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Conclusions déconnectées de la réalité
G.T.
Mis en ligne le 23/03/2009
Spécialiste du dossier chez Inter-Environnement Wallonie (IEW), Janine Kievits estime que les conclusions de ce rapport "sont fort déconnectées de la réalité du monde apicole" . Ce qui est observé sur le terrain, dit-elle, colle en partie avec ce que l’on peut trouver dans cette étude, "mais celle-ci fait abstraction de la mortalité par désertion de ruches en se focalisant sur la Varroa" .
"Il peut y avoir un lien entre mortalité et Varroa, c’est un problème connu. Mais dans ce cas, il y a des cadavres sur le lieu du crime. On peut observer des abeilles malades et ces parasites." Or, poursuit-elle, cela ne correspond pas avec le syndrome d’effondrement des colonies qui est observé ici et là. "Je n’aperçois encore aucun lien avec une maladie. On pourrait imaginer que des virus s’attaquent au système nerveux des abeilles, mais alors il faudrait expliquer pourquoi des ruchers voisins meurent de la même chose, alors que celui qui se trouve à 10 km de là et que l’apiculteur traite de la même manière n’est pas détruit" , poursuit Mme Kievits. A ses yeux, les pesticides et notamment ceux utilisés en traitement des semences restent la première hypothèse, "car ils sont diffusés par le pollen et les nectars. C’est universellement reconnu, même par les entreprises" . Mais sur ce point, "aucune analyse de toxicité chronique n’a été réalisée. Les dossiers d’analyse de risques des écotoxicologues des firmes ne sont axés que sur la toxicité aiguë des molécules" . De plus, "on ne sait pas quelles parcelles agricoles sont traitées avec quoi, cela fait partie des secrets commerciaux".
Pour ce qui est du rôle joué par les traitements acaricides qui seraient mal utilisés par les apiculteurs, Janine Kievits observe que le "coumaphos" a été utilisé "par ceux qui ont suivi des recommandations données par l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire", tout en soulignant qu’il existe en Belgique un réel problème d’accès à des traitements efficaces. "Nous sommes un petit marché et cela n’intéresse pas les producteurs d’entamer les procédures d’agréation." Enfin, quant au manque de ressources alimentaires également pointé du doigt par le rapport, elle estime qu’on peut l’attribuer à l’évolution des pratiques agricoles qui ont conduit à la disparition des haies et autres plantes à fleurs.
"Depuis le début de cette année, il semble que l’on ait beaucoup moins de cas. Mais l’an dernier, les mortalités se sont surtout manifestées à la fin de l’automne, au début de l’hiver et au début du printemps. Et certaines années, des ruches se développaient tout à fait normalement jusqu’au 1er avril et ensuite s’écroulaient en 15 jours. Mercredi, je suis allée voir un apiculteur clairement confronté à une désertion de ses ruches. Il y avait pourtant du pollen plurifloral surabondant et du miel dans celles-ci. Ce sont des choses que l’étude n’explique pas."
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