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Société | Signes distinctifs religieux
Un débat sérieux doit être mené
Christian Laporte
Mis en ligne le 27/06/2009
Parallèlement à la prestation de serment de Mahinur Özdemir (CDH) au Parlement bruxellois et à la révélation mardi dans ces colonnes que le SPF Justice pourrait autoriser le port de signes distinctifs religieux ou philosophiques par ses 24 000 fonctionnaires, une troisième affaire de voile a agité la Belgique, cette semaine. Les directions des athénées d’Anvers et de Hoboken ont, en effet, fait savoir que le port de signes d’appartenance convictionnelle n’y serait plus autorisé dès la rentrée prochaine. La communauté musulmane a réagi en protestant et des élèves musulmanes ont affirmé qu’elles ne s’inscriraient plus dans ces écoles.
Plus grave : un imam, Nordine Taouil, responsable de la grande mosquée de Mortsel a appelé les familles musulmanes à boycotter l’athénée d’Anvers. Dans la foulée, les partis politiques sont montés au créneau. Pour la sénatrice CD&V Nahima Lanjri, les propos de l’imam sont évidemment inacceptables et il revient aux jeunes d’opter ou non pour le port d’un foulard. Même rejet tant du côté de l’Open VLD que du SP.A mais aussi, l’on s’en doute, du Vlaams Belang qui y voit une occasion de redorer son blason terni. Cela dit, l’imam Taouil n’est pas un enfant de chœur. Bart De Wever l’a ainsi entendu rejeter la théorie de l’évolution. Si le président de la N-VA est un défenseur avéré de la liberté religieuse, il ne peut admettre une remise en question des acquis des Lumières.
Nullement gêné par ces critiques, l’imam Taouil a tempéré ses attaques en plaidant maintenant pour une manifestation à la rentrée. Mais le contexte reste suffisamment tendu pour que le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme agite la sonnette d’alarme. " L’athénée d’Anvers était réputé pour sa politique pédagogique ouverte et axée sur la diversité. Au-delà de la question de la légitimité de la décision prise cette semaine, cette situation démontre avant tout que le système actuel a atteint ses limites. L’autonomie laissée aux écoles quant à l’autorisation ou l’interdiction du port de signes d’appartenance convictionnelle n’est pas une solution à long terme. Elle engendre frustrations et confusion, commente Edouard Delruelle, le directeur francophone du Centre. Les écoles, les élèves et leurs parents sont en droit d’exiger plus de clarté. Le Centre appelle les acteurs politiques à prendre leurs responsabilités et à organiser un large débat qui ose remettre en question ce principe d’autonomie. Il est devenu presque impossible de débattre sereinement de la question du foulard. Il faut repenser l’approche, car résoudre le problème à coup de règlements d’ordre intérieur n’est plus souhaitable. N’oublions pas que la liberté de manifester ses convictions, même si elle n’est pas absolue, est un des fondements de notre société démocratique. Interdire doit donc rester l’exception. Et toute interdiction doit être circonscrite et justifiée."
C’est pourquoi le CECLR demande que l’on rassemble tous les acteurs concernés autour de la table, afin de trouver un équilibre respectueux des attentes légitimes des élèves et des écoles.
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