nicolas Sarkozy, le président français, l’avait fait au lendemain du meurtre d’infirmières par un déséquilibré. Ce n’est pas en empêchant les pensionnaires des institutions psychiatriques de mettre un pied devant l’autre, ni en transformant les lieux publics en forteresses qu’on fera avancer les choses, dit, en substance, Mme Digneffe.
Laquelle s’inquiète aussi de la propension de certains à vouloir, à tout prix, "dresser la carte" de la dangerosité d’un être humain. Il ne faudrait pas que la tuerie de Termonde fasse le jeu de ceux-là, qui prennent pour vérité objective des théories dont les études scientifiques les plus sérieuses n’ont jamais démontré la validité mais qui ont, parfois, le don de bien sonner aux oreilles des politiques.
Mme Digneffe prend pour exemple cette proposition de loi française, heureusement enterrée, qui proposait de détecter les enfants agressifs ou suractifs et de les surveiller de près, au motif qu’ils étaient susceptibles de devenir de dangereux délinquants à l’âge adulte.
La criminologue estime encore que les sociétés occidentales modernes sont devenues de plus en plus intolérantes au risque.
Au XXe siècle, nos Etats ont, ajoute-t-elle, développé des systèmes d’assurance (contre le chômage, la maladie, les affres de la retraite...) qui ont pu donner aux
gens la certitude qu’ils étaient protégés contre tous les risques. Dans le même temps, la solidarité interpersonnelle qui les faisait s’entraider dans la difficulté ou le malheur s’est délitée.
A présent qu’à la suite de crises successives, l’Etat se montre de moins en moins garant de la sécurité "sociale" de ses citoyens, ceux-ci sont de plus en plus fragilisés, car ils éprouvent des difficultés à admettre que la sécurité absolue est un leurre.
Ils sont donc de plus en plus sensibles à des événements graves et le sont d’autant plus que le droit à la vie est devenu un concept extrêmement valorisé et que la mort paraît impensable à des générations qui n’ont, par exemple, pas connu la guerre.
Mme Digneffe n’est évidemment pas dupe du phénomène de médiatisation qui décuple encore l’émotion et l’intérêt du public et donne parfois à certaines affaires un relief qu’elles n’auraient jamais eu il y a 50 ans ou plus.
Elle insiste aussi sur les dangers de la généralisation. "Il ne faudrait pas croire que De Gelder représente seul tout un groupe social. C’est un individu impliqué dans un acte individuel."
Enfin, elle rappelle que l’introduction de la psychiatrie, par experts interposés, dans le procès pénal date du XIXe siècle et que des décennies plus tard... le débat continue.
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