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Politique

"Le MR devient un parti attrape-tout"

vincent rocour

Mis en ligne le 23/02/2009

Pour Pierre Verjans, Rudy Aernoudt va jouer le rôle de Gérard Deprez en 1999 : celui de porter le flambeau anti-PS. Et Didier Reynders stabilise le MR idéologiquement.

entretien

Pierre Verjans est politologue à l’Université de Liège (ULg). Il commente l’arrivée de Rudy Aernoudt et de son Lidé sur les listes du MR. Et en évalue les conséquences.

Didier Reynders avait-il un autre choix que de prendre Rudy Aernoudt sur ses listes ?

Oui. Il pouvait laisser Rudy Aernoudt faire cavalier seul. Mais il a manifestement estimé qu’Aernoudt était dangereux pour le MR sur le plan électoral s’il faisait cavalier seul. C’est un peu la même réaction que Louis Michel a eue en son temps quand Gérard Deprez a lancé son MCC. Cela n’a pas toujours été comme cela. Précédemment, le PLP et le PRL ont déjà été confrontés à des partis se situant à leur droite. Je songe à l’UDRT ou au Parti libéral chrétien dans les années 80. Mais ceux-là ont été récupérés après les élections.

Le mouvement de Rudy Aernoudt était-il vraiment dangereux pour le MR ?

Le seul sondage qui a pris en compte le mouvement de Rudy Aernoudt le pointait à 0,40 pc des intentions de vote en Wallonie. Si Reynders a quand même voulu l’intégrer sur les listes du MR, c’est soit qu’il estime que le sondage se trompe et que Lidé fera plus que 0,40 pc, soit que ces 0,40 pc lui sont indispensables pour se maintenir au-dessus du PS. En même temps, il se stabilise idéologiquement. Il tire le MR un peu plus à droite alors que le FDF a tendance à l’amener plus à gauche.

Précisément, le MR, en rassemblant tous les courants situés au centre-droit, ne devient-il pas une auberge espagnole ?

On voit que Didier Reynders est en train de transformer le MR en parti attrape-tout. C’est un pari à l’américaine. Ce faisant, il perd un peu de sa lisibilité et sa cohérence idéologique. Mais ce n’est pas très très grave non plus. En Belgique, la cohérence et la lisibilité du programme ne sont pas des éléments fondamentaux : nous sommes dans un pays pragmatique. Ce qui pourrait être plus problématique, c’est la réaction du FDF à propos du programme institutionnel de Rudy Aernoudt.

Considérez-vous Rudy Aernoudt comme un populiste ?

Je n’utiliserais pas ce terme. Pas de façon dénonciatrice en tout cas. Oui, il est populiste. Mais tous les hommes politiques doivent être un peu populistes, parce qu’ils doivent rendre une partie de leur discours accessible au commun des mortels, et que cela impose des simplifications.

Aernoudt n'est-il pas plus populiste que les autres ?

Un peu plus peut-être. Parce qu’il dit des choses qui relèvent du sens commun et qu’il épouse un certain conformisme. Mais je n’utiliserais pas cela pour le mettre dans une catégorie à part.

Et que pensez de sa démarche : un Flamand en campagne électorale en Wallonie ?

C’est un phénomène intéressant. Sa façon de se présenter, son expérience douloureuse dans les cabinets flamands font qu’il n’apparaît pas comme un Flamand arrogant, donneur de leçon. Rudy Aernoudt apporte un certain exotisme.

Il veut changer la Wallonie, mais c'est à l'Europe qu'il se présente. C'est curieux, non ?

C’est à l’Europe qu’il aura la meilleure visibilité, puisqu’il se présentera à l’ensemble de l’électorat francophone. En même temps, les gens ne font pas vraiment la différence entre les scrutins. La plupart des électeurs ne votent pas différemment aux régionales et aux européennes.

Le fait que, sur cette liste, il occupera la place normalement destinée à Gérard Deprez, c'est un symbole ?

C’est un symbole. Incontestablement. Gérard Deprez a joué le même rôle pour le PRL que celui que joue Rudy Aernoudt à l’égard du MR. celui de tenir un discours anti-PS, clair, affirmé. Permettant ainsi au président de parti - Louis Michel autrefois, Didier Reynders aujourd’hui - de ne pas être celui qui durcit le ton de la campagne.

Mais Rudy Aernoudt pourrait aussi servir de repoussoir vis-à-vis des autres partis, non ?

Si le MR s’aperçoit que Rudy Aernoudt ne fait pas plus de voix que Gérard Deprez en 1999, il lui réservera le même sort : il le mettra sur la touche en lui donnant quelque chose de symbolique.

Que doit faire Gérard Deprez ?

S’il pense qu’il y a une identité au MCC qui mérite d’être défendue au sein du MR, il devra montrer sa présence. Mais peut-il maintenir cette visibilité en acceptant la place de premier suppléant à l’Europe ? Je ne sais pas. C’est à lui de voir.

Et un retour au CDH ?

J’ai du mal à y croire. Le CDH devrait négocier avec des "renégats". Et Gérard Deprez, réintégrer un parti qui est un peu plus à gauche qu’au moment où il l’a quitté.

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