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Elections 09
Quelque chose s’est cassé au MR...
Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 23/06/2009
Il y a des déclarations qui, dites avec une certaine fermeté, voire une certaine solennité, imposent le respect et ferment la porte au moindre doute. Quand Carla Bruni a dit : " Je resterai Madame Sarkozy jusqu’à la mort ", personne n’a osé croire qu’elle plaisantait... Tout le monde s’est incliné.
Quand, samedi dans "La Libre" - toutes proportions gardées, bien sûr... - Didier Reynders a dit : " Je resterai président du MR jusqu’en 2012 ", tout le monde a senti qu’il disait vrai et que fondamentalement, il ne changerait pas d’avis. Jamais. Même pour tout l’or du monde. Même face à une révolution interne. Même si on le lui demandait à genoux.
Et pourtant...
Pourtant, cette déclaration et la promesse du maintien de son cumul (président, vice-Premier ministre et ministre des Finances) en ont indisposé plus d’un à l’intérieur de son parti. Ou plutôt à l’intérieur de son mouvement, le MR composé de libéraux (PRL), de fédéralistes (FDF) et des membres du MCC.
Dès lors, l’annonce du maintien, total et sans nuances, de Didier Reynders aux manettes, a fait l’effet d’une douche froide auprès de ceux qui, dans le parti, s’attendaient quand même à ce que le chef tire des conclusions, même très partielles de son dernier échec politique, à avoir l’exclusion probable de toutes les majorités régionales et communautaires.
Bien sûr, les négociations de l’Olivier (PS-CDH-Ecolo) débutent à peine et un accident de dernière minute n’est jamais à exclure. Mais pour nombre de libéraux, c’est plié : le MR va vivre pendant 5 ans dans l’opposition. Dès lors, la colère gronde dans les rangs, même auprès de parlementaires labellisés "Reynders". Et ce n’est pas la promesse d’un poste de chef de groupe ou de questeur, qui offre au titulaire un collaborateur supplémentaire ou une voiture, qui pourra apaiser l’ire des élus. Une colère qui, chez les plus résignés, a déjà fait place au découragement, à la tristesse, voire à l’ennui.
Bien sûr, il est aisé, en cas d’échec, de pointer du doigt le chef, de le dénigrer quand, aux heures de gloire, on le portait aux nues. Mais quand même : "Quand l’entêtement d’un seul homme à imposer une campagne agressive, à dénigrer systématiquement les adversaires, pourtant partenaires potentiels, à jouer sur les peurs, s’est à ce point révélée foireuse, on pouvait s’attendre à ce que le même homme, dans un élan d’honneur, joue profil bas", juge un parlementaire.
Or, ici, que fait-il ? Tout juste accepte-t-il du bout des lèvres, et encore, que son arrogance a pu faire des dégâts. Changera-t-il ? " Jamais ", clament en chœur ceux qui le côtoient. Son parti, le gérera-t-il avec plus de constance, plus de démocratie interne ? " Oubliez ", se désolent ceux qu’il n’invite que sporadiquement aux réunions. Ministres et chefs de groupes ne se sont plus réunis depuis plus d’un an. Donnera-t-il vraiment un nouvel élan à la doctrine du mouvement ? " Foutaise ", rétorquent ceux qui attendent, pourtant, un vrai travail de refondation, avec ou sans Louis Michel pour animateur.
Donc, on sent bien, à écouter la base et les structures intermédiaires du parti, que quelque chose s’est cassé, au MR. La défaite électorale pouvait encore s’expliquer, se comprendre. Mais la totale non-remise en question de la méthode Reynders, faite d’autorité, de cynisme et d’arrogance, laisse aujourd’hui plus d’un libéral pantois et déçu. " On ne le comprend plus. Moi, dans ma région, je l’ai soutenu à mort. Mais là, je dois même arrêter ceux qui voudraient lancer sur Internet des pétitions appelant à sa démission ! ", raconte un baron.
La colère est bien perceptible dans le mouvement. Pourtant, ce n’est pas l’heure de la révolte. Loin de là. Bien sûr, Michel-le-jeune a donné de la voix pendant que Michel-l’aîné se faisait plus compréhensif. Mais ils ne pourront rien faire, dans un proche avenir, pour que Didier-le-magnifique descende du piédestal où l’ont installé les militants. Président il est. Président il restera jusqu’en 2012. Et sans doute espère-t-il que le temps effacera les cicatrices électorales et finira par jouer en sa faveur.
Dans le régime particratique qui est le nôtre, qui donne tout pouvoir aux présidents de parti, Didier Reynders gardera donc en mains les rênes du MR. Mais il ne souhaite pas non plus quitter ce bel hôtel des Finances où il aime recevoir et plaire. " Car être vice-premier, cela lui plaît, lui plaît à mort. Il adore le protocole. Et la perspective de reculer d’un rang l’obsède...", affirme un ancien complice. Or, chacune de ces deux fonctions, président et ministre des Finances, mériterait bien qu’un homme s’y consacre à temps plein. Pour autant que Joëlle Milquet tienne sa promesse, Didier Reynders sera bientôt le seul à pratiquer ce cumul qui ne sied pourtant pas trop à notre système politique. " Car autant il fut excellent dans ses fonctions jusqu’en 2007, autant, grisé par ses victoires électorales, il s’abîme dans des négociations qui lui échappent ", regrette un autre.
S’accrocher à la présidence du MR, il le fera donc, sans doute pour mieux gérer son avenir. Son avenir aux Finances, lui, est plus incertain. Critiqué comme peu de grands argentiers le furent avant lui, principalement par la presse flamande, Didier Reynders pourra-t-il affronter longtemps encore ces tempêtes internes et externes ? Ceux qui le connaissent bien affirment que plus on le critiquera et plus cela le convaincra de rester là où il est.
Quitte à faire du tort au gouvernement. Quitte à faire du tort au MR. Quitte, surtout, à se faire du tort...
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