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Balade électorale (7) | Didier Gosuin
"Avec moi, pas de racolage"
Martin Buxant
Mis en ligne le 28/05/2009
Il a de la bouteille, ce FDF-là. Il dit : "en campagne, tu ne vides jamais ton verre de bière, tu le bois jusque-là". Et il pointe un niveau proche de la moitié du verre. "Les gens sont contents, c’est le verre social en fait." Il est 10 h 30 du matin, c’est un dimanche, le soleil inonde déjà les ruelles d’Auderghem, et c’est la grande braderie annuelle du Télévie. Et Monsieur le bourgmestre Didier Gosuin est sur ses terres. Et son aide de camp remet une tournée aux organisateurs de la braderie.
Les poignées de main se perdent, les "on votera pour vous le 7 juin, M’sieur le bourgmestre !" tombent en cascade alors qu’il circule entre les stands de la braderie. Il y a du Richard Gere dans cet homme-là, troisième sur la liste MR en Région bruxelloise, quand il passe négligemment sa main dans sa chevelure cendrée et rajuste ses lunettes. Il est nu, façon de parler. C’est-à-dire qu’il est venu sans tracts électoraux. "Je me refuse à agresser les gens, s’ils veulent m’interpeller libre à eux, mais je n’ai jamais voulu distribuer de tracts sur les marchés. Ce n’est absolument pas dans ma nature de pratiquer cette forme de racolage. Moi, j’ai été ministre quinze ans, j’ai l’avantage de ne plus devoir courir derrière des postes."
Passe Jacques Brotchi, chirurgien, baron et candidat MR les mains pleines de tracts - "c’est pour soutenir le Télévie", se justifie-t-il. Une femme défaille (crise d’épilepsie), Brotchi s’en mêle, et le bourgmestre Gosuin fait venir la police. "C’est la proximité avec les gens qui est le socle de tout mon engagement", dit-il.
Le voilà au volant de sa Saab noire, il s’en va cueillir sa femme, met le cap sur le marché de Boistfort. L’épouse grimpe armée d’un petit panier - "c’est pour mettre les champignons", souffle-t-elle. Son GSM sonne, voilà la fille. "Oui, oui, oui. Mais tu le connais hein, ton père. Il est en train de s’énerver avec toute sa campagne." Au volant, Gosuin ne bronche pas, gare la Saab, et descend vers le marché. Sans tracts électoraux, c’est évident. Le stand des champignons, puis les asperges. Et voilà l’interpellation : "Dites, M. Gosuin, pourriez-pas dire à vot’ Maingain de se comporter un peu moins comme un roquet." L’interpellant a la soixantaine smart, un pantalon brun de velours côtelé. Et il enchaîne : "Vous savez, je suis aussi francophonissime que vous, mais tout est dans le ton." "Oh vous savez, chacun son style, au FDF", temporise Gosuin. En arrière-plan, les murs de poulets rôtis tournent sur les broches.
M. le bourgmestre s’en va terminer le marché au stand des caricoles - "ça c’est la zwanze bruxelloise, la vraie." Allez, ballon de vin blanc, et c’est parti. "M’sieur Gosuin, j’en profite pour vous remercier pour le boulot il y a quatorze ans", décoche un passant. Arrive "Bolleke", la patronne du stand caricoles. "Ne l’écrivez pas dans votre journal, mais c’est vraiment Didier Gosuin le plus chouette de tous." Allez, on l’écrit. Ballons de vin blanc, "Bolleke", SVP !
Avenue de "Tervueren en fête", un samedi après-midi, le soleil claque, les candidats de tous bords défilent comme à la parade. Et Didier Gosuin fait une descente en compagnie d’une poignée de candidats amarante. "Qu’est ce que vous faites pour l’emploi des jeunes ?" l’interpelle un post-ado. Gosuin répond, rappelle que "non, son parti n’est pas au gouvernement". "Dis, prends un peu l’adresse du jeune homme, on va lui envoyer mon livre", lance-t-il à l’aide de camp. C’est réglé, le post-ado recevra donc "Le défi social bruxellois" dans sa boîte. Passe le CDH Benoît Cerexhe : "Tiens, Benoît, tu parles de toi à la troisième personne maintenant ?" lui lance Gosuin en pointant le T-shirt orange signé "Cerexhe pour Bruxelles".
Repos, à quelques dizaines de mètres du musée du Tram. Tiens, une buvette. Il y a là Edmond, responsable de l’association des pêcheurs de la Région bruxelloise (ça ne s’invente pas). Et il peste, Edmond. Contre la politique de la majorité sortante qui a ravagé "ses" étangs. "Quand est-ce que vous revenez ?" interroge-t-il l’ex-ministre de l’Environnement. "On verra, on verra. Mais c’est vrai que les Ecolos font un peu moins les fiers depuis quelque temps, ils ne disent plus grand-chose. Ils ont reçu le mot d’ordre de se taire. Et les socialistes ? Eux, on ne les voit même plus sur les marchés. C’est vrai qu’avec la scandalite ambiante, c’est dur pour eux." En attendant, les bières ont été servies. "T’es pas obligé de la boire jusqu’au bout, hein !" On va se gêner
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