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Aernoudt a failli faire exploser le MR

BELGA

Mis en ligne le 23/02/2009

Rudy Aernoudt sera resté au MR le temps d'un week-end. Samedi, le président du MR, Didier Reynders, tenait une conférence de presse pour annoncer que le président de LiDé avait reçu la troisième place sur la liste des Réformateurs pour l'Europe.

Lundi, vers 17h, le même Didier Reynders faisait savoir qu'il avait préféré mettre fin à la collaboration avec LiDé. Entre-temps, le MR a manqué de voler en éclats.

En octobre de l'an passé, l'ex-chef de cabinet des ministres libéraux Serge Kubla (MR), de Fientje Moerman (Open Vld) et haut fonctionnaire licencié de l'administration flamande, a annoncé qu'il lançait son propre parti en Wallonie et à Bruxelles. L'homme s'était fait connaître jusqu'à présent par ses analyses plutôt unitaristes sur le plan communautaire, en opposition à bon nombre d'intellectuels et politiques flamands partisans d'une autonomie accrue de la Flandre, voire de son indépendance.

En créant son parti, ce chantre du libéralisme économique et pourfendeur du socialisme menaçait pourtant les Réformateurs. Il risquait de grappiller des voix précieuses au MR dont le président, depuis son succès électoral de juin 2007, voulait confirmer le statut de premier parti au niveau régional au détriment du PS.

Les rumeurs ont été bon train sur un ralliement de Rudy Aernoudt au MR. Des rencontres ont eu lieu entre des responsables réformateurs et l'intéressé mais celui-ci a continué sa route en jetant les bases de "LiDé" (pour "Libéral Démocrate"), en élaborant un programme et en recrutant petit à petit des adhérents. Au début de cette année, les rumeurs ont repris, notamment lorsque Rudy Aernoudt a pris la parole lors d'une réception donnée à l'occasion des 25 ans de maïorat de Serge Kubla.

Après quelques semaines de tractation, l'intergroupe parlementaire du MR a avalisé vendredi l'arrivé de Rudy Aernoudt et sa troisième place sur la liste européenne. Si au PRL, il n'y a guère eu de problème, il n'en a pas été de même auprès des autres composantes. Le MCC a voté contre: cette place était réservée à son fondateur Gérard Deprez et certains propos jugés populistes de Rudy Aernoudt n'ont pas plu.

Le FDF s'est abstenu: il fustigeait les mêmes propos, notamment sur les chômeurs, et rejetait catégoriquement les positions de LiDé sur Bruxelles. Selon les "libéraux démocrates", la question de l'élargissement n'est pas importante et doit d'abord s'envisager sous l'angle économique, la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde est acceptable en échange d'une circonscription fédérale et de listes bilingues à Bruxelles, etc.

Samedi, l'affaire semblait réglée mais, dès lundi, le MR menaçait d'imploser. Dans un entretien accordé au "Soir", le président du FDF, Olivier Maingain, et le député bruxellois Didier Gosuin ont annoncé que leur parti claquerait la porte d'un MR dont ferait partie Rudy Aernoudt. Ils rejetaient toujours les positions de LiDé sur le plan communautaire et socio-économique et s'insurgeaient contre les propos de Rudy Aernoudt dimanche sur RTL-TVi. Il avait entre autres déclaré qu'à peine un tiers des Bruxellois avaient le français comme langue maternelle.

Vers 12h30, Gérard Deprez a quant à lui fait savoir qu'il renonçait à occuper la première suppléance sur la liste européenne que lui proposait le MR. Dans un communiqué, il dénonçait la "dérive droitière" du Mouvement présidé par Didier Reynders. Le cas Aernoudt a également agité les autres partis. Des contacts ont eu lieu entre le cdH et l'ancien président des sociaux-chrétiens Gérard Deprez même si, chez les centristes, on précisait qu'on était encore très loin d'un retour au bercail. Lundi matin, le ministre bruxellois Benoît Cerexhe évoquait de son côté son ouverture à un "rapprochement" entre le cdH et le FDF.

En fin de matinée, le secrétaire d'Etat et vice-président du FDF, Bernard Clerfayt a quelque peu adouci le message de son parti, indiquant qu'il attendait des clarifications du MR. En vain, vers 17h, Olivier Maingain maintenait sa position: "Il est exclu que le FDF demeure au MR avec M. Aernoudt", déclarait-il. Quelques minutes plus tard, Didier Reynders annonçait la fin de l'aventure avec LiDé.

Auprès des libéraux du MR, le ton était amer à l'encontre du FDF. "Ca va laisser des traces", ont confié deux parlementaires. Selon eux, vendredi, personne n'a annoncé qu'il remettait en cause le résultat du vote et les déclarations de dimanche de M. Aernoudt ressemblent plus à un mauvais prétexte. "Je n'y ai rien vu de contraire à ce qui a été convenu vendredi, ni même à la Charte du MR", a lâché un parlementaire.

Les libéraux s'interrogeaient sur la stratégie du FDF, et en particulier de Didier Gosuin qui rêvait peut-être de revenir au gouvernement bruxellois en alliant un FDF redevenu libre, au PS et au cdH. Ils rejetaient aussi l'argument d'une première place sur la liste bruxelloise arrachée au FDF au profit du libéral Armand De Decker. A croire certains, c'est surtout en interne que le FDF n'a pas pu trancher: entre Didier Gosuin et Bernard Clerfayt.

En fin de journée, on pouvait lire sur le site de LiDé que si les conditions étaient réunies d'ici la mi-mars, il irait seul aux élections. Et d'ajouter: "Nous aussi, nous nous sommes fait avoir par les politiques. LiDé a annoncé 10 priorités essentielles pour le pays. LiDé a ouvert la porte à tous les partis politiques Seul le MR a répondu. Nous y avons cru. Nous nous sommes trompés".

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