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L'insecte qui valait 153 milliards
Belgique, France, Pays-Bas, Royaume-Uni, Italie, Etats-Unis, Mexique, Canada... L’étrange mal qui, depuis plusieurs années, affecte les populations d’abeilles sauvages et domestiques est observé à l’échelle mondiale. Un phénomène particulièrement inquiétant dans la mesure où plus de 80 pc des espèces de plantes à fleurs dans le monde et 80 pc des espèces cultivées en Europe dépendent au moins partiellement de la pollinisation par les insectes, en particulier les abeilles.
Jusqu’à présent, aucune des méthodes palliatives envisagées ou testées pour remplacer ce précieux auxiliaire (pollinisation manuelle; par des espèces d’élevage comme les bourdons ou encore en se servant du vent) ne s’est avérée à la hauteur, tant pour des questions d’efficacité que de rentabilité.
On oublie, en effet, souvent que l’abeille est un acteur économique discret certes, mais de poids. Dans de nombreux pays, notamment les Etats-Unis, des apiculteurs professionnels louent les services de leurs ouvrières aux producteurs de légumes, de fruits et d’oléagineux. Suite à la forte mortalité enregistrée dans les ruchers, certains agriculteurs ont vu le niveau de production de leurs cultures chuter, tandis que le tarif de location des abeilles prenait une direction opposée.
Selon une étude publiée l’an dernier par des chercheurs français du CNRS et de l’Inra, 35 pc du tonnage de la production mondiale d’aliments végétaux proviennent de cultures dépendant des insectes pollinisateurs. A l’échelle mondiale, en se basant sur les prix agricoles de l’année 2005, la valeur de ce service écologique était ainsi évaluée à 153 milliards d’euros. Un chiffre qui ne prend pas en compte l’impact de la pollinisation sur la production des semences ni sur la flore sauvage.
Environnement - région wallonne
Mortalité des abeilles : le flou persiste
Gilles Toussaint
Mis en ligne le 23/03/2009
En Wallonie comme dans de nombreux autres pays, les apiculteurs sont confrontés depuis une dizaine d’années à un inquiétant problème d’effondrement des colonies d’abeilles. Une mortalité attribuée par certains à l’utilisation par les agriculteurs de semences enrobées d’insecticide, parmi lesquelles le fameux Gaucho (dont la molécule active est l’imidaclopride).
En 2004, afin de tenter de tirer les choses au clair, la Région wallonne avait décidé de confier au Pr Eric Haubruge (Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux) le soin d’évaluer les facteurs de risque liés au dépérissement des abeilles. Après un premier rapport rendu à l’automne 2007, celui-ci a prolongé ses travaux pour aboutir à une nouvelle évaluation communiquée au cabinet du ministre de l’Environnement, Benoît Lutgen (CDH), en septembre dernier. Un document qui n’a reçu jusqu’ici aucune publicité de la part de ce dernier, mais dont "La Libre" a pu prendre connaissance.
La faute à la seule Varroa ?
Sans surprise, cette actualisation de l’étude confirme les conclusions précédemment avancées par le scientifique, à savoir qu’à ses yeux l’imidaclopride serait innocent des mortalités d’abeilles observées en Belgique. Celles-ci seraient "davantage liées à un problème de gestion des ruchers" par les apiculteurs, en particulier le manque de ressources alimentaires en suffisance (pollen et nectar) pour aider les insectes à passer l’hiver et des problèmes dans le traitement de la Varroa, un parasite originaire d’Asie apparu dans notre pays au milieu des années 80.
Selon le rapport, la Varroa est le premier agent responsable de la mortalité. Affaiblies par ce parasite, les abeilles seraient d’autant plus vulnérables à des virus particulièrement dommageables pour l’espèce. Les observations réalisées ont ainsi identifié six de ces virus massivement présents dans les ruchers. "Leur abondance est corrélée à la mortalité des abeilles et à la charge en Varroa ."
Le Pr Haubruge pointe encore du doigt le fait que les acaricides utilisés en nombre par les apiculteurs présentent également un lien avec la surmortalité observée. En 2007 et 2008, très peu d’abeilles sont mortes dans les ruches suivies, mais ces observations pourraient être biaisées par le fait que des conseils de traitement avaient été prodigués à leurs propriétaires.
Dans le même temps, l’étude souligne que ce parasite est "particulièrement dommageable lorsqu’il est présent en même temps que d’autres facteurs de stress" .
Le manque de nourriture notamment, les virus et d’autres pathologies, des incidents climatiques ou encore l’exposition à des pesticides à doses chroniques. Et de relever que 79 pc des colonies suivies contenaient au moins un pesticide; 18 produits différents ayant été détectés au total.
Des conclusions qui ressemblent fortement à celles présentées par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) début 2008, si ce n’est que celle-ci se montrait un peu plus prudente quant au rôle possible joué par les pesticides, en estimant que la question de l’impact éventuel des nombreuses substances phytopharmaceutiques sur la santé des abeilles demeurait posée.
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