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Le directeur d’école excédé par ses ministres

Benjamin Moriamé

Mis en ligne le 07/05/2009

Laurent Henquet est le directeur hyperactif de Saint-Louis depuis 8 ans.
Portrait

A force de maudire le "décret inscriptions", qui aurait coûté 400 heures à son équipe, le directeur de l’Institut Saint-Louis s’est retrouvé sous les feux de la rampe, de conférences en colloques. Aujourd’hui, le décret est mort. Mais Laurent Henquet lui doit son éclosion en politique, au sein du MR. Même s’il s’agit d’un licencié passionné en langues et littérature classiques, la comparaison avec Œdipe, qui avait tué son géniteur, s’arrête probablement là. "J’en ai assez de devoir appliquer des décrets absurdes" , souligne ce père de deux enfants, pour qui "l’enseignement est en péril" . Contre le PS, "responsable de la détresse du secteur" , et le CDH, "qui a peu fait opposition aux socialistes" , voici un artilleur hors pair. En ligne de mire : les redoublements interdits, la diminution de l’effectif enseignant, etc. "Les ministres MR n’ont pas toujours agi idéalement non plus" , concède-t-il. "J’aurais pu être Ecolo si j’avais entendu d’eux des propositions pour l’enseignement."

"C’ est quelqu’un d’entier, qui ne dit pas toujours les choses avec les formes", décrit Jean-Marie Wénin, sous-directeur. "Il est décidé, organisé, parfois impatient. Il va droit au but, ce qui en fait un moteur pour la direction." Pour Anne Barzin, tête de liste MR, "il est intelligent, droit et expérimenté. Il a du caractère et s’engage par idéal." L ’enthousiasme déborde parfois. Mais le patron de l’école sait s’amender. Il avoue par exemple "une maladresse" au sujet d’un édito qui a alimenté la polémique au sein de l’institution. Publié dans la revue de l’école, distribuée aux (2 000) élèves et professeurs, le texte descend en flèche les partis socialiste et centriste, pour conclure sur un appel à "un autre vote". "Je regrette ces deux lignes", dit-il aujourd’hui, même s’il voit dans la controverse un "coup bas" de ses contempteurs, mobilisés au nom de la neutralité de l’enseignement. Un mail prosélyte ("ce parti est le seul qui "), envoyé au personnel via le secrétariat, avait déjà échauffé les esprits. Il faut dire que son ostensible et insatiable ambition en agace plus d’un. "Il gère l’école un peu comme une entreprise", dit l’une. "L’aspect pédagogique est en retrait", ajoute un autre.

Mais il a des qualités que même ses détracteurs lui reconnaissent, en le comparant à l’"hyper-président" Sarkozy : "C’est un gestionnaire efficace, entreprenant, méticuleux, passionné, qui ne compte pas ses heures." Laurent Henquet ne tarit pas de propositions : fusionner les quatre réseaux, créer des centres de rescolarisation, doubler les heures de sport, restituer de l’autonomie aux directeurs, organiser le tutorat des jeunes enseignants

Conscient que "les années de vaches grasses sont derrière nous", il fixe des priorités : "Il faut 3 000 profs de plus, donc 60 millions, pour limiter la classe de primaire à 20 élèves", estime-t-il, ne comptant que les salaires. "Encore 40 millions et on limite la classe du secondaire à 25." Considérant que "la violence est en augmentation", l’engagement d’éducateurs (un tiers en plus) est aussi envisagé. Mais, comme Œdipe, Laurent Henquet pense connaître son destin : "En septembre, je me vois toujours à Saint-Louis. Pour que je parte, il faudrait que le MR obtienne le ministère de l’Enseignement et (chose discutée avec Didier Reynders, NdlR) me propose un poste au cabinet."

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