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Politique
"Ecolo oublie de dire qu’il est de gauche"
Martin Buxant et Vincent Rocour
Mis en ligne le 28/03/2009
La présidente du CDH, Joëlle Milquet, balaye les enjeux des élections à venir. Et s’attarde sur l’enseignement alors que son parti est en congrès, ce samedi, à Louvain-la-Neuve.
Vous revendiquez la compétence de l'Enseignement pour le CDH. Pourquoi?
Le CDH n’a plus eu l’enseignement obligatoire depuis 20 ans. Tous les autres partis, Ecolo, MR et socialistes, y ont pris des responsabilités. Pour nous, c’est un des enjeux les plus fondamentaux pour Bruxelles et la Wallonie. On a besoin de rassurer les équipes enseignantes et donner une impulsion pour doper la qualité de l’enseignement dans une optique d’excellence collective. C’est vraiment notre leitmotiv. Ce n’est pas une énième grande réforme mais un investissement majeur dans trois priorités.
Quelles sont ces trois priorités?
D’abord, le renforcement de la qualité et la lutte contre l’échec scolaire. Ensuite, l’idée d’avoir un enseignement de qualité pour tous. On doit tirer tout le monde vers le haut: chacun a droit à l’excellence. Il faut notamment révolutionner la formation des enseignants. Nous proposons, par exemple, qu’à terme la formation des enseignants passe au niveau universitaire. Troisième grand objectif: la gouvernance de l’école. Coordonner beaucoup mieux l’offre de l’enseignement par zone géographique. Avoir des formateurs et s’inscrire dans un processus long - y compris avec des partenariats avec le monde de l’entreprise. Le mode de gouvernance de l’enseignement doit être repensé. On doit notamment confier le pouvoir organisateur à d’autres instances que la Communauté française.
Le bilan enseignement de la coalition PS/CDH est-il entâché du décret inscription?
On a de solides réalisations à notre actif. On a, notamment, augmenté le tronc commun des compétences jusqu’à quatorze ans. L’encadrement professoral a augmenté de 1200 personnes. L’évaluation certificative en dernière année primaire a été mise enplace. L’enseignement va mieux qu’il y a cinq ans, même si il y a une erreur - le décret inscription - qui cache la forêt de nos réalisations. Ce décret a été abrogé à notre demande. On repart sur une page blanche pour l’avenir. On avait proposé de laisser aux PO le soin d’établir les critères d’inscription avec l’implication des associations de parents. On a déposé ce texte, on avait convaincu le PS, mais le Conseil d’Etat l’a refusé. C’est pourtant dans cette direction qu’il faudra retravailler, je pense...
L'actuel ministre de l'Enseignement, Christian Dupont (PS), a présenté sa démission à la suite des péripéties du décret inscription. Aurait-il été logique qu'il démissionne?
C’est quelqu’un de bien, humainement. Il n’a fait que reprendre le décret Arena, il est arrivé pour gérer la suite des évènements et ça n’a pas été simple. Il connaît l’école et je pense que les enseignants l’apprécient. Je pense qu’il a été très marqué par l’épisode. Il a eu la modestie de dire qu’il avait "foiré" comme dirait Obama. Et ça demande un certain courage.
Mais regrettez-vous de ne pas avoir stoppé le décret mixité avant qu'il ne soit lancé?
Bien sûr! J’ai demandé qu’on ne suive pas l’arrêt du Conseil d’Etat, j’ai dit que cela allait être pire que mieux, notamment avec les files d’attente. Notre partenaire au gouvernement craignait la fragilité juridique et les recours. Je ne dis pas cela pour dédouaner mais pour expliquer.
Vous voulez "décloisonner les réseaux": qu'est-ce que cela veut dire?
On défend l’idée d’avoir un seul PO officiel, organisé autour des communes pour les primaires. Et autour, par exemple, des provinces pour les secondaires. On aurait ainsi deux filières: publique et "associative-confessionnelle" qui cohabitent ensemble. L’idée, c’est aussi d’avoir des pôles de formation par zone géographique. On se met ensemble pour savoir qui fait quoi. C’est important pour éviter les concurrences. Dans la filière technique et professionnelle, nous voudrions travailler par modules, un processus qui permet au jeune de ne pas recommencer à zéro quand il échoue. On doit avoir l’ambition de porter le jeune non pas jusqu’au diplôme mais jusqu’au premier emploi.
