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Elections J+15
Michel: "Reynders ne doit pas avoir peur de moi"
Martin Buxant et Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 22/06/2009
Le MR est exclu des négociations régionales : à qui la faute ?
Aux électeurs qui ne nous ont pas compris. Ne pas voter MR, c’était immédiatement ouvrir la porte à une majorité tout à fait à gauche. L’élément de changement, c’était de mettre le PS dans l’opposition pour qu’il puisse se réformer. Ensuite, il y a quand même un problème. Une bonne partie de notre électorat est allée vers Ecolo. Ces gens-là n’ont pas voté Ecolo pour ramener le PS dans le jeu; ils voulaient le changement avec Ecolo et le MR. Je ne veux pas être négatif ni médire, mais on sent bien que ces électeurs-là sont déçus. On sait bien que les relais intermédiaires d’Ecolo sont très à gauche. Comment les verts vont-ils fidéliser un électorat qu’ils ont dupé ?
Cela dit, le MR a sans doute commis des erreurs de campagne...
C’est facile de critiquer après coup. Cette campagne électorale a d’abord été un débat d’humeur
Un débat d'humeur ?
Oui, un débat de positionnement. On n’a peut-être pas assez répondu à des attaques outrancières comme celle de M. Di Rupo sur le bain de sang social ou celle de M. Moureaux affirmant que des comportements inacceptables étaient dans la nature de la droite. C’étaient des outrances. Di Rupo a sonné l’alarme des peurs. Et cela a occulté les vraies discussions sur le fond. On n’a pas eu l’occasion d’expliquer que le libéralisme n’avait rien à voir avec le capitalisme sauvage. La cupidité, ce n’est pas libéral. On nous a asséné cela pendant toute la campagne. Enfin, quand on entre dans une polémique avec des gens qui ont quelque chose à se reprocher, vous êtes éclaboussés. Et puis, le fond de l’air était acquis à Ecolo. Quand, avant une élection, on annonce une semaine du bio ou le film "Home", c’est tout bénéfice Ecolo.
Certains chez Ecolo et au CDH ont dit qu'avec les Michel à la tête du MR, c'eut été plus facile de s'entendre qu'avec Didier Reynders...
Ce sont des arguties, et je n’y crois pas. J’ai d’excellents amis au PS, au CDH et chez Ecolo.
Avec vous, une coalition Jamaïcaine aurait-elle été possible ?
C’est ce que disent le CDH et Ecolo pour justifier l’injustifiable : le CDH sait bien qu’il a un électorat qui ne demande qu’à s’entendre avec le MR. Ecolo, pareil. En réalité, j’ai le sentiment, aujourd’hui, que les dés étaient pipés au départ. Et qu’une proximité très forte existe entre Joëlle Milquet et Elio Di Rupo. La première phase de la reconquête libérale, c’est de ne pas tomber dans le piège tendu par les autres partis : la division du MR. Je sais que je suis très populaire dans le parti. Mais je mets ma crédibilité et ma rage de reconquête au service de mon parti.
Aux côtés de Didier Reynders ou à sa place comme président de parti ?
A sa place ? Pourquoi à sa place ?
Après un échec électoral, certains tirent des conclusions : regardez Bart Somers...
Il n’est pas convenable de comparer Somers à Didier Reynders. Je suis convaincu que différents scénarios ont traversé l’esprit de M. Reynders - parce que c’est un honnête homme et qu’il voit dans quelle situation nous sommes. Mais tout acte posé par Didier Reynders à la présidence de parti aurait un impact pour nos partenaires au gouvernement fédéral. Je ne plaide pas pour un scénario ou l’autre. Mais si Didier Reynders tire comme conclusion des élections qu’il faut poser un acte rédempteur, cela prendra une dimension politique indéniable.
Êtes-vous pour la fin de son cumul entre la présidence et vice-Premier ministre ?
C’est une question à laquelle il est le seul à pouvoir répondre, et je lui fais confiance. Je n’ai aucune raison de considérer que sa décision ne sera pas inspirée par l’intérêt du parti.
Est-ce que l'idée de reprendre le MR en main vous a traversé l'esprit ?
