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tuerie de termonde

Sous l’influence de son délire...

Laurence Dardenne

Mis en ligne le 27/01/2009

Tous les éléments connus de la personnalité de Kim De Gelder participent d’un comportement schizoïde. Explication avec le Pr Isidore Pelc, psychiatre.

Ouh là ! " Ainsi s’est exclamé le P r Isidore Pelc, chef de service émérite au centre psychiatrique CHU Brugmann (ULB) quand on lui a annoncé que Kim De Gelder était aussi soupçonné d’avoir tué au couteau une dame de 73 ans une semaine plus tôt à Beveren, avant d’ajouter plus calmement : " Cela fait probablement partie du même délire ."

Sans avoir participé à l'expertise psychiatrique en cours, qui a été confiée à trois psychiatres, que pouvez-vous dire, sur base des éléments connus du public, de la personnalité de Kim De Gelder ?

Il s’avère qu’il s’agit d’une personne jeune, vivant de façon isolée dans un petit appartement, ayant très peu de contacts sociaux, très replié sur lui-même et présentant une série de "bizarreries" ou disons de discordances au niveau du comportement. Ainsi a-t-on appris qu’à son travail, il mangeait seul la plupart du temps, étant soudainement pris de fous rires apparemment inexpliqués.

Qu'est-ce que de tels comportements évoquent ?

Tout cela participe d’un comportement très schizoïde. La discordance au niveau du comportement est une caractéristique du schizophrène, personnalité chez laquelle on peut voir apparaître à certains moments, un état psychotique, à distinguer d’un état névrotique. Un individu souffrant de névrose sait que 2 et 2 font 4, mais a un problème à l’admettre. Il a un "frottement" difficile avec la réalité, certains éléments le gênent mais cela ne l’empêche pas d’être inséré dans la réalité. Nous sommes tous des petits ou des grands névrosés. Par contre, la personne psychotique, pour un secteur de son existence, se met à vivre dans un monde imaginaire qui, chez elle, prend place comme si c’était la réalité. Cela dit, ce n’est pas parce qu’on a une idée délirante de base, que l’on n’est pas capable de se comporter normalement pour préparer une série d’actes. Il n’était donc pas sous le coup d’une impulsion irrépressible. On ne peut pas parler de coup de sang, ou de folie. Le postulat de base étant du domaine du délire, tout ce qui s’ensuit devient logique. D’où, notamment, son gilet pare-balles. Ce type de personnalité est encore à distinguer d’un sociopathe, du type de Dutroux ou Fourniret. Menant une vie des plus normales en apparence, ces gens-là ne fonctionnent à un moment donné, dans leur développement, que pour leur propre plaisir. Ils sont incapables de ressentir quoi que ce soit de la douleur des autres. Pour moi, ces sociopathes-psychopathes ne relèvent pas des malades mentaux, contrairement à une personnalité du type de celle de Kim De Gelder qui décroche de la réalité et qui est vraisemblablement sous l’influence d’un délire qui lui dicte son attitude. Ce qui pourrait expliquer son mutisme (NdlR : du moins dans un premier temps) : probablement a-t-il entendu des voix lui intimant de ne rien révéler de son identité ou de ne pas manger.

Une telle pathologie extrême demeure toutefois l'exception ?

Absolument, pour la toute grande majorité des schizophrènes, le fait d’établir des liens sociaux, voire des relations d’aide ou thérapeutiques parvient à modifier complètement le décours de cette pathologie. Le meilleur moyen de prévention est de rester attentif à tous ces changements de comportement, comme l’isolement.

Que penser du fait qu'il a commis cet acte jour pour jour un an après la mort de l'acteur qui a joué le Joker dans "Batman" ?

Le fait qu’il était grimé de la même façon que ce personnage laisse à penser qu’il s’est pris au jeu dans son délire, se prenant pour le "Joker" qui est une espèce de justicier. Peut-être a-t-il entendu des voix, lui dictant de faire disparaître des petits enfants ou des vieilles dames. L’avocat Vermassen a eu cette formule très intéressante : " D’un zéro, il est devenu un héros." Il avait un tas de ressentiments, de frustrations... Aujourd’hui, le monde entier parle de lui...

A ce propos, que pensez-vous de l'hypermédiatisation à laquelle on assiste aujourd'hui ?

Si cela fait partie de son délire, peut-être, en effet, attendait-il d’être reconnu, et que l’on parle de lui. Avant cet acte, il n’existait pas, c’était quelqu’un qui vivait reclus, sans lien. Aujourd’hui, il existe. Quant au risque d’inciter d’autres personnalités de ce type à passer eux aussi à de tels actes, certes, il existe, mais il est moins grand que si on n’en parlait pas. La médiatisation doit être expliquée. Quand on dit : " On ne comprend pas l’incompréhensible ", il faut expliquer au public que, lorsque l’on investigue dans la tête des gens, le délire, cela existe, la pathologie mentale existe. Si elle n’a pas toujours été médiatisée de la sorte, elle a toujours existé et maintenant, elle se soigne avec des médicaments qui n’existaient pas nécessairement auparavant. Il existe, en effet, des neuroleptiques qui stabilisent parfaitement des psychotiques ou des schizophrènes s’ils sont pris correctement et suffisamment à temps.

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