Vous serez numéro deux sur la liste à Bruxelles. Pourquoi?
Je n’ai pas accepté de figurer en tête de liste européenne. Comme ministre fédérale, on n’a pas le droite de prêter serment au Parlement européen, ce ne serait donc pas très correct. Ensuite, on a une bonne candidate européenne. Enfin, mes collègues pensent que les grands défis sont aux Régions... Ne nous trompons pas: tout le monde sera sur les listes, ce serait bizarre de voir les présidents de parti rester au balcon et ne pas s’exposer...
Mais pourquoi ne pas avoir pris la tête de liste à Bruxelles, dès lors?
Parce que Benoît Cerexhe a été un excellent ministre régional, je viens donc le soutenir. On m’a demandé de prendre la deuxième place. Je m’inscris à fond dans le programme que le CDH défend pour Bruxelles et nous allons nous battre pour défendre notre bilan régional ...
Ne faudrait-il pas obliger les personnes qui se présentent sur des listes à siéger dans les assemblées où ils sont élus?
Mais je n’ai aucun problème à prêter serment à la Région bruxelloise. Je suis juste empêchée le temps que je suis ministre fédérale. Charles Picqué aussi, quand il monte soutenir une liste au fédéral, il est empêché. Je voudrais, en revanche, qu’on regroupe les élections. Tout est mêlé: régional, fédéral, européen... J’aurais bien aimé qu’on regroupe les scrutins dès cette élection...
Voter pour le fédéral en juin, donc?
Je ne veux pas créer une crise politique. Mais s’il y avait eu un accord ,moi je n’avais aucune objection à fédérer les scrutins.
Est-il normal que des personnes se retrouvent le même jour sur deux listes différentes: régionale et européenne?
Si on a un système qui l’interdit pour tout le monde, je le soutiendrai. Mais tant que ce n’est pas interdit... L’important, c’est d’être transparent et dire aux gens où on va siéger. Tout le monde est confronté au problème: Jean-Marc Nollet quand il était à la Communauté française, il a été tête de liste au Fédéral en 2003. Isabelle Durant a été élue au Sénat, elle part à l’Europe deux ans après. Olivier Chastel aussi. C’est un scrutin important. Jean-Michel Javaux poussera une liste, Didier Reynders aussi. Tout est intimement lié entre fédéral et régional.
Mais le même jour, l'électeur aura le choix entre Anne Delvaux, candidate effective à l'Europe, et Anne Delvaux, effective à la Région wallonne...
La liste du Brabant wallon n’est pas encore arrêtée. Mais qu’elle vienne soutenir la liste dans le Brabant wallon dans une équipe, c’est bien. C’est bien de se mouiller pour l’équipe. En étant clair dans son discours.
La montée d'Ecolo dans les sondages, ça vous inquiète?
Non parce que nous montons aussi depuis dix ans. Moi je ne fais pas campagne en regardant les autres. Quand je commence une course, je ne regarde pas à droite, à gauche, derrière moi. On a un programme ambitieux pour gérer la crise, je ne m’occupe pas d’Ecolo, du PS et du MR. Je ne les critiquerai pas. Les Ecolos, ils sont dans l’opposition donc ils fédèrents les mécontents, ils font rêver. Mais il faut aussi savoir gérer. En 1999, ils étaient à 20 pc. Quand ils sont sortis du gouvernement, ils étaient à 7 pc. Il y a une capacité à gérer qui est reconnue chez nous: on continue de monter tout en étant dans les majorités.
Cela dit, les verts mordent sur votre électorat: le centre...
Les Ecolos, et ça en désespère beaucoup chez eux, oublient très fort de dire qu’ils sont à gauche. Ils essayent d’attirer, via des convergences avec le MR, un électorat centriste et de droite mais à qui ils oublient de dire qu’ils sont de gauche... Les gens ont oublié le bilan de leur gestion en Communauté française, bilan pour lequel ils avaient été largement sanctionnés. L’interdiction des devoirs à l’école, le poids des cartable,... Mais je respecte Ecolo. J’ai de bons contacts avec Javaux.
