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Politique linguistique - institutions culturelles

Bazardé, Bozar se change en Mooizar

Paul Piret

Mis en ligne le 01/04/2009

La marque publicitaire du Palais des beaux-Arts de Bruxelles était jugée trop francophone. D’autres maisons subissent un ravalement d’enseigne.

On connaît le problème auquel sont confrontées nos institutions culturelles et scientifiques restées, tant bien que mal, dans le giron fédéral. Le bilinguisme officiel leur impose des appellations à rallonges et invendables, à l’inverse du marketing requérant des enseignes "peps". Et veut-on passer à celles-ci, la tentation de tout sacrifier à l’anglais est forte afin d’éviter toute suspicion linguistique. "Cinematek" est le dernier exemple en date des difficultés, pour avoir réussi à s’attirer des critiques à la fois flamandes (il manque un e) et francophones (il manque un que).

La marque publicitaire du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles est, quant à elle, devenue suspecte. On l’a dit (LLB du 2/3), la Commission permanente de Contrôle linguistique (CPCL) a condamné "Bozar" pour son caractère trop uniquement francophone. Il est certes absurde de rattacher ce borborygme à la langue française. N’empêche, convenons objectivement que "Bozar" est plus la contraction de "Beaux-Arts" que de "Schone Kunsten" !

Jusqu’ici, le Palais/Paleis avait fait le gros dos. Mais l’institution a finalement décidé d’obtempérer. Parce que le ministre flamand de la Culture, Bert Anciaux, lui a promis un joli pactole; et parce que les francophones trouvent des compensations linguistiques en Région bruxelloise (en encadré). Bref, "Bozar" devient dès ce jour Mooizar.

Ce phonème diphasique a l’avantage d’aligner des consonances néerlandaises et françaises. Pour autant, ce ne sera pas du goût de chacun : "C’est Mooizar qu’on assassine", dénonce ainsi Tom Babelute, le leader charismatique des très francophones CCC (Consommateurs Chrétiens de Condoms).

Cette modification s’inscrit dans un plus vaste mouvement.

Un autre TRM

Il touche d’abord, toujours dès ce matin, les deux autres institutions "biculturelles" que l’on a dit - on comprend mieux pourquoi désormais - discrètement repassées de la tutelle de l’Intérieur à celle du Premier ministre.

D’une part, l’Orchestre National de Belgique/Nationaal Orkest van België devient Pompompompoooom, en écho aux célébrissimes notes introductives (trois brèves identiques, une longue) de la 5e Symphonie de Beethoven, dont on honore ainsi l’ascendant flamand.

D’autre part, le Théâtre Royal de la Monnaie/Konijnklijke Muntschouwburg n’échappera pas au plus convenu et mondialisé Brussels Opera. On avait bien imaginé "Portici Country Opera", pour saluer la Muette éponyme, figure parlante de notre révolution de 1830 - mais, précisément, la référence a paru trop belgicaine à certains esprits aigris Du coup, à Liège, l’Opéra Royal de Wallonie (ORM) veut s’emparer des initiales TRM devenues disponibles, puisque plus notoires. Ce serait TRM-W, abréviation de "Tchan (tchès) Roiwal dèl Manôye dèl Walloniye". Conditionnel de rigueur : à Mons, on en conteste les résonances trop principautaires. Des pourparlers intrawallons sont projetés en terrain neutre (au Centre hospitalier de Huy ?) et une consultation populaire est envisagée à Liège.

BHV, TTT, etc.

D’autres institutions fédérales changent d’appellation, toutes références monarchiques reléguées aux catacombes.

Parce que pas vraiment flamand, et encore moins français, le dialecte de la capitale vient singulariser les grands musées : ToffeMuseum pour les Musées Royaux des Beaux-Arts (beau, en bruxellois); BijouskeMuseum pour les Musées Royaux d’Art et d’Histoire (petit bijou, en bruxellois); BichkeMuseum pour le Museum des Sciences naturelles (petite bête, en bruxellois); et le plus discuté Muséek pour le Musée des Instruments de musique (musique, en bruxellois, mais aussi, le k à part, l’idiome muséal en français seulement).

Initiales sonores pour le Musée Royal de l’Afrique noire, s’abrégeant en TTT (soit "Tam Tam Tervuren"). Le Musée de la Banque Nationale de Belgique se fond en Spécule, Ose ! (un jeu de mots douteux, par les temps qui courent ?); petit à petit l’Ecole Royale Militaire fait son Nids (pour "Not Inscription-Decree School"); l’Institut Royal Météorologique se partage entre VW en Flandre ("Vlaams Weer"), Météostat à Bruxelles et Iploûtoudis en Wallonie. Enfin, la Porte de Hal/Hallepoort s’anglicise en BHV ("Brussels Hal Vestige"), qu’il est question de scinder.

Savoir Plus

Les Mob Shop de Jef, ex-stib

La même Commission de contrôle linguistique qui a condamné le trop francophone Bozar avait à l’inverse jugé trop néerlandophones les appellations Bootik et Kiosk de la Stib/MIVB, la Société de transports bruxelloise. On les rebaptise respectivement en Mob Shop et Aubèteke, en échange du geste des francophones aux Beaux-Arts. La Stib elle-même devient Jef, en référence au célèbre "Jef, de flech ess af !", qui jadis annonçait les chutes de perches d’alimentation électrique des trams bruxellois.

Du coup, d’autres institutions de la Région bruxelloise changent de nom. Dans la veine néo-hellène d’Actiris (ex-Orbem), Bruxelles Propreté devient Orduris; Bruxelles-Environnement, Utopis; et la Société du Port de Bruxelles, Flucturis. Enfin, l’Agence bruxelloise de l’Energie se branche sur Earth Hour Consulting et Bruxelles-Formation succombe à Brussels Challenge.

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