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Sondage
Saoul ? Jamais devant ma mère
Pierre Gilissen
Mis en ligne le 20/03/2009
Reportage
Les jeunes pratiquent-ils (déjà) la langue de bois ou acceptent-ils d’aborder cet aspect de leur vie ? Et leur vécu rejoint-il les conclusions de l’enquête du Crioc ? Coup de sonde sur l’heure de midi dans un quartier bruxellois aux écoles bien contrastées.
Un grand parc, tout d’abord, où une dizaine d’ados de l’école en face prend la pause. Ils ont 16 ou 17 ans, sont dans le général, le technique ou le professionnel. L’alcool clairement, ils connaissent. "On fume tous les jours, mais l’alcool, c’est seulement aux soirées. Le vendredi soir et le samedi soir." Et ils boivent beaucoup ? Là, les réponses varient.
Coma éthylique
"Pas tellement", estime celui-ci, qui a bu son premier verre de vin à cinq ans, en cachette de sa grand-mère. "Quand je sors avec des Polonais, je bois plus. Des vodkas", dit un autre. Une voix fuse : "Mais lui, il a fait un coma éthylique vendredi." Les têtes se tournent vers "lui", qui explique : "J’avais vraiment tout mélangé : bière, vodka, Bacardi-Coca "
La suite, ce sont les autres qui lui ont raconté : il s’est écroulé sur le trottoir, puis il est resté allongé pendant une heure.
Sinan (1), lui, se souvient de sa première cuite : "C’était en boîte, j’avais mélangé de la vodka Redbull et du mojito. Je ne savais plus marcher. C’est le père d’un copain qui a dû venir me chercher." Avec engueulade à la clef ? "Non, heureusement, tout le monde était couché à la maison." Engueulade ou pas, il ne veut pas que sa mère le voie dans cet état. "Question de respect !"
En boîte, c’est plutôt cher l’alcool, non ? "On prend des grandes bouteilles à plusieurs qu’on garde pour la soirée." Et donc, c’est souvent à partir de trois ou quatre heures du matin qu’ils sont "bien partis". "Parfois, on reçoit même une bouteille gratuite en plus. Pour mon anniversaire, j’ai eu une bouteille de champagne."
Bon chic, mauvaise descente
Autre décor, autre public. Surtout des filles, aux allures sages, toutes 16 ans, dans un square face à un prestigieux collège (mais ce n’est pas là qu’elles suivent les cours).
"Moi, je n’ai jamais pris de cuite", assène Caroline, 16 ans. N’empêche, dans les soirées, ça boit pas mal. "Du Bacardi, du whisky C’est surtout lors des soirées publiques que ça dégénère. Dans les soirées privées, ça reste plus contrôlé." Eléonore n’est pas d’accord : "Parfois, dans les soirées entre nous, tout le monde doit boire. Si comme moi, tu ne marches déjà plus droit après une vodka, tu es mal "
N’empêche, comme pour confirmer le sondage du Crioc, l’impression globale est que l’ébriété est nettement moins répandue dans ce groupe-ci. Aucune n’a jamais perdu conscience ni même "perdu le contrôle". Mais elles estiment qu’on ne boit pas moins dans les écoles "chic" qu’ailleurs.
Autre confirmation : la jeunesse dorée boit généralement son premier verre d’alcool dans le cercle familial : "Depuis tout petit, on a droit aux gorgées." "Mais on a vraiment commencé avec les breezers, vers 11-12 ans", ajoute le seul garçon du groupe. "Ça accoutume à l’alcool "
(1) Tous les prénoms ont été changés.
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