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Flandre
Vous avez dit "Maddens" ?
Pierre Gilissen
Mis en ligne le 19/06/2009
Les quatre mousquetaires (CD&V, SP.A, Open VLD et N-VA) sont toujours dans la course pour faire partie du prochain gouvernement flamand et, depuis, mercredi soir, le contenu du texte sur la base duquel ils négocient est connu.
Le ministre-Président sortant, Kris Peeters (CD&V), a rédigé une note de 14 pages, intitulée (on traduit) "Action en Flandre, pour une Flandre innovante, sociale et ouverte". La première chose qui frappe est l’absence quasi totale d’objectifs chiffrés - on a connu le CD&V très critique sur ce type d’approche - mais le document tient compte de l’impact de la crise et le premier chapitre est d’ailleurs consacré à celle-ci. Pour Kris Peeters, le plan anti-crise doit être poursuivi, mais (sous-entendu : faute de moyens ) il faut l’appliquer de manière plus sélective. Créer par exemple, avec le VDAB (équivalent flamand du Forem et d’Actiris) des "plans de développement personnel" pour les populations à risque : les jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi, les plus âgés, les plus pauvres La "jobkorting" (réduction du précompte professionnel), enfant chéri des libéraux, doit être seulement maintenue pour les bas revenus, le budget initial de la mesure étant réduit des 2/3.
La note Peeters a parfois des accents plus écologiques que ceux auxquels l’ancien patron de l’Unizo nous a habitués : fiscalité automobile plus verte, "masterplan transport vert" axé sur les biocarburants et "nouveaux accents" pour augmenter la part des transports en commun dans les trajets domicile-travail. Cela dit, l’idée d’une Flandre plaque tournante logistique de l’Europe reste d’actualité.
Pour l’école, la note met l’accent sur l’enseignement en alternance et les stages en entreprise. Ces deux pratiques devraient être généralisées dans le secondaire, y compris donc en humanités. Autres priorités : participation des élèves, égalité des chances, multilinguisme, ouverture au monde extérieur.
Sur le plan de l’aide sociale, on notera que la lutte contre la pauvreté est désormais considérée comme une "priorité absolue", via un plan d’action à élaborer, et que le formateur entend réserver une attention particulière au secteur de la santé mentale "en fonction des nouveaux besoins" (la notion de files d’attente est éludée dans le texte).
Mais le reste de la partie sociale de la note a des accents plus communautaires. Kris Peeters veut "développer l’assurance-dépendance avec un volet hospitalisation" et "créer des compléments d’allocations familiales". On peut voir dans ces propositions un reflet de la "doctrine Maddens" (du nom de Bart Maddens, politologue de la KULeuven proche du mouvement flamand), fort en vogue dans certains cercles du nord du pays, et qu’on pourrait résumer comme suit : n’être demandeurs de rien, mais ne rien laisser passer non plus - les francophones finiront bien par demander eux-mêmes un retour à la table des négociations
Le chapitre "Réforme de l’Etat" confirme ce type d’approche. "Nous utilisons au maximum nos compétences dans les limites du cadre légal et constitutionnel. Lorsque d’autres niveaux de pouvoir empiètent sur nos domaines de compétence, nous faisons appel aux instruments prévus par la loi", lit-on. Par rapport à ce point, on se souviendra que Frank Vandenbroucke avait réussi en décembre dernier à faire voter une motion en conflit d’intérêts par le parlement flamand contre le projet de suppression des réductions de charges pour seniors décidé dans le cadre de l’accord interprofessionnel. Un précédent ?
La note Peeters ajoute que "le gouvernement flamand compte mettre la réforme de l’Etat à l’agenda du comité de concertation. C’est là que l’on pourra tester la volonté des francophones d’y collaborer et que l’on pourra décider de la méthodologie, des objectifs et des matières concernées".
Jeudi, juste avant le CD&V, les libéraux flamands ont été les premiers à donner leur feu vert à la suite des négociations sur la base de ce texte. Le bureau de l’Open VLD a approuvé à l’unanimité la décision. Hasard des agendas de chacun, mais aussi paradoxe car, s’il y a bien un parti qui n’est pas servi par ce document, c’est celui de Guy Verhofstadt, notamment sur la "jobkorting" et la méthode envisagée pour les négociations communautaires. Mais les libéraux ont visiblement très envie d’en être : ce sont aussi les seuls qui ne ferment pas la porte à une méga coalition à quatre. La N-VA se réunissait jeudi soir. Le SP.A, le partenaire a priori le plus critique, le fera ce matin.
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