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Décès

Un idéaliste tonitruant

paul piret

Mis en ligne le 02/03/2009

Intellectuel, de gauche, engagé, à la fois apparatchik et décloisonneur, ce grand solidaire fut tout un programme à lui tout seul.

portrait

C’était en '99, avant l’arc-en-ciel (si détesté par le président mociste). Alors superstar du paysage politique, Louis Michel négocia un de ces virages incontrôlés dont il a le secret : "M. Martou est un homme de Néanderthal. Si ce type-là est prof d’univ, mon chien peut l’être aussi". L’intéressé en fut ravi : "Il faut croire que j’avais fait mouche. Et des collègues professeurs qui ne m’apprécient pas ont eu une sorte de réflexe de corps à mon égard".

Sacré Martou ! Il est vrai qu’il venait d’allumer le PRL en comparant son projet d’accompagnement des chômeurs au régime nazi de travail forcé Il est vrai aussi qu’il incarnait, jusqu’à la caricature, ces piliers/réseaux assez hermétiques aux sensibilités libérales. Il est vrai, encore, qu’il n’a jamais laissé indifférent; que même chez les siens, on put non au choix mais à la fois l’admirer pour ce qu’il fit, s’attendrir pour ce qu’il fut, se raidir pour ce qu’il put être : "Tu étais parfois fatigant, et même insupportable. Tu as eu beaucoup de choses à dire, toutes essentielles. Mais tes formules provocantes, ta propension à rire de presque tout ont pu blesser", lui envoya son successeur à la présidence, le sobre Thierry Jacques, lors de l’hommage officiel du Moc, en février 2006. "C’est vrai que je peux être emmerdeur et grande gueule, je m’en excuse", répondra le drôle, pas du tout étouffé par le remords.

Ah !, le culot de "François partout" comme on se colporta le sobriquet; ses propensions touche-à-tout, les contradictions entre l’homme d’appareil et le jeteur de ponts. Ah !, le bagout de "François sait tout"; ses jugements péremptoires, ses déclarations incantatoires, ses vacheries assaisonnées d’un rire énorme, qui lui valaient de vouer une tendresse particulière au maire de Champignac dont la logorrhée pompeuse a fait le bonheur des bédéphiles.

Faut dire, il y avait tant à dire. François Martou, prophète et concierge à la fois, était volubile et répandu par nature et par nécessité, à ses yeux chaussés de verres assez grands pour tout voir et savoir. Qui va désormais nous malaxer ces damnées stock-options d’un accent indéfinissable; se répandre à grosses louches, voire à bouchées inquisitoriales, contre la mauvaise soupe du libéralisme manchestérien et du libertarisme américain avec les intonations robustes d’un maraîcher ? La culture politique belge est si rétive aux débats d’idées qu’un vrai idéologue comme lui, doublé en sus d’un engagé, relevait de l’objet curieux, sinon du monument en péril - dans lequel ce peu modeste se serait bien vu

Or, il reste du boulot : à ses six petits-enfants, cet idéaliste épris de Mozart et de Barbara souhaitait "un monde plus fraternel et moins matérialiste".

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