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MR, la déchirure
Martin Buxant et Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 02/07/2009
Après les derniers coups de feu des artificiers Jacqueline Galant et Jean-Paul Wahl, plongée au cœur du Mouvement Réformateur - un parti profondément déchiré sur le chemin à emprunter dans les semaines et mois qui viennent. Que doit faire le président Didier Reynders ? Doit-il mettre un terme à son cumul entre ses fonctions au parti et celle de vice-Premier ? Doit-il modifier son modus operandi ? Des élections internes doivent-elles être organisées ? "La Libre" a sondé la plupart des hauts responsables du MR - ces cadres qui ne peuvent pas être identifiés comme appartenant au camp du président ou à celui de la famille Michel. Ils ont tous ont parlé sous couvert d’anonymat. Le résultat ? Une déchirure...
Ceux qui ont côtoyé Didier Reynders, ces derniers jours, le décrivent comme relativement désemparé et surtout en colère. Mardi soir, encore, lors d’une réunion de certains membres de la fédération liégeoise du MR, il s’en est pris de manière très virulente à ceux qui ont osé le contester, ceux qui ruent dans les brancards. "Ceux-là, n’ont qu’à aller jouer ailleurs ! Ceux là n’ont qu’à faire un autre métier !" , a-t-il dit face à une Christine Defraigne qui, pourtant, s’est contentée jusqu’ici de porter la contestation à l’interne du parti. Donc Reynders est aux abois. "Il a peur", témoigne un élu qui le fréquente beaucoup.
"Il y a deux extrêmes qui s’affrontent aujourd’hui dans ce parti. Il y a ceux qui disent "Didier est super" et ceux qui ne veulent plus le voir à la présidence , constate un responsable wallon. Au milieu, une majorité est beaucoup plus nuancée : elle veut du changement, mais ne souhaite pas nécessairement jeter le président... Sur la question du cumul, poursuit-il , cette majorité veut un choix clair du président et pense qu’il n’est plus possible de mener de front les deux tâches." Un autre embraye : "C’est intenable, ce cumul. Parce qu’on a bien vu que Reynders est apparu comme le gestionnaire de la crise financière lors des dernières élections. Il nous a manqué un vrai leader de l’opposition. Et c’est terriblement difficile d’assumer des tâches si différentes, ce n’est plus possible de continuer ainsi." "Le cumul est difficilement tenable , avance pour sa part cet autre pilier de la famille libérale. Tout le monde au sein du parti en veut à Reynders de nous avoir isolés de la sorte. Il a donné une mauvaise image au Mouvement Réformateur, et cela nous a affaiblis considérablement."
Un Bruxellois : "Je pense que Didier Reynders devra poser un choix entre ses deux fonctions. Mais il doit pouvoir décider lui-même de ce moment crucial. Et il ne faut pas que son choix affaiblisse la force de frappe du parti. Et puis, la question d’élections internes ne se posera que si Didier Reynders choisit d’abandonner le parti, ce que je ne pense pas qu’il fera." Un cadre FDF souligne : "Aujourd’hui, je vois beaucoup de monde parler à tort et à travers sur le dos de Didier Reynders, mais je ne vois personne se déclarer candidat à la présidence du parti, je ne vois personne non plus candidat pour reprendre le ministère des Finances. S’il existe un candidat extraordinaire, qu’il se montre ! Oui, il faut un vrai débat interne au MR. En revanche, je pense que se focaliser sur le décumul, c’est une dérive people de la politique : ce n’est pas le problème. On n’est pas dans "Secret Story", la question n’est pas de savoir qui va sortir de la maison. Beaucoup passent leur frustration sur le dos de Didier Reynders."
"Moi, je n’ai aucun problème avec le cumul des fonctions du président Reynders, expose un parlementaire. Quand Louis Michel a quitté le navire en perdition en 2004 et est parti à la Commission européenne, on ne l’a pas lapidé avec des pierres ! Si Didier Reynders avait gagné les élections, on n’entendrait pas une mouche voler. Et je vous rappelle aussi que le PS ne voulait plus entendre parler de Charles Michel quand il était ministre à la Région wallonne ! C’est un peu facile de téléguider tout le monde. Enfin, Jacqueline Galant était la première de celle à inonder Didier Reynders de SMS lors de sa victoire en 2007... Aujourd’hui, elle veut de la reconnaissance de la part de Didier Reynders." "C’est un peu facile de tout mettre sur le dos de Reynders , juge cet autre responsable du parti libéral. Je dirais que la faute n’incombe pas seulement à une personne, mais plutôt à un groupe de personnes : à un entourage qui gravite autour du président. Didier Reynders est terriblement mal conseillé : je lui conseille d’abandonner ce cumul. Et également de réunir d’autres structures que cet intergroupe où personne ne peut parler librement. Il est faux de dire que la parole est libre dans ce genre de réunions."
Reste que ceux qui réclament une élection présidentielle anticipée doivent savoir que le président du parti et lui seul, a le pouvoir de provoquer ce scrutin interne avant le terme normal de son mandat. Donc, étant donné que Didier Reynders semble décidé à mener son mandat jusqu’à son terme - soit en 2012 -, il est impossible de le démettre contre son gré... D’autant que le président sait que, dans un scrutin présidentiel, face à un Charles Michel, par exemple, ses chances de l’emporter ne sont pas certaines. Le parti, on l’a vu, est archi-divisé... En marge des fidèles (à un camp ou à l’autre), en marge des cadres intermédiaires, il y a encore les centaines de mandataires locaux, les bourgmestres, les échevins, les conseillers communaux... Ceux-ci sont, dit-on, hostiles au président actuel. Pourquoi ? Parce qu’il les fréquente peu, et a, à leurs égards, des propos souvent sarcastiques. Il ne se sent pas très proche de ces gens, les habitués du boudin compote du samedi soir. Or, ces mandataires sont très proches de la base du MR, ceux qui, le cas échéant, ont le pouvoir d’élire le nouveau président du MR.
Didier Reynders compte fermement sur les vacances qui approchent à grands pas pour faire le gros dos et attendre que l’orage passe. A la rentrée, à l’automne, le président devrait lancer deux réflexions. La première portera sur le fond de la réforme, sur les fondements et la doctrine du Mouvement Réformateur. Cette réflexion devrait être confiée à Louis Michel. Manière d’occuper le Brabançon wallon ou véritable fonction full time avec les coudées franches ? A voir. Car ce job de refondation incombe d’abord et avant tout à un président de parti en titre. Louis Michel devrait être flanqué de Richard Miller pour mener son travail de "refondation". Et un grand congrès programmatique devrait avoir lieu au printemps 2010 - pour une mise en ordre de bataille pour le scrutin législatif de 2011. Secundo, un travail sur les structures devrait être amorcé. Didier Reynders devrait lancer une réflexion sur le fonctionnement interne du parti. Car, aujourd’hui, il réunit souvent des cercles informels mais, le plus souvent, snobe les structures ou une vraie contestation pourrait voir le jour.
Voilà les chantiers à mener vite, et bien, pour Didier Reynders. En est-il capable, et peut-il les mener avec vigueur sans amorcer un retrait de l’une de ses deux fonctions clés ? "S’il se montre ouvert, tolérant, habile, s’il se remet à l’écoute de son parti, de ses mandataires, s’il renoue des relations cordiales avec les présidents des autres partis, s’il cesse de se montrer arrogant, il peut y arriver" , pense un responsable. Wait and see. Oxygène épuisé, plongée terminée. Gare à la remontée en surface.
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