Philippe Moureaux appelle à reconduire l'olivier à Bruxelles. Qu'en pensez-vous?
Que c’est une coalition qui peut se targuer d’un bon bilan, sans couac, avec une vision plus sociale de la ville. Mais nous allons les mains libres aux élections.
Mais vous imaginez quand même plus facilement porter un projet politique avec le PS, Ecolo ou avec le MR?
C’est qui le MR? A Bruxelles, vous avez le FDF qui entre en conflit avec une autre faction. C’est très nébuleux. Il y a beaucoup de lignes, de tendances. On verra.
Quand passerez-vous la main à la présidence du CDH? En juillet?
A la rentrée politique. J’avais été élue début octobre. Cela peut être début octobre.
Vous n'avez toujours pas de dauphin ou de dauphine?
Je ne vais pas faire les mêmes erreurs que mon prédécesseur.
Seriez-vous tentée par le ministère de l'Enseignement?
Je ne le demande pas pour moi. Mais pourquoi pas? Tout est possible. Je peux aussi arrêter de prendre des responsabilités et les laisser faire par d’autres.
Le parlement flamand avait bloqué la simplification des plans d'embauche imaginée par les partenaires sociaux. Vous deviez négocier avec ces derniers une nouvelle mouture. Vous en êtes où?
Lundi, je redéposerai un projet de loi qui reprend la copie des partenaires sociaux, mais sans préciser la date d’entrée en vigueur. Le gouvernement pourra choisir le moment le plus adapté. Il y a eu un accord avec la Flandre et les partenaires sociaux.
Les partenaires sociaux discutent pour le moment d'une extension éventuelle du chômage temporaire aux employés. Arriveront-ils à un accord?
C’est souhaitable. Ce qui empêche, pour le moment, une hausse massive du chômage structurel chez les ouvriers, c’est le chômage économique. Cela leur permet de rester lié à l’entreprise tout en maintenant un revenu net comparable. Pour moi, il faut mettre au point tous les outils qui évitent une explosion du chômage structurel: cela peut être un crédit-temps de crise, du chômage temporaire pour les employés. Si on traîne trop, j’ai peur qu’on n’évitera pas des plans de licenciement importants qui frapperont durement les employés.
L'extension du chômage économique aux employés, cela va coûter cher...
On peut le faire à un coût inférieur à 100 millions. Il faut des limites. On ne pourra pas permettre d’accorder le chômage économique aux employés dans tous les secteurs - il y a des secteurs qui s’en sortent bien. Il faudra aussi limiter le nombre de semaines possibles.
Un autre dossier que vous devrez régler dans le mois, c'est l'ouverture du marché du travail aux travailleurs des nouveaux pays membres de l'Union. L'Open VLD ne veut plus de restrictions. Et vous?
Il faudra m’expliquer la cohérence. D’un côté, l’Open VLD dit qu’on ne peut pas régulariser le travailleur clandestin qui est ici depuis 10 ans et d’un autre, il avance qu’on peut, en pleine crise, ouvrir grandes les frontières aux travailleurs des nouveaux pays membres. J’ai déposé une note neutre là-dessus. Sous le gouvernement précédent, il avait été dit qu’on pouvait ouvrir les frontières si on gérait la responsabilité solidaire dans les cas de mise à disposition. Pour le moment, des bureaux étrangers, polonais et autres, mettent à disposition des employeurs belges de la main d’oeuvre étrangère à moindre prix. Or, depuis 2000, les employeurs belges ne sont plus responsables du respect de la législation sociale appliquée à ces travailleurs. Ce qu’il faut, c’est renforcer la responsabilité solidaire des employeurs. On le demande. Mais les fédérations patronales refusent. Pour moi, si on ouvre les frontières aux travailleurs de l’Est, il faut au moins avancer sur la responsabilité solidaire des employeurs. C’est un vrai défi. Mais je ne suis pas sûr d’avoir un accord là-dessus.
Et pensez-vous qu'il y aura un accord sur l'asile avant le 7 juin?
Avant le 7 juin, je ne sais pas. J’espère avant les vacances.
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