Je suis à la disposition de mon pays et de mon parti, dans cet ordre. Et je vais m’engager à fond. Aujourd’hui, Didier Reynders n’a plus aucune retenue à avoir dans ce qu’il peut me demander, il ne doit pas avoir peur de moi : il ne me gênera pas s’il me demande de m’engager davantage. Je veux me battre. C’est un vrai retour sur la scène politique belge.
Vous n'êtes plus une menace pour lui, c'est cela que vous voulez dire ?
Je n’ai jamais été une menace pour lui !
Pour que les choses soient claires : il n'y aura pas de putsch de la famille Michel sur le Mouvement réformateur ?
Il n’y a pas de "famille Michel". Il y a un ministre fédéral, Charles Michel, et qui est un des hommes politiques francophones les plus populaires. Je vais vous le dire : je n’ai pas d’adversaire dans mon parti. J’ai des adversaires au PS, au CDH et chez Ecolo. Pas d’ennemi. Mais je n’ai pas d’adversaire dans mon propre parti.
Il vous demande d'œuvrer à une solution sur le terrain communautaire...
Je suis à la disposition de toutes les formules possibles. Je veux apporter ma pierre à la sauvegarde de ce pays.
La Belgique est en danger ?
Oui. Si on laisse les exaltés s’occuper de ce pays.
Y a-t-il des exaltés au MR ?
Je ne crois pas. Je n’ai jamais entendu Olivier Maingain plaider pour la fin de la Belgique.
Et quelles sont vos pistes pour avancer ?
On peut aller très loin dans la réforme de l’Etat, mais on ne touchera pas à un certain nombre de choses - comme la sécurité sociale. En revanche, l’emploi, la justice, la responsabilisation fiscale, ça ne me dérange pas. Sachez aussi que - même si nous sommes dans l’opposition à la Communauté française et dans les Régions - le MR ne bradera jamais l’intérêt des francophones en jouant à des jeux revanchards. On doit aller plus loin dans la responsabilisation des entités fédérées. Et tout cela ne pourra se faire que dans l’union des francophones. On a laissé la casserole communautaire chauffer à blanc pendant deux ans, et on n’a rien réglé.
Pensez-vous qu'un accord communautaire soit possible avant 2011 ?
Il faut tout faire pour avoir des avancées substantielles, mais ce ne sera pas simple.
Vous plaidez pour une formule de sages ?
Oui, des sages avec un mandat très large de leur parti. Des gens comme Guy Verhofstadt ou Jean-Luc Dehaene. Qu’on arrête ce processus d’agonie permanente de la Belgique.
Et au MR, quel sera votre rôle ?
Il faut expliquer notre projet aux gens, labourer le terrain. Dire que le libéralisme est fondamentalement plus social que le socialisme. Je vais aller rechercher toutes les voix qui sont parties chez Ecolo et au PS. Je vais réaffirmer l’authenticité du message humaniste des libéraux. Et mettre l’accent sur la notion de réformateur. Il faut aborder la notion de puissance publique, l’impôt, la propriété, les nouveaux Belges.
Le message que vous allez porter, c'est "n'ayez pas peur des libéraux" ?
Je vais dire aux Wallons et aux Bruxellois que s’ils veulent un vrai changement, il faudra renforcer le MR lors des élections de 2011. Reconquérir tous ceux qui nous ont quittés pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Je vais m’engager à fond dans la reconquête, aller sur le terrain. Il n’y a rien de tel que le contact direct avec le terrain, sans passer toujours par les artifices magiques de la "com". Le contact avec les gens, ça ne veut pas dire aller asséner notre vérité. Cela veut dire les écouter, répondre à leurs questions, à leurs inquiétudes. Et il faut aussi que les parlementaires remettent les mains dans le cambouis.
Votre prochain rendez-vous, c'est...
c’est 2011. Et je souhaite être au top pour les prochaines élections.
Objectif Louis Michel Premier ministre en 2011 ?
Je n’ai pas dit cela ! 2011, c’est le rendez-vous du parti. Je souhaite être dans la tête du peloton en 2011. Et je suis totalement revenu sur la scène belge. I am back !
Savoir Plus
La phrase
"La première phase de la reconquète libérale, c'est de ne pas tomber dans le piège tendu par les autres partis: la division du MR. Je sais que je suis très populaire dans le parti. Mais je mets ma crédibilité et ma rage de reconquête au service de mon parti"
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