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Thème par thème (5) | La culture

Concentrer les moyens culturels

Guy Duplat

Mis en ligne le 09/05/2009

Une même ministre pour toute la culture et durant cinq ans : du jamais vu. Remise en ordre, mais aussi choix politiques de quelques villes et lieux.

Quand on analyse le bilan culturel de cette législature, la première qualité qui saute aux yeux est la continuité. La législature précédente fut horrible de ce point de vue. La culture y était éclatée entre plusieurs ministres : socialistes et libéraux qui se chamaillaient sans cesse dans les Conseils des ministres dans de vrais combats de coqs, y compris au sein d’une même formation (Hervé Hasquin, par exemple, contre Richard Miller). Et surtout, il y avait la valse incessante des ministres, jusqu’au départ pitoyable de Daniel Ducarme. La nouvelle majorité avait alors décidé de calmer le jeu en proposant une ministre, Fadila Laanan, qui couvrirait non seulement toute la culture mais aussi l’audiovisuel et la jeunesse, coachée par Gilles Mahieu le bras droit de Di Rupo à Mons et par Martine Lahaye, numéro deux du ministère de la Culture et cette majorité lui a laissé l’occasion de rester à ce poste durant toute la législature pour reconstruire les politiques culturelles.

Son équipe a pu alors panser les plaies, resserrer les liens distendus avec l’administration, mettre de l’ordre dans des dossiers "bordéliques" (des contrats-programmes en attente, les commissions d’avis restées en rade, etc.). La tâche était d’autant moins aisée que les caisses étaient vides et que, dès le début de la législature, Fadila Laanan a dû couper dans ses budgets ou procéder à des glissements budgétaires douloureux (le musée de la Littérature glissant vers l’intersectoriel). Mais vite, il y eut un refinancement important de la Communauté qui a bien profité de la conjoncture et la culture en a bénéficié aussi (+43 % sur la législature). Ces moments bénits sont terminés car la législature s’achève sur ce point comme elle avait commencé : les caisses sont vides, le budget 2009 s’annonce catastrophique et le (la) successeur de Laanan se trouvera avec des marges proches du zéro absolu, d’autant qu’en culture l’essentiel du budget est déjà "bloqué".

Pour faciliter ce travail de remise en ordre, Fadila Laanan a lancé d’ambitieux états généraux de la culture, longue série de débats et d’auditions qui ont servi à la fois d’os à ronger en attendant la remise en ordre du département et de lieu pour dresser des lignes de force du futur. Si ces états généraux inspirent la politique actuelle, ses recommandations ne sont pas toujours suivies en tout et des choix importants se font indépendamment de cela.

La ministre endossait un rôle délicat. Le monde culturel est toujours en attente de subsides et inquiet de son avenir. Et comme fille de l’immigration, elle devait encore davantage convaincre. On l’a beaucoup vue, jeune charmante, attentive, surtout aux musiques non classiques car elle adore le rock et les petits lieux alternatifs. Elle a pu pousser nombre de dossiers nouveaux comme les salles nouvelles en rock, la gratuité (relative) des musées ou le cinéma. Elle a mené à bien le dossier miné des commissions d’avis et l’essentiel des contrats-programmes. Et elle a instauré une très louable politique de transparence en proposant sur le site www.culture.be, tous les contrats-programmes et toutes les décisions importantes.

Dans les arts de la scène, très gros poste budgétaire, délicat car la demande dépasse de beaucoup l’offre, le choix a été fait (sans avoir été dit clairement) de favoriser quelques gros lieux qui ont reçu des hausses très, très importantes : Mons bien sûr avec le Manège (on y reviendra), le Théâtre National à Bruxelles (consolidé alors qu’il était menacé), le théâtre de la Place à Liège (qui a bénéficié d’une hausse si importante qu’on a dit qu’il s’agissait d’une erreur mais irrécupérable !), le théâtre Le Public à Bruxelles (un gage aux libéraux ?) et le théâtre de Namur. A charge pour les autres de se débrouiller avec des hausses plus petites (mais les "vieux jeunes" ont obtenu des conventions comme les arts du cirque et de la rue, etc.). L’objectif étant de rattacher des compagnies, des artistes et des petits lieux autour des grands lieux. On a vu dès lors, le théâtre de l’Ancre à Charleroi, les Halles de Schaerbeek, le théâtre des Tanneurs à Bruxelles (etc.) se plaindre amèrement alors que tout le monde, y compris le politique vantait pourtant leurs efforts, promettant des hausses importantes. En arts plastiques, on a vu le même phénomène dont a souffert le BPS22 malgré ses efforts pour promouvoir les artistes belges. Bien sûr, il faut faire des choix, d’autant que les diminutions de subsides à l’ORW ou la rationalisation des centres culturels annoncées n’ont pas eu totalement lieu (tant mieux pour eux). Dans ces choix, on retrouve le poids des ténors socialistes qui limitent l’autonomie de décision de Laanan. Mons - c’est Di Rupo - a reçu l’essentiel des moyens nouveaux, y compris pour préparer Mons 2015, (un objectif souscrit par tous les partis; Liège - c’est Michel Daerden, le ministre du Budget - pour l’ORW, l’OPL, La Place, et les compensations à Mons 2015. Il y a jusqu’à La Louvière qu’on a vu émerger au moment où le chef de cabinet de Laanan changeait et devenait un échevin louviérois (le dossier Daily Bul annoncé doit encore passer à l’inspection des finances !).

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